Comité d’organisation du 1er Mai

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Il faut faire du travail le principal front des luttes contre la domination du marché

discours de Salika Wenger (PDT) place des Nations

mardi 1er mai 2001 par Claude Reymond

Aujourd’hui les acquis sociaux, qui sont le fruit d’un siècle et demi de luttes et de souffrances, subissent une attaque sauvage de l’idéologie néolibérale et sont peu à peu démantelés sous prétexte de leur coût et sans tenir compte du rôle social du travail.

Dans ce contexte, s’interroger sur la centralité du travail, c’est dans une large mesure porter un diagnostic sur le devenir et l’avenir de nos sociétés.

L’emploi salarié est largement majoritaire, il devrait être la matrice d’une condition stable qui associe au travail des garanties et des droits non seulement aux travailleurs et travailleuses et à leurs familles, mais également aux non salarié-e-s ainsi qu’à la quasi totalité des non actifs.

Ces formes de régulation démocratique reflètent une forme d’équilibre conflictuel et fragile certes entre l’économique et le social, mais aussi comme un consensus entre le respect des conditions nécessaires pour produire les richesses et l’exigence incontournable de protéger ceux qui les produisent, et leur cadre de vie. Ce qui est exactement la tâche que se sont assignés les syndicats de travailleurs et travailleuses.

L’Europe d’aujourd’hui est riche de 40 millions de pauvres (dont 70% sont des femmes) et le monde est plus riche encore. Environ 30 % de la force de travail mondiale, estimée à deux milliards et demi de personnes, n’est même pas rémunérée quelle que soit la nécessité de ce travail.

Sous des formes différentes et avec des intensités variables, la crise sociale atteint tous les pays. Nous sommes confrontés à une généralisation de la problématique mondiale des mauvaises conditions de travail.

Notre rôle de syndiqué-e-s est de nous opposer de toutes les façons possibles à la solution imposée dogmatiquement par les instruments du néolibéralisme que sont le FMI et la Banque mondiale - entre autres des ajustements structurels qui font la part belle au capital financier au détriment de cette valeur inestimable qu’est la vie humaine et son corollaire, le travail.

au détriment de la vie humaine et du travail

La conséquence majeure de la priorité donnée aux impératifs de la rentabilité financière – et à l’apologie de l’entreprise pensée comme seule source de la richesse sociale – a provoqué la dégradation des règles régissant le travail.
Les droits et les protections liés au rapport de travail sont perçus et traités comme des obstacles à la compétitivité et aux profits privés.

Quant aux coûts sociaux de la déréglementation que sont le chômage, la précarité voire l’exclusion, ils sont mis à la charge des contribuables avec la complaisance des Etats, ceux-là même que le néolibéralisme tente de vider du peu de moyens dont ils disposent encore pour réguler cet état de fait.

Avec la mondialisation des échanges dans une logique de profits immédiats, il est désormais manifeste que l’hégémonie crois­sante du capital financier international attaque de front les régimes de protection du travail. Le prestataire de service négocie lui-même à ses risques et périls ses conditions d’emploi régime que certains employeurs aimeraient substituer à celui du contrat de travail normal, celui des travailleurs salariés inscrits dans des systèmes de régulations collectives avec lois du travail et contrats collectifs, et dont les syndicats sont souvent les négociateurs.

En vérité, la seule transformation décisive du travail ces dernières années est qu’il s’est précarisé : contrat à temps partiel non désiré, contrat à durée temporaire ou intérim, annualisation du temps de travail ou horaires décalés.
Les nouvelles formes de travail exigent une disponibilité plus grande et moins payée des travailleurs et des travailleuses que le rapport salarial normal.

c’est toujours sur le travail que continue à se jouer notre destin

On a dénoncé l’aliénation des travailleurs et des travailleuses dans le travail à la chaîne, mais elle restait en général cantonnée au temps de travail sur les lieux de travail. Maintenant, le discours du patron « moderne » exigerait une disponibilité constante et, à la limite une conversion totale aux valeurs de l’entreprise...

Mais, que l’on en ait ou que l’on en manque, qu’il soit assuré ou précaire, c’est toujours sur le travail que continue à se jouer notre destin.

On observe que le FMI et la Banque mondiale prennent souvent la place des institutions juridico-politiques des Etats pour imposer leur diktat, la dérégulation en faveur du financier. Pourtant ce n’est pas parce que le rapport de travail est dévalorisé, que la forme d’organisation de l’emploi s’est dégradée (flexibilité, travail sur appel, etc.) et que les bourgeois prétendent que les activités des employés et des ouvriers est devenue quelque chose de secondaire dans le commerce international, que nous devons perdre de vue l’importance du travail, ni qu’il est un élément fondamental de la vie.
L’économie de marché ne crée pas du lien social, au contraire elle détruit toutes formes de solidarité. Son hégémonie se mesure à l’affaiblissement des régulations protégeant les rapports de travail et protégeant la commercialisation des fruits du travail.

en fixant des moyens de régulation

La participation active et organisée des salarié-e-s à l’établissement de règles ont permis de lutter avec des succès relatifs contre le chaos suicidaire du libéralisme ; ce faisant ils ont contenu les débordements des exploiteurs en fixant des moyens de régulation qui sont les compromis de la société actuelle.
Abandonner le front du travail en ne s’opposant pas aux déréglementations ce serait renoncer aux tentatives de brider ce marché et de modifier une société devenue marché de part en part et entièrement ­traversée par les exigences asociales du capital.

De nombreuses personnes sont impliquées dans des associations qui tentent de s’opposer aux conséquences dramatiques du système économique actuel. Pourtant nous ne ferons pas l’économie d’une rupture avec ce même système si nous voulons qu’un autre monde soit possible. ◆

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