Communauté genevoise d’action syndicale

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Le mouvement de grève n’a pas faibli : huit mille personnes défilent

vendredi 13 novembre 2015

FONCTION PUBLIQUE • Un cortège dense et toujours très motivé a arpenté la Treille pour huer la majorité du parlement qui entend voter le projet de loi « personal stop ».

paru dans Le Courrier du 13-11-2015, par FLORIAN ERARD

Partis de la plaine de Plainpalais, les fonctionnaires et les collaborateurs du secteur subventionné, soutenus par les chauffeurs de taxi pour le troisième jour consécutif, se sont dirigés vers la place de Neuve où les attendaient les étudiants. Le cortège a ensuite grimpé la Treille pour siffler l’arrivée des élus du Grand Conseil. A cette occasion, le député MCG Eric Stauffer s’est présenté sous le parvis de l’Hôtel de Ville, s’attirant, comme mercredi, les sifflets du cortège, puisqu’il devrait voter en faveur du projet de loi « personal stop » prévoyant le gel des embauches à l’Etat. Quelques minutes plus tard, les manifestants se sont rassemblés sur la promenade de la Treille, soit sous les fenêtres du Grand Conseil : un concert de tambours, sifflets, couvercles de casseroles et cloches a retenti de longues minutes. Ce qui n’a toutefois pas empêché la séance du parlement de débuter normalement.

La motivation toujours au beau fixe

« Regardez comme nous sommes nombreux », lance Marc Simeth, président du Cartel intersyndical. Davide De Filippo, secrétaire syndical du Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs (SIT), sent que la fonction publique « vaincra sur le plan politique » : « Nous donnons aujourd’hui un message de force et de détermination ! »

La décision de suspendre la grève jusqu’au 1er décembre (lire ci-contre) n’enlève rien à l’optimisme des personnes mobilisées : « J’aurais préféré poursuivre la grève ce vendredi encore : nous sommes tellement forts et unis. D’un autre côté, nous avons plus de deux semaines pour informer, sensibiliser les gens autour de nous et revenir encore plus forts », explique une enseignante du Cycle d’orientation.

Des instituteurs-trices d’école du primaire estiment aussi que l’enjeu d’ici à la grève du mois de décembre sera d’informer les parents : « Nous sommes parfois mal compris et nous devons, en collaboration avec les associations de parents d’élèves, clarifier les raisons de notre combat. »

Un policier pense également que stopper la grève pour la reprendre en décembre est stratégique : « Donnons un petit peu de temps au Conseil d’Etat pour réfléchir, peut-être lâchera-t-il un peu de lest ? » Des collaborateurs des Etablissements publics pour l’intégration (EPI) voient aussi le bon côté de ces deux semaines de battement : « Le mouvement aurait pu durer, mais nous avons maintenant le temps de nous renforcer en expliquant les enjeux auprès de ceux qui nous comprennent mal. »

Pour le président du Cartel, Marc Simeth, il n’y pas l’ombre d’un doute : « Les huit mille personnes qui sont là ce soir, nous les retrouverons en décembre pour la simple et bonne raison que les difficultés rencontrées au travail seront toujours là demain. Et puis, aujourd’hui, les médias nous écoutent. La population sait que nous voulons une Genève capable de remplir ses missions de service public dont tout le monde a besoin. Ce message est plus fort que tout : le gouvernement est mal barré face à une telle mobilisation. »

Contre « personal stop »

Mobilisant la fonction publique contre le projet de budget 2016 du Conseil d’Etat depuis trois jours, le Cartel intersyndical dénonce également le projet de loi « personal stop » proposé par le PLR. « Nous ne voulons pas de cette loi, bloquer l’embauche de personnel est un mépris envers le service public », déclare Paolo Gilardi, membre du Syndicat des services publics (SSP). Ce vendredi à 17 h, le Cartel appelle à se rassembler sous les fenêtres du Grand Conseil, comme hier, pour protester contre « personal stop » (le débat devait avoir lieu hier mais il a finalement été reporté). Il a également annoncé le lancement d’un référendum puisque cette loi recevra très certainement l’appui majoritaire des députés. I


La grève sera reconduite le 1er décembre

Hier après-midi, les grévistes ont occupé la tente installée sur la plaine de Plainpalais, à l’occasion de la troisième assemblée du personnel de la fonction publique.

Enseignants, travailleurs sociaux, policiers, personnel de la santé, de l’administration, de la justice, ils étaient finalement plus de mille cinq cents personnes, soit cinq cents de plus que le jour précédent. Deux sujets placés à l’ordre du jour : la reconduction ou non de la grève et, si oui, comment et quand, et d’autre part les actions à mener si la loi du « Personal stop » passait au parlement.

Paolo Gilardi a salué l’historicité du moment. « Depuis 1992, aucune grève de la fonction publique n’a tenu aussi longtemps. » a-t-il déclaré. « Il s’agit maintenant d’inscrire cette mobilisation et cette unité dans la durée. » A la surprise de certains, le Comité unitaire de défense des services publics a recommandé la suspension de la grève dès aujourd’hui vendredi et sa reconduction le 1er décembre si le Conseil d’Etat maintient ses positions. « Soyons stratégiques. Il nous faut le temps de reconstituer nos forces et mobiliser encore plus de collègues », a recommandé Marc Simeth avant de procéder aux votations. L’assemblée a d’abord décidé à l’unanimité de reconduire la grève, sur le principe. Et si la majorité des votants a choisi l’option d’une suspension jusqu’au 1er décembre, il serait tout à fait faux d’y voir le signal d’une démobilisation.

En effet, un employé de l’administration a assuré que l’intérêt de ses collègues, loin de s’essouffler comme on aurait pu le prévoir, était plutôt en train de se renforcer. Même constat du côté de l’Office de l’emploi et du Cycle d’orientation. Une enseignante a raconté comment des collègues non convaincus en début de semaine s’étaient ralliés au mouvement entre mercredi et jeudi.

De plus, les fonctionnaires réfléchissent activement à des mesures sectorielles efficaces. La Famco a annoncé sa décision de retenir les notes du premier trimestre, éventuellement du deuxième. « Cela aura l’effet d’une bombe sur tout le système administratif. Il sera alors impossible de préparer la rentrée 2016 », a précisé Salima Moyard. Le boycott des activités culturelles telles que l’Escalade ou les camps de vacances a aussi été décidé. Quant au projet de loi « Personal stop », l’Assemblée a aussi marqué clairement sa position en acceptant à l’unanimité de lancer un référendum si nécessaire. La prochaine assemblée du personnel est fixée au 25 novembre.

Laura HUNTER



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