Comité d’organisation du 1er Mai

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Discours de Liliane Maury Pasquier

près de La Pierre à 11h

mercredi 1er mai 2002 par Claude Reymond

L’exclusion est malheureusement certainement un phénomène aussi ancien que l’humanité elle-même puisqu’il suffit qu’un groupe existe pour qu’il produise, au fil du temps, des marginaux et des exclus. Ceci n’est toutefois pas une raison pour accepter sans rien faire l’exclusion subie qui est le fait de rapports de force le plus souvent motivés par la recherche du profit maximum.
Ainsi, si l’exclusion est un phénomène courant dans tous les groupes humains, nous devons nous engager le plus massivement possible contre ces méthodes plus ou moins conscientes de déconsidération de telle ou telle catégorie de personnes, au prétexte qu’elles sont sans permis de séjour ou sans travail, sans papiers ou au chômage, femmes ou – expression horrible s’il en est – en fin de droits.

Et nous sommes rassemblés ici aujourd’hui pour réaffirmer ensemble que, si les groupes sont malheureusement souvent producteurs d’exclusion, ils sont aussi capables d’êtres intégrateurs, d’êtres rassembleurs, d’être tolérants face à toutes les manières d’être humain, bref d’intégrer chacune et chacun, avec ses forces et ses faiblesses, car un monde de gagnants est inhumain et voué à la destruction.

Nous voulons dire ici aujourd’hui, toutes et tous ensemble, que celles et ceux qui sont venus apporter à la Suisse et à Genève leurs forces de travail, qui accomplissent jour après jour les tâches ingrates et difficiles qu’ils ont acceptées pour survivre, que ces personnes doivent avoir le droit de vivre ici, avec leurs familles, qu’elles doivent pouvoir se défendre contre l’exploitation et vivre au grand jour, sans avoir à se cacher en permanence, sans craindre un contrôle de police et une expulsion sans ménagement.

Nous voulons dire ici aujourd’hui, toutes et tous ensemble, que celles et ceux qui ont perdu leur emploi et qui, pour toutes sortes de raisons – parce que leur profil n’est pas le bon, parce qu’ils sont « trop vieux » ou trop inexpérimentés – n’en retrouvent pas un facilement, ont droit à une vie décente pendant tout le temps nécessaire à retrouver un emploi ou à entreprendre une nécessaire formation complémentaire.

Oui, la Suisse a les moyens d’offrir à ses chômeurs et chômeuses la possibilité de rechercher un travail convenable et de prendre le temps nécessaire à cette recherche. Oui, les personnes qui réalisent un revenu annuel de plus de 100’000 francs ont les moyens de cotiser sur l’entier de leur salaire et de contribuer ainsi, équitablement et solidairement, à donner des moyens suffisants à l’assurance chômage.

Pour éviter le démantèlement de l’assurance chômage – et avec lui son cortège d’exclusions programmées – nous devons signer et faire signer le référendum contre la révision de la Loi sur l’assurance chômage et, le moment du vote populaire venu, empêcher la mise en vigueur de cette révision qui ne vise qu’à contraindre les personnes les plus défavorisées.

Nous voulons dire ici aujourd’hui, toutes et tous ensemble, que celles et ceux qui, malgré toutes les mesures et toutes les tentatives, n’ont pas réussi à se réintégrer dans un monde du travail décidément trop inhospitalier, font encore partie de notre communauté, que nous reconnaissons tant leurs compétences que leur qualité d’être humain et que, plutôt que de les forcer à demander l’aumône en recourant à l’assistance, il vaut mieux que leur activité soit reconnue comme une contribution à la communauté par un revenu minimum de réinsertion.

Souvenons-nous, lors des votations du 2 juin prochain, que le RMR est un instrument de lutte contre l’exclusion en soutenant, le plus massivement possible, le projet qui nous sera soumis, fidèles à nos convictions et à nos engagements, contrairement à certaines girouettes qui ne savent que suivre le sens du vent.

Je ne saurais conclure ce discours sans vous inviter encore, apparemment dans un autre domaine mais apparemment seulement, à soutenir le plus massivement possible la réglementation des délais qui sera également soumise au vote populaire ce même 2 juin.

En effet, si la loi est, à l’heure actuelle, appliquée de manière plutôt ouverte à Genève, nous ne pouvons pas oublier que l’interruption volontaire de grossesse est toujours inscrite dans le Code pénal, passible de l’emprisonnement, et que cette différence fondamentale entre la loi et son application laisse place à l’arbitraire et à l’insécurité. La loi actuelle ne considère finalement pas les femmes comme des êtres à part entière, autonomes et maîtresses de leur corps. Par cette sujétion à la loi pour une décision qui les concerne au plus profond d’elles-mêmes, elles sont, de fait, exclues de leur propre vie et dépendantes de ces fameux avis conformes, délivrés sans trop de difficultés dans notre canton mais beaucoup plus difficilement dans d’autres. Elles sont dès lors confrontées, en plus de la situation difficile qui les a conduites à décider d’une interruption de grossesse, au jugement de personnes dont elles dépendent, quand ce n’est pas aux pressions de ces mêmes personnes détentrices de l’autorité. Et, dans ces cas-là, ce sont toujours les femmes les plus faibles qui sont le plus démunies, notamment les mineures ou les femmes migrantes.

Il est temps de mettre un terme à cette mise sous tutelle des femmes et à les laisser être ce qu’elles sont fondamentalement : des êtres humains à part entière.

La dignité humaine n’est pas fractionnable, elle est une et indivisible. Un être humain, homme, femme ou enfant, d’ici ou d’ailleurs, pour pouvoir être reconnu en tant que tel, doit pouvoir exercer l’ensemble des droits qui sont les siens. Et c’est en nous unissant pour défendre les droits de toutes les catégories de la population que nous parviendrons à lutter, de manière efficace, contre l’exclusion, contre toutes les exclusions, à tous les niveaux, dans nos lieux de travail, dans nos lieux de vie, dans notre engagement syndical, politique et, tout simplement, humain.

Liliane Maury Pasquier

Présidente du Conseil national

1er mai 2002