Communauté genevoise d’action syndicale

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Préférence cantonale et gesticulations électoralistes

mardi 5 septembre 2017

Dans son blog intitulé « préférence cantonale et louvoiement syndical », le Conseiller d’Etat Mauro Poggia s’en prend aux syndicats genevois (« nos » syndicats dit-il) en matière de politique de chômage et les accuse d’abandonner « nos » candidats à l’emploi résidents en refusant « sa » politiquediscriminatoire en matière de chômage.

Pour lever tout malentendu : non, les syndicats genevois n’appartiennent aucunement à M. Poggia mais uniquement à leurs membres et cela est fort heureux. Non, les syndicats n’abandonnent pas les chômeurs, Preuve en est notre constante intervention contre les dérives d’une politique en matière de chômage visant à les sanctionner à la première occasion et à les précariser (notamment par le biais des Emplois dits « de solidarité » ou encore des stages gratuits – au frais de l’assurance-chômage !, dans les grandes enseignes du commerce de détail).

Et non, nous ne soutenons pas plus la politique de M. Poggia de préférence cantonale qui vise principalement à stigmatiser les travailleurs immigrés comme responsables des tensions sur le marché du travail tout en ne résolvant pas les problèmes.

En effet, la « préférence cantonale » est parfaitement inefficace pour combattre le chômage. Or, celui-ci est principalement le résultat d’évolutions qui n’ont qu’un lien marginal avec la libre circulation des personnes, notamment la délocalisation de dizaines de milliers d’emplois vers des pays à bas salaires. La mesure de M. Poggia, en vigueur depuis 2014 pour le secteur public et parapublic, n’a ainsi aucunement augmenté le taux de demandeurs d’emploi engagés via un ORP, à un niveau relativement bas de quelques 500 personnes par an.

Tout autre résultat serait d’ailleurs surprenant : La politique en matière de chômage souffre cruellement de moyens, notamment de mesures de formation et reconversion professionnelles. Moyens que M. Poggia refuse de mettre.

Ce n’est d’ailleurs pas un mal forcément pour les chômeurs résidents si la politique de préférence cantonale est un échec. Avec l’augmentation des contraintes prévues par la Loi sur l’Assurance-chômage et en particulier celle d’accepter des emplois dits « convenables », c’est-à-dire avec une baisse de salaire à hauteur de 20% comparé au dernier emploi, la préférence cantonale se transforme en une obligation d’accepter un travail à un moindre salaire. M. Poggia ne s’en cache d’ailleurs pas quand il brandit les « mesures de rétorsion » sous forme de jours-amendes de suspension d’indemnités chômage , ouvrant ainsi la porte à une mise au travail forcée d’une population au chômage et leur mise en concurrence directe avec les personnes en emploi. Et ce n’est pas un hasard si, dans le nouveau dispositif fédéral de préférence « indigène », les employeurs n’auront pas à annoncer les salaires des postes mis au concours : le but de ses dispositifs ne sont aucunement de lutter contre les patrons qui licencient ou pratiquent le dumping salarial mais de distraire les travailleurs (pour mieux les exploiter) en désignant les collègues étrangers ou frontaliers comme les responsables du dumping salarial et du chômage.

Ainsi, la préférence cantonale permet de détourner le débat de la nécessaire amélioration des protections des travailleurs (de tous les travailleurs, résidents comme frontaliers !) en matière de salaires et en matière de licenciements. Dans un pays comme la Suisse, où un employeur peut légalement résilier un contrat de travail pour n’importe quel motif, y compris pour engager des nouveaux travailleurs moins chers, ce n’est pas la préférence cantonale qui empêchera le dumping salarial et encore moins le chômage. Mais c’est vrai qu’elle suffit à nourrir un Conseiller d’Etat qui passe son temps à pratiquer ses gesticulations électoralistes sur les réseaux sociaux…

Alessandro Pelizzari
Secrétaire régional, Unia Genève



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