Communauté genevoise d’action syndicale

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Arrêt de travail et protestation nationale du mouvement No más AFP

Le mouvement No más AFP : Les Gestionnaires des Fonds de Pension, nous n’en voulons plus 

mardi 8 novembre 2016

publié sur décision de la commission internationale > sur la situation au Chili

Santiago-du-Chili 5 novembre 2016

 Ce 4 novembre sera marqué d’une pierre blanche dans l’histoire du syndicalisme et des mobilisations de travailleurs, la plus forte de ce siècle et probablement depuis qu’est tombé Pinochet comme le disent certains qui ont vécu l’époque des années 70, en tout cas depuis l’année 1972.

Mais indépendamment du nombre, ont pu être unifiés sous un seul mot d’ordre les étudiants de l’enseignement secondaire et de l’université, les pêcheurs, les mineurs, les dockers, les personnels fonctionnaires de santé, de l’administration civile dépendant du ministère des travaux publics, les professeurs, les agents des douanes, les employés des Eaux et forêts, ceux des banques, les travailleurs du commerce de détail, les femmes au foyer, les conducteurs des moyens de transport public, les pobladores habitants des ’’villes’’–campement, les salariés en général, les chômeurs, les immigrés, les organisations sociales etc.

Quelque chose qui ne s’était pas produit depuis le retour de la démocratie au moins, et était palpable dans l’air, ce sont les radios qui ont été les premières à donner des informations ; ensuite ce fut le tour de TV abierta (ouverte) ; c’était et ce fut une journée différente. Lorsqu’on regarde ou se rappelle les images, il est impossible de ne pas s’émouvoir ; la radio donnait les points où avaient été dressées des barricades qui se multipliaient à toute vitesse : métro paralysé, la grande voie Panaméricaine bloquée, et ainsi successivement. L’information venant des régions était de même ordre voire plus importante : on parlait de Arica (grand port du Pérou qui est aussi l’accès à l’océan pour la Bolivie Ndt) et de Calama, deux villes du Nord du Chili, totalement bloquées. Ensuite ce fut le tour de Antofagasta et d’autres encore, les ports se joignant un à un au mouvement pendant que sur le grand fleuve Bío Bío les trois tours de service sur les sept ports se sont joints au mouvement faisant ainsi croître toujours plus la liste des participants.

Nous ne pouvons pas dire que le pays ait été paralysé mais la main du peuple travailleur s’est fait sentir, et ô combien ! Les employés du ministère des Finances ont apporté une grosse part puisqu’ils étaient en grève depuis une semaine, en lutte pour un rattrapage digne, mais le gouvernement leur offrit 0 % ; leur réponse vint avec force à travers leur participation à la protestation No más AFP.

Avec la protestation est venue la répression que comme toujours on a essayé de camoufler alors qu’au contraire on accusait le mouvement de violences et de désordres, la droite furibonde parlant de terroristes encagoulés tandis que les médias toute la journée bombardèrent de leurs informations ce qui ne participaient pas au mouvement en essayant de leur faire un lavage de cerveau. Le ministre de l’Intérieur, oubliant les temps où il dressait des barricades, condamnait et tentait de minimiser la protestation en donnant comme exemple un autobus brûlé mais il fut remis à sa place par la police elle-même qui déclara que c’était un court-circuit qui avait causé l’incendie.

Mais la nouvelle s’était déjà répondue : le Chili était littéralement secoué par des milliers de travailleurs qui exigeaient de la sécurité sociale ; les informations de la presse essayaient encore une fois de s’écarter du sujet en centrant leur intérêt sur un fort tremblement de terre dans la zone centrale du pays. Mais le plus gros était à venir car à midi les travailleurs commencèrent à se rassembler sur les places centrales de chaque ville ou en des lieux semblables pour faire des comptes et informer : les différentes coordinations se chargèrent de confirmer ce que l’on savait déjà, à savoir que l’objectif d’ébranler le gouvernement était atteint, déjà à mi-journée.

Aucune grande marche n’avait été programmée, mais il y en a eu beaucoup, par exemple à Santiago la Zone nord avait manifesté sur plusieurs kilomètres de la grande avenue Independencia avant d’arriver à la grandes place centrale avec plus de 2000 travailleurs. À partir de l’hôpital Barros Luco les manifestants empruntèrent l’avenue San Diego et depuis le sud de la ville arrivèrent 2000 manifestants supplémentaires, et dans des communes plus éloignées les travailleurs réalisèrent leurs propres manifestations comme à Maipú, Puente Alto et bien d’autres encore (Tous chiffres à rapporter aux 17 millions d’habitants du Chili Ndt).

Ce fut impressionnant de voir comment ils arrivaient tous à la Grande Place d’Armes par les différentes avenues, la remplissant totalement avec leurs différents mots d’ordres et élevant une grande clameur. On ne pouvait pratiquement pas marcher et de nombreux travailleurs dans les rues adjacentes ne purent accéder à la Place. Après les discours des porte-parole de chaque commune et les nationaux commença le retour avec différentes manifestations qui s’éloignèrent en différentes directions, des milliers se dirigeant vers le Palais de la Moneda (siège du président de la République et des principaux ministères, Intérieur… Ndt) où ils furent reçus par les forces militarisées des carabiniers avec des gaz et des chars porteurs de canons à eau.

À 20 heures l’étape suivante était consacrée à une grande protestation en tapant sur les marmites pour constituer un cacerolazo ( cacerola : casserole ; tradition bien chilienne de la protestation dans la rue Ndt) à travers tout le Chili, ce qui ferma un jour positif pour ce qui est de l’unité et de la mobilisation du peuple travailleur qui commence à voir qu’il a entre ses mains le pouvoir de changer la réalité.

Javier Márquez G.

CSTEBA

CNT No más AFP



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