Comité d’organisation du 1er Mai

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discours de Marco SPAGNOLI - SSP

mardi 1er mai 2012 par Claude Reymond

Chers amis, chèr-e-s collègues et chèr-e-s camarades,

1. Une année a passé et les raisons de fêter les travailleuses et les travailleurs, si ce n’est pour leur effort constant pour le bien de la collectivité, nous manquent… En effet, année après année on mesure plutôt le terrain perdu en matière de conditions de travail (qui se dégradent) de sous enchère salariale et sociale (qui progresse) de protections légales et conventionnelles (qui régressent) et d’abus patronaux (qui se multiplient).

2. Cette régression globale, formelle (droit) et matérielle (conditions de travail) du monde du travail est la conséquence de politiques économiques qui visent à privilégier les rendements financiers au détriment des revenus du travail, qui favorisent les profits au détriment des salaires, qui sacrifient l’emploi et les salarié-e-s à la rentabilité débridée exigée par le capital financier, et qui finissent par menacer la stabilité de l’ensemble de l’économie afin de servir les appétits financiers démesurés des détenteurs de capitaux et autres spéculateurs.

3. La crise financière internationale, qui a atteint désormais l‘économie réelle, est l’arme absolue entre les mains d’une oligarchie financière aux commandes à l’échelle internationale, contre les travailleuses et les travailleurs de tous les pays. Elle sert d’instrument d’un démontage social à grande échelle et sans précédents. Les acquis des travailleurs en ma¬tière de protections légales et institutionnelles, en matière de salaires et de retraites, sont attaqués frontalement partout en Europe. La crise, entretenue délibérément par les milieux financiers et les banques qui encaissent des gains multimilliardaires, réussit là où le rap¬port de forces social avait échoué en raison de la résistance que les travailleuses et les travailleurs opposent à l‘avidité patronale et aux appétits financiers qui les inspirent. La crise aujourd’hui, en Europe, mais aussi en Suisse, est l’arme absolue contre les intérêts du monde du travail et contre les acquis sociaux des salarié-e-s.

4. En Suisse, nous restons à l’abri de la crise de la dette souveraine qui frappe l’Europe et sa monnaie, entre autres parce que nous avons de l’avance en matière de rigueur budgétaire et de politique fiscale, et parce que -il faut le souligner -en matière de droit du travail l’acquis est pour le moins faible en comparaison internationale. La rigueur budgétaire et l’austérité sociale chez nous sont une constante bien consolidée. Les normes de Maastricht et des traités qui les ont consacrés, et qui ont mis le feu néolibéral à l’espace social européen, étaient spontanément appliquées chez nous en Suisse, et ce bien avant qu’elles ne fassent l’objet des batailles politiques qui ont défrayé la chronique chez nos voisins.

5. En Suisse, la rigueur budgétaire sert rituellement de prétexte aux révisions systématiques et à la baisse des assurances sociales, des conditions de retraite, et de l’ensemble des prestations publiques. A Genève la rigueur budgétaire tient lieu de théologie : les mesures d’austérité frappent année après année les services et les prestations publiques, que ce soit en période de croissance ou de récession, que les comptes publiques soient excédentaires ou déficitaires, que les besoins de la population soient en augmentation ou pas, rien ne semble pouvoir déroger à la règle de l’austérité éternelle. Et cette austérité, qui engendre des excédents milliardaires aux comptes de l’état, sert en fin de compte à financer les cadeaux fiscaux qui depuis plus de dix ans, on consent aux nantis, aux contribuables aisés, ainsi qu’aux entreprises locales et multinationales, lesquelles -comme on vient de le constater avec Merck-Serono - nous le rendent bien ! Tout effort consenti aujourd’hui, sous prétexte d’équilibre des comptes, servira demain à financer de nouveaux cadeaux fiscaux et à alimenter ainsi la sous enchère fiscale généralisée qui est le cheval de Troie du démontage de l’Etat social.

6. Pardonnez-moi de parler de la souffrance qu’endure le personnel des services publics et parapublics, parce que de la souffrance des usagers de l’État, des bénéficiaires des prestations publiques, on en parle plus facilement, elle est d’ailleurs connue et la presse s’en fait parfois spontanément l’écho. Ce n’est pas du tout le cas du personnel de l‘Etat et du secteur subventionné contre lequel, il est plutôt de bon ton, dans notre république, de se dé¬fouler. Celui-ci en effet subit au premier chef les effets dévastateurs de la pénurie du personnel, en termes de surcharge endémique et de pression hiérarchique laquelle confine de plus en plus souvent à l’arbitraire des hiérarchies. Le personnel est bien placé pour mesurer la dégradation - en quantité comme en qualité - des prestations publiques induites par l‘austérité, ajoutant ainsi la frustration à la pression croissante qu’il subit.

7. La population de Genève augmente, ses besoins en matière de prestations de santé, de formation, de sécurité ou d’assistance sociale, augmentent en parallèle et deviennent de plus en plus complexes ou lourds. Même lorsque la stabilité en matière de personnel est maintenue, face à l’augmentation de la population et de ses besoins, la stabilité des effectifs génère un déficit qui n’est pas financier, mais matériel et humain, dont personne, absolument personne, ne veut prendre la mesure, et dont personne ne veut entendre parler ! C’est pourquoi je vous remercie tout particulièrement de bien vouloir m’écouter aujourd’hui.

8. La politique de sous-enchère fiscale, qui est le pendant de l’austérité budgétaire artificiellement entretenue, repose sur une campagne préventive de dénigrement systématique des fonctionnaires et du personnel des services publics. Comment ces personnels peuvent-ils se plaindre du sort qui leur est fait, et de la dégradation des prestations qu’ils constatent, alors qu’on les présente à longueur d’année et de chroniques comme des nantis surprotégés et grassement payés (aux frais de la princesse), chaque fois que l’occasion se présente ? Ce n’est pas seulement la Tribune de Genève qui raffole de raccourcis de ce genre pour entretenir une image mensongère de la réalité des conditions de travail à l’État. Ce sont les intérêts économiques puissants servis par la politique de sous enchère fiscale endémique qui ont besoin de bouc émissaires, pour détourner l’attention du public et de la classe politique, des véritables enjeux sociaux qui se cachent derrière la politique fiscale et budgétaire suivie à Genève avec constance et rigueur par les autorités politiques.

9. Permettez-moi de corriger, en le renversant, le raisonnement malhonnête que suggère la Tribune de Genève en présentant les salaires de la fonction publique. Pour vous dire qu’on peut facilement, et sans arrière-pensées, tomber tous d’accord pour souhaiter un accroissement très substantiel du niveau de formation moyen de l’ensemble des salarié-e-s de notre canton. Car si on veut préserver la logique marchande, qui calcule le salaire (le prix du travail) sur la base de son coût, notamment celui de la formation nécessaire à le produire, alors il faut reconnaître que la formation universitaire mérite une rémunération correspondante à l‘investissement consenti. On constaterait alors, si on voulait informer honnêtement le public, que les universitaires et les cadres à l’État touchent des salaires inférieurs à ceux que touchent en moyenne leurs homologues dans le secteur privé. Comparer la moyenne des salaires de l’État, constituée de milliers d’universitaires (les enseignants), aux salaires du privé -dont la qualification moyenne est structurellement bien inférieure - revient à comparer des pommes et des poires. Comparaison qu’on ne peut suggérer « honnêtement » que dans le propos de chercher à faire la démonstration que la pomme en question est pourrie.

10. Donc suivons l’exemple, mais dans le bon sens, et favorisons massivement la formation supérieure de tout le monde ! Suivons l’exemple, encore en positif, et augmentons, à l’image de l’État, plutôt les bas salaires, qui correspondent à des emplois non qualifiés ou avec des qualifications inférieures (CFC). Suivons aussi l’exemple de l’État pour assurer l’égalité salariale directe entre hommes et femmes. Suivons encore l’exemple de l’État pour assurer l’égalité de traitement en général et la transparence des rémunérations par¬tout. Suivons aussi l’exemple de l’État pour assurer dans des lois, les conditions de travail de tout le monde, avec les ressources juridiques que cela suppose pour le règlement des différends.

11. Enfin, vous l’aurez compris, et j’espère que vous partagerez avec nous le constat que la politique que nous combattons est celle qui cherche à nous diviser. A opposer les salarié¬e-s du public, aux salarié-e-s du privé, les actifs aux chômeurs et aux retraités, les résidents aux immigrés et aux frontaliers… Toutes ces oppositions ne servent que les intérêts de ceux qui organisent sciemment le démontage social à grande échelle auquel nous assis¬tons aujourd’hui. La division provoquée dans notre camp, dans le camp des salarié-e-s, sert à détourner l’attention de la menace principale que constituent les intérêts dominants de la finance, des multinationales et des puissants de ce monde, qu’en lieu et place de la prospérité généralisée, nous promettent plutôt la loi de la jungle, le chaos des marchés, l‘épuisement des ressources et la destruction de notre environnement.

12. Nous devons unir ce que les prédateurs de la finance et les ennemis de l’Etat social veulent diviser. Et pour ce faire nous devons résister aux attaques contre nos acquis, nos salaires, et nos retraites… Pour ce faire nous devons reprendre l’initiative sur le terrain du partage du travail et des richesses qu’il procure, sur le terrain du chômage qu’il faut combattre, sur le terrain des assurances sociales à étendre et renforcer, sur celui des protections légales ou conventionnelles à instituer et à étendre à l’ensemble des salarié-e-s, sans distinction de statut, de sexe ou d’origine.

C’est à tout cela que doit nous encourager la fête des travailleuses et des travailleurs !

Au nom du syndicat du SSPP du Canton de Genève et de ses membres, je vous remercie de votre attention et vous souhaite une belle fête !

PS:

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