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Publié dans Le Courrier du vendredi 26 janvier 2007

Quand le travail devient pathogène

lundi 29 janvier 2007 par Claude REYMOND

Quand le travail
devient
pathogène

FABIO LO VERSO

Comment diminuer le nombre de rentes
pour invalides alors que les conditions de
travail ne cessent de se dégrader en Suisse ?
Les solutions existent, mais elles sont en
tout cas absentes de la dernière révision de
l’assurance-invalidité (AI), la 5e du nom, sur
laquelle le peuple tranchera. Ses opposants
ont déposé hier à Berne quelque 70000 signatures.
Et c’est un bien. Le dispositif voulu
par Pascal Couchepin, conseiller fédéral
en charge de la Santé, sera débattu sur la
place publique. Ses anomalies n’échapperont
pas à une analyse serrée.

D’emblée, c’est le prétexte de la réforme
qui trahit une obsession normative : la
hausse du nombre de cas psychiques donnant
lieu à l’octroi d’une rente. Les promoteurs
de la révision, UDC en tête, considèrent
ce phénomène comme une liste
d’abus probables. En voulant limiter les
nouvelles rentes, ils renversent l’ordre des
priorités : s’attaquer aux conséquences et
non aux causes.
Ils refusent de voir, et donc
de considérer, le sort de ces femmes et de
ces hommes qui sombrent dans la marginalité,
se déconnectant du tissu professionnel
à cause d’un environnement hostile,
où dominent la compétition et le
productivisme à outrance. Travailleurs
pauvres, précaires, discriminés, chômeurs :
la liste est longue, et non exhaustive, de ces
cabossés d’un monde du travail devenu
impitoyable. Jeunes et vieux, suisses de
souche ou immigrés, urbains et ruraux, ces
nouveaux « parias » sont regardés avec circonspection
sinon avec méfiance par une
certaine classe politique.

C’est presque le portrait d’un pays en
état d’urgence sociale. Un pays où les affections
mentales touchent les Suisses autant
que les immigrés, dans des proportions
plus élevées qu’à l’étranger. Un constat qui
étonne même l’Office fédéral des assurances
sociales : « Il est surprenant que
presque 40% des Suisses en Suisse obtiennent
de nouvelles rentes en raison d’affections
psychiques, contre seulement 25%
des Suisses à l’étranger », analysent les services
de Pascal Couchepin. Et d’ajouter :
« Ces chiffres varient encore plus fortement
pour les étrangers en Suisse (40%) et les
étrangers à l’étranger (18%). »
Hier, il suffisait d’un travail pour vivre.

Aujourd’hui, en Suisse, le travail s’est métamorphosé
en un agent pathogène, provoquant
la souffrance de plus en plus de familles
et d’individus. Contrairement au
discours plein de suspicion des tenants de
la réforme de l’AI, les statistiques de l’OFAS
offrent de vrais éléments d’analyse. Et elles
suggèrent que seule une politique visant à
stopper la dégradation des conditions sociales
constitue une solution durable
contre la hausse des maladies psychiques
et des rentes qui leur sont liées.



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