Communauté genevoise d’action syndicale

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paru dans le Courrier du 3 août 2006

La lutte ouvrière s’invite à la fête nationale des Bastions

lundi 7 août 2006 par Claude REYMOND

MARC TREZZINI, Date : Jeudi, 03 août

1ER AOÛT - Une délégation d’employés de Swissmetal a témoigné, à l’issue d’un film qui relate la
venue d’une centaine d’ouvriers au Théâtre de Carouge en mars dernier.

« La solidarité, c’est notre potion magique », articule très émue Corinne Brischoux, une « ex-Boillat ». Elle a fait
le voyage de Genève, mardi soir, jour de la Fête nationale, pour témoigner dans le Parc des Bastions des
conditions de travail des employés de Swissmetal.
En marge des festivités du 1er août, le Comité genevois « Pétition Boillat 2006 » avait organisé la projection de
La Bourse ou la vie sur les murs du palais Eynard. Ce documentaire de Jean-Charles Pellaud et Chantal
Woodtli relate la venue d’une centaine d’employés de Swissmetal le 12mars dernier au Théâtre de Carouge :
ils avaient été invités par la Communauté genevoise d’action syndicale ainsi que par la Ville et le Théâtre de
Carouge à voir la pièce Les Travaux et les jours du dramaturge français Michel Vinaver, mise en scène par
François Rochaix.

Une centaine de personnes s’étaient rassemblées pour l’événement, des retraités surtout, mais peu de jeunes.
A l’issue de la projection, deux « Boillats » qui oeuvrent encore à l’intérieur de l’usine ont partagé leur douleur.
Le groupe d’ex-grévistes est en effet, depuis peu, privé de porte-parole, celui-ci ayant été licencié. Alain*
s’exprime d’une voix grave : « Aujourd’hui, ils forment des intérimaires alors que des gens formés sont mis à
pied. Ils ne veulent pas qu’une grève aboutisse, car cela créerait un précédent. Peut-être même que demain,
je serai éjecté pour avoir prononcé ces paroles. » Luc* poursuit : « On fonctionne quasiment sans encadrement,
les problèmes de sécurité sont importants. Là-bas, c’est la peur tous les jours, un régime de « capos », il faut
que la mentalité change dans ce pays, il n’y a pas que le profit immédiat. »

A ce jour, 133employés ont été congédiés. Plusieurs dizaines ont pris la décision de rendre leur tablier, ne
supportant plus, selon leurs propos, l’atmosphère d’enfermement qui règne dans l’entreprise. Trente à
quarante d’entre eux ont toutefois été réengagés par la direction de Swissmetal, mais aucun cadre. Les
ouvriers se plaignent justement, sur ce point, de l’incompétence notoire de deux nouveaux chefs qui viennent
d’être embauchés par Martin Hellweg, directeur de Swissmetal.
La Boillat tourne en ce moment au ralenti et la fonderie ne fonctionne que de façon intermittente, ce qui
plombe l’ambiance. Le seul espoir, pour le personnel, c’est la pétition lancée dans tous les cantons suisses :
une récolte de signatures pour que des garde-fous permettent à l’avenir à l’Etat de préserver les fleurons de
l’industrie suisse.

*Prénoms fictifs.


Trois questions à Corinne et Patrice Brischoux

Marc Trezzini

Deux « ex-Boillats » expriment leur incompréhension des méthodes de conduite d’entreprise du
directeur de Swissmetal, Martin Hellweg.
Quelles sont les visées de Martin Hellweg pour l’entreprise à court terme ?

- En ne gardant que soixante personnes sur le site de Reconvilier, M.Hellweg réduit considérablement la
portée industrielle de La Boillat. Ce nombre est juste suffisant pour achever l’usinage des produits destinés
aux clients régionaux. C’est faire du finishing, selon ses propres termes. La Boillat ne sera qu’un centre de
tréfilage. Les presses et la fonderie étant déplacées sur le site de Dornach, il ne restera plus qu’à adapter le
produit fini pour le client. Mais c’est un non-sens, Dornach ne produit pas un fil aussi fin. En plus, à La Boillat,
ceux de la fonderie savent ce qui se fait à l’atelier de finition. Il n’y a pas de cloisonnement entre les
diverses spécialisations. Les corrections vont vite. L’expérience le montre : les défauts, on les voit
systématiquement deux ou trois opérations après. A mon sens, le seul argument que retient Martin Hellweg,
c’est que Dornach est près de l’autoroute et plus proche de l’aéroport.

Pensez-vous que la pollution du site contrarie les projets financiers de Martin Hellweg au point de
l’amener à abandonner l’entreprise ou de la mettre en faillite ?

- Il ne veut pas fermer ou vendre le site, car il faudrait le décontaminer. C’est beaucoup d’argent. Pour l’usine
Selve de Thoune, une ancienne usine de Swissmetal qui a fermé ses portes, le montant s’élevait à 50millions
de francs. En respectant l’ordre de grandeur, on peut avancer le chiffre de plusieurs dizaines de millions de
francs. Or Swissmetal n’a pour l’instant qu’un fonds de 500000 francs de réserve pour la dépollution du site.

Sa stratégie est un grand mystère. Mais on peut regarder ce qu’il a fait chez Keramik à Laufen : son objectif
inavoué était de vendre l’entreprise. Il récolte les fruits du développement de La Boillat, qu’il veut répartir sur
tous les sites, mais il ne développe pas. Il n’y a pas de nouveaux alliages qui sortent de l’usine de Reconvilier.
C’est de l’esbroufe. Il promet monts et merveilles aux actionnaires : un rendement de 9% chaque année sur
une période de deux ou trois ans, alors que 4% pour une telle entreprise seraient suffisants. Son seul souci,
c’est d’atteindre son objectif et après... peut-être quitter le navire.

Quelles seraient les conséquences d’une éventuelle faillite de l’entreprise ?

- Beaucoup de décolleteurs de l’Arc jurassien s’approvisionnent à La Boillat. Ils devront acheter ailleurs et
cela augmentera leurs coûts. La question reste de savoir lesquels seraient obligés de mettre la clef sous la
porte. Et puis, il y a tous les commerçants, bistrotiers et artisans qui bénéficient du rayonnement industriel
de la vallée de Tavannes. Swissmetal est un grand employeur, il représentait jusqu’ici la stabilité. Après les
faillites de Tornos et de Schaublin, on se disait : « Les autres déposent le bilan du jour au lendemain, mais La
Boillat, elle, traverse les crises, c’est du roc. » C’est pourquoi ce qui se passe est une catastrophe pour
l’économie de la région. Les gens ont perdu confiance, car ils ont le sentiment qu’on les a bernés.

Cet article provient de Le Courrier
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