Comité d’organisation du 1er Mai

p.a. CGAS, Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax +41 22 731 87 06

iban CH24 0900 0000 1775 3619 5

info@cgas.ch

2011-05-01 discours Jean BATOU solidaritéS

dimanche 1er mai 2011

Chers camarades,

Il y a trois ans, l’ancien directeur de l’Office statistique du canton de Zurich tirait à boulets rouges sur la « féodalisation de la Suisse ». Aujourd’hui, l’explosion des inégalités au pays des barons du big business confirme son diagnostic.

Depuis 20 ans au moins, la part des salaires dans l’ensemble des revenus distribués n’a cessé de diminuer, même si cette baisse a été en partie escamotée par les montants de plus en plus élevés versés aux cadres supérieurs et aux managers. Et dans tous les cas, les inégalités salariales ont fortement augmenté, en particulier aux dépens des travailleurs les moins qualifiés, des plus jeunes et des femmes.

Pendant la même période, la fortune privée a crû beaucoup plus vite que l’ensemble des richesses créées, faisant plus que doubler en 15 ans (de 530 milliards en 1991, à 1100 milliards en 2005). Actuellement, la Suisse est aussi le pays de l’OCDE où la fortune est la plus concentrée : 4% des contribuables y sont millionnaires et disposent de 55% de la fortune privée du pays (ces chiffres ne représentent que les fortunes déclarées). Au bas de la pyramide, plus des deux tiers des contribuables ne déclarent que 5% de la fortune totale. De surcroît, depuis 20 ans, l’inégalité de la distribution du patrimoine ne cesse de s’aggraver.

La fortune privée n’est pas seulement un énorme trésor sur lequel les plus riches sont assis. C’est avant tout une formidable source de revenus, notamment à l’époque de la finance triomphante : ainsi, en Suisse, durant ces 20 dernières années, la capitalisation boursière a été multipliée par 6, passant de 200 à 1200 milliards ! Mieux, les sommes perçues par les actionnaires au titre de dividendes ou de rachat de titres par les entreprises ont été multipliées par 10, passant de 5 à 50 milliards… En clair, cela signifie que les grandes sociétés tournent de plus en plus exclusivement en vue de rémunérer grassement leurs actionnaires plutôt que pour financer l’investissement productif.

Les autorités cantonales et fédérales défendent aussi les intérêts des nantis en réduisant les transferts obligatoires en faveur des salarié-e-s, des chômeurs-euses, des jeunes en formation et des retraité-e-s. Ceci se traduit par une hausse continue des primes d’assurance maladie, du niveau des loyers subventionnés, des tarifs des transports publics, des taxes d’inscription à l’université, etc. ; et par une diminution du montant des retraites (de l’AVS au Deuxième pilier), des prestations de l’Assurance chômage, de l’Assurance invalidité et de l’aide sociale, mais aussi des dépenses en faveur de l’éducation, de la santé, du logement, etc. En même temps, le capital, les bénéfices, la fortune et les gros revenus ne cessent de voir leurs impôts s’alléger…

Par exemple, la réforme fédérale de l’imposition des entreprises, approuvée à une très courte majorité par le peuple en 2008, sur la base d’arguments reconnus aujourd’hui comme mensongers, va-t-elle faire perdre près de 10 milliards de recettes fiscales à la Confédération au profit des plus gros actionnaires, notamment des banques, dont les intérêts ont été pourtant sauvés, on s’en souvient, par l’injection de plus de 60 milliards de fonds publics.

De même, les autorités genevoises viennent-elles de mettre en discussion un projet visant à ramener l’imposition de toutes les entreprises au niveau le plus faible des holdings et des sociétés mixtes ou de domicile, et à supprimer la « taxe professionnelle » communale, faisant perdre le total astronomique de 1,2 milliard de francs par an aux finances cantonales et communales ! Cette baisse d’impôts pour les sociétés, si elle entrait en vigueur, représenterait l’équivalent de la suppression de deux fois la subvention de l’Etat aux HUG ou de plus de 12’000 postes de travail dans la fonction publique.

Face à l’ampleur de ces régressions sociales déjà passées en force ou annoncées, il est plus que temps que les salariés, les retraités, les bénéficiaires de l’aide sociale, les jeunes en formation, les usagers des services publics, femmes et hommes, disent NON à l’injustice érigée en véritable projet de société. Mais pour être entendu du plus grand nombre, rassembler les énergies nécessaires et déboucher sur de premiers succès, ce NON doit avant tout prendre en compte les intérêts des plus défavorisés, qui paient le tribut le plus lourd au démontage social en cours :

* Les femmes d’abord, dont les salaires sont inférieurs de 20% à ceux des hommes, cet écart ayant augmenté au cours des toutes dernières années. Déjà pénalisées par une double journée de travail, elles sont aussi les plus exposées aux très bas salaires ; elles sont plus nombreuses dans les secteurs non conventionnés ; elles sont aussi plus exposées que les hommes aux temps partiels imposés, au travail sur appel et à la flexibilisation des horaires. Ainsi, la motion Hutter, votée par une majorité du Conseil national, le 14 avril dernier, UDC en tête, vise aujourd’hui à priver le personnel de la vente des très maigres protections de la Loi fédérale sur le travail (LTr), ce qui représente une attaque violente contre un important secteur d’activité dominé par les femmes. A Genève, le refus actuel des associations patronales de signer une nouvelle Convention collective dans le commerce de détail va dans le même sens.

* L’ensemble des salarié-e-s qui touchent les plus bas salaires, subissent les conditions de travail les plus déplorables et sont les premières victimes du démantèlement de l’assurance chômage, en particulier les jeunes. C’est la raison pour laquelle nous voterons OUI, cet automne, à l’introduction du principe du salaire minimum dans la Constitution genevoise. C’est la raison pour laquelle nous allons aussi redoubler d’efforts pour faire signer l’initiative de l’Union syndicale suisse pour la fixation d’un salaire minimum légal de 4000 francs par mois, indexé au coût de la vie, qui concerne immédiatement 400’000 salariés, dont 300’000 femmes, sans compter celles et ceux que la perte de leur travail et les démantèlements successifs de l’assurance chômage contraignent déjà aujourd’hui, et contraindront plus encore demain, à accepter un nouvel emploi sous-payé.

Pour triompher, notre NON à la régression sociale doit aussi rassembler un large front de tous les salariés, femmes et hommes – employés, précaires et chômeurs ; Suisses et immigrés ; jeunes et moins jeunes ; travailleurs du privé et du public, etc. Il exige aussi l’unité des salariés, des retraités, des bénéficiaires de la prévoyance sociale, des étudiants, des apprentis et de tous les usagers des services publics.

Pour renforcer notre unité, nous devons contrer sans réserve la propagande raciste et xénophobe de l’extrême droite, qui désigne aujourd’hui les musulmans en particulier – ou les frontaliers à Genève – à la vindicte populaire afin de nous diviser, comme elle stigmatisait hier les Italiens, les Espagnols et les Portugais. Ne vote-t-elle pas toujours contre nos intérêts avec la droite patronale la plus dure ! Ouvrons grand les yeux : qui sont ceux qui licencient et délocalisent les entreprises pour accroître leurs profits, baissent les salaires, amputent les retraites ou réduisent les prestations de santé ? Ce ne sont pas les immigrés, les frontaliers ou les musulmans, mais les représentants attitrés des gros actionnaires !

Pour triompher, notre NON à la régression sociale suppose aussi la mobilisation et la lutte, qu’elle soit syndicale ou politique – sur les lieux de travail, dans la rue, ou au moyen de l’initiative, du référendum et du bulletin de vote. Celui et celle qui se bat n’est évidemment jamais sûr de gagner, mais celui qui renonce à lutter a déjà perdu !
Enfin, dans ce pays qui a voulu imposer aux travailleurs le corset de la « paix du travail », il faur clamer haut et fort que nous ne ferons pas reculer l’injustice sociale d’un pouce sans lutter avant tout au niveau des entreprises, c’est-à-dire là où le travail produit la totalité des biens et services indispensables à la société. Et que sur ce terrain, le débrayage et la grève sont les seules véritables armes à disposition des salarié-e-s. C’est pourquoi notre NON à la régression sociale exige aussi une solidarité sans faille avec les mobilisations de travailleuses et de travailleurs pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs conditions de travail et leurs droits syndicaux, comme c’est le cas aujourd’hui du personnel de l’EMS de Vessy.

Egalité femmes-hommes, c’est tout de suite ! Participons massivement à la journée d’action du 14 juin prochain !

Pour un salaire minimum légal de 4000 francs par mois indexé au coût de la vie !

Toutes et tous ensemble pour de véritables conventions collectives de travail et le contrôle strict de leur respect au niveau des entreprises !

Suisses-immigrés, mêmes patrons, même combat !

Vive la solidarité internationale des travailleuses et des travailleurs !