Communauté genevoise d’action syndicale

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Il y a quelque chose de pas net dans cette affaire

jeudi 14 septembre 2017

René Schuhmacher, l’éditeur de K-Tipp critique la réduction des retraites projetée par Berne. Selon lui, le statu quo serait préférable à une réforme.

Le Blick vous qualifiait récemment de « puissant adversaire » du Conseiller fédéral Alain Berset dans la votation sur la Prévoyance vieillesse 2020...

Je ne me conçois pas comme un adversaire, ni comme un partisan des politiciens. Dans l’usage de mon droit de vote, je m’intéresse au contenu des documents soumis au vote des citoyens. Comme avocat, j’ai dû piocher la question de la Prévoyance vieillesse. Après lecture des 60 pages du projet de loi, j’en suis venu à la conclusion que cette réforme des retraites est un énorme gâchis.

Vous avez l’expérience. A l’époque en 2010, le peuple a refusé la dernière réforme du 2ème pilier. La votation n’a pu se faire que parce que vous avez eu recours au référendum. Cela a dû vous réjouir.

En effet, cela m’a réjoui que les rentes des assurés dans la partie obligataire du 2ème pilier ne soit pas raccourcies.

Qu’est-ce qui vous pousse à agir ?

« K-Tipp » représente les intérêts des assurés. Cela vaut pour les assurances privées aussi bien que pour les assurances sociales. En 1992, nous avons édité la première brochure-conseil de Suisse sur la question de la caisse de pension ; nous en sommes actuellement à la 18ème édition. La question du 2ème pilier intéresse les gens, seulement : elle est très dure à comprendre. Peu de gens y voient clair. Notre rôle est d’aider à y voir clair.

Donnez-nous un exemple ?

Que veut dire obligataire et que veut dire surobli- gataire dans le 2ème pilier ? Demandez à l’homme de la rue. Il va vous regarder de façon bizarre. Dans la prévoyance professionnelle, il y a un grand besoin d’éclaircissements et explications. Je vois cela aussi en tant qu’avocat dans les consultations avec mes clients. « K-Tipp » compare les coûts et les prestations et montre comment les réformes de l’AVS et du 2ème pilier se traduisent en pratique.

En 2010 votre référendum a été soutenu par les partis de gauche et les syndicats. Cette fois-ci, l’initiative d’un référendum sur cette question est applaudie par les partis bourgeois et les patrons. Est-ce que cela ne vous dérange pas ?

Les partis politiques passent des accords le plus souvent sans tenir compte de leurs électeurs. J’espère que les électeurs ne se laisseront pas impressionner par ces manoeuvres et s’intéresseront au contenu du projet.

L’organisme patronal cite vos revues « K-Tipp », « Saldo » dans leur argumentaire contre la réforme...

C’est le droit de chacun de citer nos publications. Nous n’avons aucun contact avec les acteurs politiques, nous ne propageons les mots d’ordre d’aucun parti, mais nous informons sur les avantages et les inconvénients.

Quelle a été votre contribution de signatures pour le référendum ?
On peut l’évaluer à 10 %

Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans la réforme ? Vous dites que les réserves du 2ème pilier sont gigantesques et qu’une réduction des retraites comme la prévoit la réforme est inutile. D’où prenez vous une telle certitude ? Déjà en 2010, lors des échanges préalables au référendum, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS-BSV) a déclaré que les retraites payées par les caisses de pension étaient bien trop hautes, ce qui amènerait à une perte de 600 millions de francs par an et qu’il fallait de toute urgence baisser les retraites de 6 %. Si cela était vrai, les réserves auraient dû baisser entre-temps. Mais le peuple a refusé la réforme et c’est le contraire qui s’est produit. Les réserves des caisses de pension ont dans l’ensemble fortement augmenté – jusqu’à environ 116 milliards. Et cependant le Conseil des États recommence à dire qu’il faut abaisser la prévoyance. Il y a quelque chose de pas net dans tout cela.

De combien ont-elles augmenté ?

Les 116 milliards se répartissaient en 2015 en 85,9 milliards pour les caisses de pension et 30,5 milliards pour les compagnies d’assurance. Fin 2010, les réserves des caisses de pension se montaient encore à 47 milliards . Les chiffres correspondants pour les assurances ne sont pas connus parce que ce n’est que depuis 2015 qu’il y a obligation de les communiquer à la Finma. Les réserves des caisses de pension ont en tout cas augmenté plus fortement que le capital, en pourcentage de 82% au lieu de 28 %.

Ces réserves s’appellent officiellement réserves de fluctuations, nécessaires comme zones-tampons afin d’absorber les fluctuations boursières à la hausse et à la baisse des avoirs papiers dans lesquels les caisses de pension ont investi.

Ces réserves sont un capital qui ne profite ni aux retraités ni aux assurés professionnellement actifs. Elles sont la propriété des caisses de pension. Quelqu’un qui change d’employeur ne peut emmener avec lui la part de ces réserves qui lui revient bien que les intérêts de son avoir de retraite aient contribué à la constituer.

Il règne un consensus que plus une caisse de pension a de réserves et mieux elle peut investir dans des placements lucratifs comme les actions. Sans cette zone-tampon les caisses de pension ne peuvent pas investir et doivent être assainies. De combien pourrait-on les réduire ?

Évidemment, les responsables d’une caisse de pension et les conseillers institutionnels dorment mieux sur un bon matelas. Mais pour les assurés, il est important que les prîmes versées soient rentables et que les rendements obtenus avec l’argent qu’ils ont versé soient portés à leur crédit. Qu’une caisse de pension dispose d’un fort matelas ne lui rapporte rien pour lui personnellement.

Ce “matelas” est-il maximal ou optimal ? 116 milliards de réserves correspondent à peu près à 12 % du capital des retraites. Les experts disent que 10 à 20 % de réserves sont un matelas optimal .

Les caisses de pension ont eu longtemps moins de 10 % de réserve et ne s’en sont pas plus mal portées.

Vous dites que ce ne sont pas seulement les réserves qui sont grandes, mais aussi les réserves cachées. Dans « Saldo » on peut lire : « Les caisses de pension donnent des montants sous-estimés des actifs » ; par exemple, les biens immobiliers sont sous-évalués. Est-ce une bonne stratégie ?

L’immobilier suisse est un bon placement. Il devrait être évalué de façon réaliste. Quand ils sont intégrés dans les bilans au prix de construction ou au prix de vente, là se forment avec le temps des réserves furtives, par exemple dans les provision- nements pour répondre à une baisse du revenu escompté du capital des retraites et dans le provisionnement destiné à répondre à l’augmentation de l’espérance de vie. A cela s’ajoutent encore les réserves de fluctuation pour consolidation... Les caisses vont bien comme jamais auparavant. C’est pourquoi nous ne voyons aucune urgence à l’heure actuelle à baisser les retraites.

À combien se montent les réserves cachées ?

Nous ne connaissons pas les chiffres, précisément parce qu’ils sont “cachés”, mais prenons seulement un exemple : quand les avoirs de retraite ont un rendement en moyenne de 3,5 % et que les caisses pourtant ne comptabilisent dans leur bilan annuel que 2,5 %, ça forme une réserve cachée. Au total de toutes les caisses de pension, les réserves cachées pourraient se monter à plusieurs douzaines de milliards de francs. Un indice nous est donné par les réserves d’évaluation des fournisseurs d’assurances-vie actives dans le secteur du 2ème pilier depuis qu’elles ont une obligation de transparence : elles atteignaient en 2015 18,6 milliards de francs.

Vous ne contestez pas le fait que l’on vit plus longtemps et qu’il est du coup nécessaire de constituer des provisionnements ?

L’espérance de vie pour les femmes de 65 ans stagne depuis 2010, celle des hommes ne croît que très lentement. En 2015, elle s’établissait pour les deux sexes par rapport à l’année précédente à 0,2 année. Beaucoup de caisses de pension partent cependant d’une espérance de vie plus longue que ce qui a été constaté jusqu’à présent par les statistiques. Cela entraîne des provisionnements inutilement élevés. Combien cela fait-il en francs ? Nous ne le savons pas puisqu’en Suisse, il existe 1700 caisses de pension et que chacune fait ses propres pronostics.



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