Comité d’organisation du 1er Mai

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2010-05-01mai_discours ÖZDEN Melik pour Murad au Molard

samedi 1er mai 2010 par Claude Reymond

Discours de Melik Özden, au nom du Comité de soutien à Murad Akincilar, lors du défilé du Premier Mai

Genève, le 1er mai 2010

Dans leurs activités quotidiennes, les syndicalistes sont confrontés à de nombreux abus et violations des droits syndicaux et des droits des travailleurs. Mais, de nombreux syndicalistes sont eux-mêmes victimes de ces abus et violations dans l’exercice de leur fonction. Si en Suisse et en Europe, le milieu patronal durcit de plus en plus le ton et recourt à des subterfuges juridiques pour empêcher des activités syndicales, dans d’autre régions du monde les syndicalistes subissent des répressions féroces. On compte une centaine d’assassinats par année, dont la Colombie tient le triste record en la matière, des milliers d’arrestations et de détentions arbitraires qui aboutissent bien souvent à la torture et à des lourdes condamnations, à des dizaines de milliers de licenciements, sans parler de multiples discriminations dont sont victimes les syndicalistes.

Parce que de nombreux pays à travers le monde ne respectent pas les droits syndicaux, ni les principes élémentaires de la démocratie, les syndicalistes de ces pays doivent lutter non seulement pour les droits syndicaux, mais aussi pour la démocratisation des régimes en place.

C’est le cas de la Turquie. Présentée comme démocratique et aspirant à adhérer à l’Union européenne, ce pays ne respecte pas pleinement les droits syndicaux et sa législation contient de nombreuses lois anti-démocratiques. En effet, les droits d’organisation, de grève et de négociation collective sont extrêmement restrictifs et ne respectent pas les normes de l’OIT. Le licenciement en masse des membres des syndicats et l’arrestation arbitraire suivie de procès fantoches contre leurs dirigeants sont fréquents. La police a souvent recours à la violence à l’encontre de grévistes et de manifestants pacifiques. Ainsi, les syndicalistes, les militants des droits humains, les opposants politiques, les militants de la cause kurde sont systématiquement victimes des pratiques arbitraires des autorités turques pour être réduits au silence. Parmi les armes utilisées par les autorités turques pour réduire au silence tout militant, c’est de les taxer, sans aucun fondement, de terroristes ou de soutien aux terroristes.

Photo Haykel EZZE DDINE

C’est le cas de notre camarade Murad Akincilar. Secrétaire syndical à Unia Genève et militant des droits humains, Murad a été arrêté le 30 septembre 2009 à Istanbul alors qu’il rendait visite à ses parents. Depuis, il a été incarcéré sous l’accusation fallacieuse « d’appartenance à une organisation terroriste », les autorités turques faisant l’amalgame entre ses articles publiés dans la revue Transformation démocratique et une organisation nébuleuse.

Economiste, syndicaliste, formateur et écrivain, M. Akincilar est un intellectuel turc très productif qui milite pour le respect des droits humains et la démocratisation de son pays. Il est très apprécié autant en Turquie qu’en Suisse et en Europe. Des milliers de personnes parmi lesquelles les élus cantonaux, nationaux et européens, des syndicats, des organisations de défense des droits humains, ont apporté leur soutien à la campagne pour la libération de Murad.

Deux délégations suisses se sont rendues sur place et ont examiné l’acte d’accusation contre Murad. Il s’avère que, comme nous le soupçonnions, les faits reprochés à notre camarade sont totalement infondés.

D’ailleurs, la Plate-forme de solidarité avec les journalistes détenus en Turquie (TGDP) a immédiatement condamné l’arrestation et l’incarcération de Murad, en soulignant que « Le fait de mépriser le professionalisme des journalistes opposants au régime, accuser sans aucun fondement ces derniers d’être ’membres d’organisations terroristes’ et de vouloir les réduire au silence sont des politiques traditionnelles de l’Etat turc. »

L’initiative pour la liberté d’opinion et d’expression d’Ankara, lancée par les intellectuels turc, parmi lesquels des syndicalistes, a également publié un communiqué demandant la libération inconditionnelle de Murad.

Le Grand conseil genevois a adopté une motion en janvier dernier pour demander au Conseil d’Etat d’intervenir auprès du Conseil fédéral en faveur de Murad.

Les élu-e-s romand-e-s (Mme Liliane Maury Pasquier et M. Jean-Claude Renwald, entre autres) ont déposé des interpellations urgentes devant les Chambres fédérales pour demander l’intervention du gouvernement suisse auprès des autorités turques en faveur de Murad.

Il faut rappeler que l’état de santé de Murad est très préoccupant. Murad a été opéré des deux yeux au mois d’octobre, après s’être plaint durant plusieurs jours de perte de la vue. Il s’agissait de décollements de rétines. Ces décollements ont eu lieu après des heures d’interrogatoire, au cours duquel ont été utilisés des spots puissants occasionnant un stress particulièrement violent. Il semble également qu’à cause du retard de l’intervention chirurgicale sa capacité de récupération ait été sérieusement amoindrie. Selon les informations à notre disposition, Murad a été opéré une deuxième fois à l’oeil gauche. Comme vous le savez, les conditions de détention dans les prisons turques dites de « haute sécurité » sont très dures voire inhumaines, surtout lorsqu’on est accusé du terrorisme et que la présomption d’innocence n’existe pas dans ce pays.

C’est pourquoi, la campagne pour la libération immédiate et inconditionnelle de Murad Akincilar doit se poursuivre, tout en élargissant la solidarité avec lui, jusqu’à ce qu’il revienne parmi nous. Son procès est fixé au 3 juin à Istanbul. Une délégation internationale assistera à cette audience.

Nous appelons le Conseil fédéral à tout mettre en oeuvre, en intervenant auprès des autorités turques, pour la libération de Murad.