Communauté genevoise d’action syndicale

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depuis belle lurette, l’asile n’est plus un débat moral mais un enjeu électoral

mercredi 22 mai 2013
Jan Doret
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Après avoir subi la longue conscription obligatoire dans l’armée d’une dictature pour qui l’objection de conscience est déjà un crime, puis après avoir réussi à fuir l’ordre d’assassiner ses compatriotes, le déserteur l’apprendra à ses dépens : aucune chance d’asile en Suisse ! Art. 3. al. 3 « Ne sont pas des réfugiés les personnes qui, au motif qu’elles ont refusé de servir ou déserté, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être. (…). »

Avec la nouvelle loi, la désertion du pire régime tortionnaire ne sera pas un critère d’octroi, mais de rejet. Notre pays s’apprête ainsi à bafouer un principe moralement non négociable, aussi intangible et fondamental qu’est le droit de vote des femmes - mais plus mortel… Et les explications gênées auxquelles s’est livré M. Burkhalter, dans son allocution du 17 mai, pour dire que la Suisse pouvait toujours se réserver le droit d’évaluer la peine encourue, ne font qu’ajouter au dégoût : tout le monde sait qu’en ces pays, c’est soit le mur, soit la corde.

La révision de la loi passera, tant les partis de droite ont « mis le paquet », avec ce qu’il faut de surenchère pour mordre chacun dans la part de marché de l’autre ; depuis belle lurette, l’asile n’est plus un débat moral mais un enjeu électoral.

Philippe Nantermod, l’alevin octodurien du PLR, l’a bien compris en réclamant l’asile pour un Depardieu qui ne lui a rien demandé, mais dont la notoriété peut toujours servir la sienne ; alors pourquoi se préoccuper du « déserteur inconnu » dont il n’y a rien à tirer ? En revanche, vive l’asile des capitaux : la désertion fiscale est tellement plus glamour !

A coup de révisions récurrentes, ce pays continuera encore longtemps à restreindre le droit d’asile, tant il est plus facile de s’en prendre aux effets – l’exil et l’exode – qu’à leurs causes. « L’émigration est le plus ancien moyen de lutte contre la pauvreté », écrivait J.K. Galbraith.

Irréfutées parce qu’incontestables, les enquêtes de la Déclaration de Berne comme d’autres ONG mettent régulièrement en évidence ces causes, soit les pratiques de sociétés de « trading » et d’exploitation des ressources et des gens, qui spéculent sur les matières premières, minières et alimentaires, avec leurs cortèges de dégâts environnementaux et sociaux. Deviennent légions les exemples tels que le delta du Niger, autrefois peuplé, poissonneux et verdoyant, transformé depuis 40 ans en un gigantesque cloaque de pollution pétrolière.

Autant de pratiques « pousse-à-l’exil » et parfois aussi « pousse-au-crime » (faut-il s’en étonner ?), pour autant de sociétés spécialisées démultipliant les réseaux, filiales et flux opaques, que la Suisse héberge et cajole fiscalement.

Début mai, M. Kofi Annan lançait un pressant appel à la Suisse pour davantage de transparence dans ce domaine : à peine un entrefilet dans notre bonne presse…

Il n’est pire aveugles et sourds que ceux qui ne veulent ni voir ni entendre.

Jan Doret



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