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Syndicats et employées se mobilisent contre le harcèlement sexuel dans l’hôtellerie.

Le coup d’envoi d’une campagne internationale visant le groupe Marriott a eu lieu hier à Genève

mercredi 30 mai 2018

publié par Le Courrier
DOMINIQUE HARTMANN

Harcèlement X Une cinquantaine de personnes flambant rouges se sont réunies hier sur les quais de Genève pour en appeler à la tolérance zéro en matière de harcèlement sexuel dans l’hôtellerie. Elles adressent leur proposition d’accord au leader mondial du secteur, le groupe Marriott, propriétaire notamment de deux « institutions » genevoises : l’Hôtel de la Paix et le Président Wilson. Le sujet est en cours de traitement ces jours à l’OIT1, à deux pas de là. Plusieurs salariées du groupe ont osé venir témoigner, à l’instigation de l’UITA2 et d’Unia Genève.

Employée à Boston, une jeune femme témoigne des très nombreux cas de harcèlement sexuel subis : « Tous mes chefs ont fermé les yeux. L’unique soutien obtenu est venu de la seule cheffe que j’ai eue. » Les situations vont des remarques sexistes aux gestes déplacés en passant par la clé qu’un client « vous glisse dans la main », lourde invitation à venir l’y rejoindre. « A force de ne pas être écoutées, on se contente de jeter la clé... »

Toujours raison ?

Consuelo, elle, a été victime d’une tentative de viol à San Francisco. Violemment choquée, elle est alors envoyée par son manager se reposer dans une salle à part « pour ne pas alerter les autres ». L’impact de l’agression, qui s’est produite dans les salles communes de l’hôtel, est dévastateur : « J’ai eu des troubles physiques et psychiques pendant plus de deux ans, et même ma famille a été touchée : je ne faisais plus confiance à personne. » Lorsqu’elle se rend à la police, celleci se dit incapable d’identifier l’agresseur dans un complexe hôtelier de 1500 chambres.
L’UITA fonde son action sur des enquêtes menées auprès d’employés de l’industrie hôtelière. Le syndicat mondial réclame plusieurs mesures : dispositif d’alarme pour le personnel, formation contre le harcèlement pour tous les employés, écoute bienveillante des plaintes, mais aussi politique d’établissement clairement af chée à l’égard des collègues, des clients et des fournisseurs. « Un certain nombre d’hôtels acceptent aujourd’hui de prendre position, relève Sue Longley, secrétaire générale de l’UITA, qui impute ce progrès au phéno-mène #Metoo. La démarche ne va pas de soi dans un métier de service où le client a toujours raison (« The customer is always right »). Une règle d’or que Sue Longley complète : « And the employees have rights » (Et le personnel a des droits). « A Unia Genève, nous revendiquons le travail en binôme, poursuit Artur Bienko, secrétaire syndical. Cela permet à la fois d’alléger les charges physiques et de mieux faire face à des agressions verbales ou sexuelles. »

Précaires et silencieux

Mais la précarisation croissante des emplois de l’hôtellerie fragilise les maigres progrès obtenus. Avec un contrat à court terme, en sous-effectifs ou en sous-traitance, les employés hésitent à revendiquer leurs droits. Carmen, employée à Madrid, prend la parole : elle met justement en cause l’importante charge de travail, les horaires non respectés, la difficulté à faire reconnaître un épisode de maladie. « Dans un contexte où même ce type de droit n’est pas reconnu, souligne Daniel Gähwiler, d’Unia Zurich, venu soutenir l’action genevoise, comment oser parler d’une agression sexuelle ? »

Membres du même groupe Marriott, l’Hôtel Président Wilson et l’Hôtel de la Paix ont réservé hier un accueil très différent aux travailleuses et aux syndicalistes. Interdits d’entrée au premier, ils ont été bien reçus à au second. A la suite de nos appels, le Président Wilson a indiqué n’avoir « aucune déclaration à faire ». L’Hôtel de la Paix affirme de son côté que la politique du groupe Marriott interdit strictement toutes formes de harcèlement et que des procédures établies permettent à toute victime éventuelle de porter plainte. I

PS:

1 Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture,
de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA).
2 Les délégués des travailleurs à
la Conférence internationale du travail des Nations Unies à Genève militent ces jours en faveur d’une Convention mondiale sur la violence et
le harcèlement au travail.




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