Communauté genevoise d’action syndicale

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NON à une médecine à deux vitesses

mardi 29 avril 2008 par Claude REYMOND
La caisse-maladie ne paiera plus !

Parmi les risques de la vie qui ne sont pas provoqués par une faute personnelle, il y a le besoin en
soins régulier. Souvent, les proches ne sont plus en mesure de fournir ces soins à leurs propres parents âgés. Il faut donc les placer dans un EMS. Avec le nouvel article constitutionnel, il serait possible aux caisses-maladie de ne plus prendre en charge le coûts de ces prestations. Les conséquences
devraient se faire sentir rapidement : il faudra s’acheter de coûteuses assurances complémentaires.
Comme nous serons bien obligés de continuer à payer les primes des caisses-maladie, la facture sera beaucoup plus salée qu’aujourd’hui. C’est pourquoi je dirai évidemment NON le 1er juin 2008.

Qui pourra encore se payer des soins à domicile ?

En raison de l’introduction des forfaits par cas dans les hôpitaux, les patient(e)s sortiront de l’hôpital
plus vite qu’aujourd’hui. La plupart auront donc besoin de soins à domicile. Comme ces soins ne feront plus partie des prestations obligatoires de la LAMal, il faudra payer les soins à domicile de sa
poche. Tout le monde peut être touché, et pour des montants qui s’additionnent très rapidement.
Heureuses les personnes qui pourront se payer une assurance complémentaire. Et tant pis pour les
autres. Elles se rabattront sur les services sociaux ou renonceront aux soins à domicile. Un pays aussi
riche que la Suisse ne peut en arriver là ! C’est pourquoi je voterai NON le 1er juin.

Les pressions augmenteront sur les femmes !

Si le coût des soins en EMS et à domicile n’est plus pris en charge par l’assurance obligatoire des
soins, les femmes seront mises sous pression et poussées à s’occuper elles-mêmes de leurs parents
et beaux-parents exigeant des soins. Or la société évolue dans une autre direction et il n’est pas
possible de revenir en arrière. Le besoin de soins en EMS ou à domicile fait partie des risques de la
vie et doit être réglé par le droit des assurances sociales. C’est justement ce que le nouvel article
constitutionnel remet en question. La seule et unique réponse : dire NON le 1er juin 2008.

Cela coûtera cher !

Avec l’article constitutionnel, il s’agit uniquement de renforcer le pouvoir des caisses-maladie. Pour
commencer, elles empocheront tout l’argent public, ensuite les managers toucheront un tout petit
dédommagement (880’000 francs l’an dernier pour Monsieur Manser, de l’Helsana). Le reste sera
réparti entre les fournisseurs de prestations qui conviendront aux caisses, à commencer par les cliniques privées, qui cherchent depuis longtemps à mettre la main sur des subventions. L’argent public
disparaîtra ainsi dans de nombreuses poches, entièrement dévouées au marché et au profit. Et tout
N O N à une médecine à deux vitesses
Votation du 1er juin 2008
ce qui n’est pas rentable devra alors être payé une fois encore par la collectivité. Cela ne sera pas
meilleur marché, comme les dirigeants des caisses veulent nous le faire croire, mais nous coûtera
cher !

Kif-kif bourricot !

La pièce a pour titre l’ « Article constitutionnel ou comment mettre un vieux breuvage dans de nouvelles barriques ». Dans les rôles principaux : le conseiller aux États Brändli (UDC, président du
Conseil des États et de l’association suisse des assureurs-maladie) et le conseiller national Bortoluzzi
(lui aussi membre de l’UDC). Monsieur Brändli, un des trois promoteurs de l’article constitutionnel, a
fait pencher la balance en sa faveur lors du vote. La voie était ainsi dégagée : Monsieur Bortoluzzi
pouvait enfin retirer l’initiative populaire de l’UDC qui aurait certainement subi une défaite devant le
peuple – et cela durant l’année électorale 2007. Aujourd’hui, l’UDC est descendue de son canasson
pour enfourcher le cheval de Troie. Mais l’article constitutionnel et l’initiative populaire de l’UDC se
ressemblent comme un produit douteux ressemble à un produit douteux.

Assez de cache-cache !

L’UDC prétend parler toujours en toute franchise et reproche volontiers à ses adversaires de magouiller. Et la voilà aujourd’hui en train de jouer à cache-cache. Est-ce que les partisans de l’article
constitutionnel – parmi lesquels on ne compte pas seulement l’UDC – veulent oui ou non un chèque
en blanc pour introduire la liberté de contracter ? Et pourquoi veulent-ils chaque année refiler aux
caisses-maladie 8 milliards de francs de subventions publiques ? Sans doute pas au nom de la
transparence, car le système ne deviendra pas plus transparent, puisque l’on ne saura pas où vont
ces recettes fiscales. Il ne faudrait pas prendre le peuple pour plus bête qu’il n’est. C’est pourquoi la
seule réponse valable c’est de dire NON à ce petit jeu de cache-cache !

Une mesure pour rien !

La nouvelle constitution fédérale a été mise en vigueur il y a moins de 10 ans. Elle devait avoir subi
un régime minceur et être facile à comprendre. Or le projet de nouvel article constitutionnel est une
sorte de boursouflure, une succession de formules creuses que chacun(e) peut comprendre à sa
guise, du genre « la responsabilité individuelle est encouragée », et de formulations potestatives,
c’est-à-dire pas impératives. La porte est ainsi grande ouverte aux interprétations. Un pur régal pour
les juristes ! Ce n’était pas la peine de convoquer le peuple aux urnes pour si peu. Tout ça pour ça,
NON merci.

Un nouveau monde radieux – franchement non !

Les intentions sont claires mais bien cachées. Les caisses doivent pouvoir déterminer l’offre et reçoivent pour cela de l’argent provenant de nos impôts. Plus d’argent cela signifie encore plus de pouvoir. Si le médecin ne fait pas profil bas, il ne recevra pas de contrat. Les hôpitaux « dispendieux »
devront baisser leurs coûts. Ce sont les patient(e)s qui en feront les frais. Aller consulter le médecin
deviendra un vrai parcours du combattant. Les patients dont les traitements sont onéreux seront indésirables car non rentables. A ce nouveau monde radieux, disons franchement NON.

Faire confiance aveuglément – non merci !

Les partisans de l’article constitutionnel prétendent que l’enjeu de la votation c’est la qualité, la maternité, le libre choix, la transparence, la concurrence. Tout cela ce n’est que du vent, puisque tout
est déjà dit dans la loi en vigueur. En vérité, la bataille porte sur la liberté de contracter et le financement moniste, autrement dit le transfert de tout le pouvoir et de tous les moyens aux caisses-maladie. Le lobby des caisses-maladie est fort bien représenté au parlement fédéral, mais pas dans
la population. Je ne souhaite pas que ma caisse-maladie m’impose un médecin et un hôpital, alors
que je lui ai confié mes primes et une bonne partie de mes impôts. Les citoyennes et citoyens
n’achètent rien les yeux fermés. C’est pourquoi la seule réponse c’est de dire NON le 1er juin.

Je veux garder mon médecin de famille – sans assurance complémentaire !

Je consulte le même médecin depuis des années : il me connaît et connaît mes points faibles. J’ai totalement confiance en lui. Et voilà que les caisses-maladie veulent me prescrire le médecin que je
dois consulter et les traitements que je pourrai suivre ? C’est insupportable ! Je proteste énergique-
ment contre cette restriction du libre choix du médecin et je voterai NON au nouvel article constitutionnel le 1er juin.

Dans la santé publique, le credo néolibéral est antisocial !

Un système de santé équitable et de bonne qualité ne fonctionne pas suivant les règles de l’économie de marché. La recherche du profit s’y fait au détriment de la qualité et met en péril le caractère solidaire et social de l’assurance-maladie. Il faut empêcher cette dégradation en votant NON le 1er juin.

La concurrence et le profit en lieu et place de la sécurité sociale !

C’est facile à comprendre : les partisans de l’article constitutionnel cherchent à obtenir une décision
qui ait valeur de signal. Pour eux, il faut sortir autant que possible l’assurance-maladie du régime
des assurances sociales et l’ouvrir à l’économie de marché et au profit (comme les assurances, les
cliniques privées). Ce n’est pas par hasard qu’ils parlent de « marché de la santé », un marché qui
pèse plus de 50 milliards de francs. Le profit et la médecine à deux vitesses en lieu et place de la sécurité sociale – non merci !

Il est temps de jouer franc jeu !
L’article constitutionnel a beau sembler anodin et « moderne », il est en fait dangereux. L’enjeu de la
votation dépasse de très loin la question de l’inscription dans la constitution de la qualité et de la
concurrence. De ce point de vue, un article constitutionnel est inutile, car tout est déjà dans la loi en
vigueur. Ses partisans veulent en réalité introduire une médecine à deux vitesses. Pour bénéficier
d’une bonne couverture médicale, il faudra pouvoir se payer des assurances complémentaires. C’est
pourquoi je dirai NON le 1er juin.

Les malades chroniques en butte aux tracasseries !

Les caisses-maladie ne voudront plus collaborer qu’avec des médecins qui n’occasionnent pas de
coûts trop élevés. Les médecins devront donc se composer un mélange équilibré de patient(e)s, afin
de ne pas se situer au-dessus de la moyenne des coûts fixée par les caisses. Dans un système de ce
genre, la situation des malades chroniques deviendra précaire, ils devront s’attendre à des tracasseries et patienter dans la file d’attente avant d’avoir un rendez-vous avec leur médecin. Mais ils devront aussi s’accommoder au quotidien d’une baisse de la qualité des prestations. C’est inacceptable. C’est pourquoi je voterai NON le 1er juin.

Drôle d’encouragement de la responsabilité individuelle !

D’accord pour favoriser la responsabilité individuelle. Mais pas d’accord pour accepter ce que cache
cette formule. Elle signifie en réalité une augmentation massive de la franchise et de la participation
personnelle. Alors que, aujourd’hui déjà, nous devons payer la franchise minimale de 300 francs et
une participation aux coûts de 700 francs, soit 1000 francs au minimum par an. Avec
l’encouragement de la responsabilité individuelle, nous sommes en plein brouillard. Ce qui est sûr
c’est que nous devrons payer une participation aux coûts plus forte. La seule réponse valable c’est
donc de dire NON à cette modification constitutionnelle.



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