9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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Discours de Charles Beer

vendredi 10 novembre 2006 par nadine
Discours de Charles Beer - 2006

Mesdames et Messieurs, chers amis et chers camarades, c’est au nom du Conseil d’Etat que je prends la parole pour vous adresser quelques mots en souvenir de la tragédie qui s’est passée ici en 1932 et qui a vu treize personnes tomber sous les balles de l’armée.

Ce tragique événement représente un moment marquant et traumatisant de notre histoire duquel il convient encore de tirer des enseignements.

Le premier enseignement, c’est celui des conditions dans lesquelles les dérapages et l’ouverture du feu de l’armée sur la foule se sont produits : la misère et la montée des inégalités dans un canton malgré tout prospère et qui permettait une autre politique.

Citons à cet égard le fait qu’aujourd’hui encore, malgré une forte croissance démographique et économique, les finances publiques sont en difficulté depuis 15 ans. L’accroissement des déficits et de la dette publique amènent des choix budgétaires qui ont tendance malheureusement aujourd’hui, à développer, dans notre canton, encore davantage d’inégalités.

En ce sens, la croissance ne signifie pas toujours le développement. Car la montée des inégalités accompagne, en effet, cette croissance économique et démographique.

J’en veux pour preuve : la pyramide fiscale, le chômage, le chômage de longue durée ou encore les chiffres de l’assistance publique. Et ce, même si en 15 ans, notre population a augmenté de 16%, même si nous comptons aujourd’hui plus de millionnaires sur notre territoire que jamais. La montée des inégalités s’est traduite notamment par un quadruplement de personnes à l’assistance publique sur la même période et une progression du chômage de 1% à près de 7%.

Le deuxième l’enseignement, c’est bien entendu, l’intervention de l’armée. L’intervention de l’armée reste quelque part un tabou, et cela doit rester pour les autorités un élément particulièrement important en termes de gouvernance.

Faire régner l’ordre avec l’armée est quelque chose qui contrevient profondément à un certain nombre de missions telles qu’on les caractérise aujourd’hui au sens de l’ordre démocratique. Heureusement un tel événement et un tel recours ne se sont pas reproduits.

Le troisième élément, que je retiens également en termes de comparaison et d’enseignement, c’est la montée non seulement des totalitarismes, mais des mouvements qui les portent, et principalement les mouvements fascisants et populistes.

Ces mouvements qui avaient pu organiser un meeting public pour mettre en accusation des responsables d’un parti politique, de la gauche, en l’occurrence. Cela doit nous amener à tirer l’enseignement suivant :

Est-il ou non acceptable, d’avoir de telles mises en scènes et de tels procès publics à l’heure même où nous veillons au développement démocratique ? La réponse est, bien entendu, négative, pour les autorités. Il s’agit donc de prendre en compte le fait que jamais au nom de l’exercice des droits et des libertés démocratiques, il est acceptable de défier la liberté d’autrui et de les mettre en accusation d’une manière totalement inacceptable, qui relève des méthodes fascistes et fascisantes.

Mesdames et Messieurs, la lutte contre les inégalités, le recours aux forces de police pour le maintien de l’ordre, bien entendu dans une conception démocratique, et ne pas accepter des dérives qui sont liberticides et profondément fascisantes, voilà les principaux enseignements que les autorités cantonales tirent de ces tragiques événements de 1932.

Ce message, je suis là pour le rappeler au nom des autorités, parce qu’il s’agit de le faire vivre. Rien n’est jamais acquis, surtout en matière démocratique, et à une période qui malheureusement s’accompagne aussi d’éléments sombres.

Mesdames, Messieurs, les libertés démocratiques nous appartiennent à toutes et à tous et il revient, bien entendu, aux autorités, d’y veiller. Merci de votre attention.