Comité d’organisation du 1er Mai

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Nous ne paierons pas leur crise !

Intervention d’Alessandro Pelizzari au 1er mai 2009, Genève

mardi 5 mai 2009 par Claude Reymond

Chers et chères camarades, chères et chers collègues,

Depuis quelques mois, un mot a fait un retour fracassant dans le débat public : le capitalisme. Pas un jour où les médias ne font état des ravages de ce tsunami social, déclenché par l’éclatement de la bulle spéculative aux Etats-Unis pour ensuite s’étendre sur l’ensemble de l’économie capitaliste. Pas un jour, où les chiffres présentés ne nous rappellent le système destructeur dans lequel nous vivons : 12’000 Milliards de Dollars anéantis en moins d’une année par la chute des bourses et l’effondrement du système bancaire ; croissance zéro ou négative pour la plupart des économies nationales ; un recul de 20 à 25% des exportations en Suisse avec, comme corollaire, l’explosion du chômage partiel ; des prévisions qui nous annoncent 200’000 chômeurs et 275’000 personnes en sous-emploi d’ici la fin de l’année. Nous sommes bien placés, en ce jour de commémoration des conquêtes du mouvement ouvrier, pour savoir ce que cela signifie : le retour de la précarité pour des centaines de milliers de familles, fléau que nos mères et nos grands-pères avaient combattu à travers leurs luttes.

Ce grand bond en arrière qui nous attend a rendu muets les grands prêtres du néolibéralisme. Ceux qui pendant des décennies nous ont prêché les mérites des libéralisations, des privatisations et de la flexibilisation n’hésitent pas à critiquer aujourd’hui les excès de ce même capitalisme. Qui aurait imaginé, il y a quelques mois, que les Etats interviendraient massivement à coups d’injections de milliers de milliards dans le système bancaire mondial ; que ces mêmes gouvernements parleraient de « re-réguler » les flux financiers et les paradis fiscaux ; que des plans d’investissement massifs viseraient à sauver les industries d’exportation ?

Mais cette critique-là du capitalisme n’est pas la nôtre, et les réponses données aujourd’hui à leur crise montrent bien à qui ils veulent faire payer le prix des pots cassés : aux travailleurs, aux chômeurs, aux retraités ! Sans aucune contrepartie demandée à l’UBS, 68 milliards de francs ont été mis à disposition de la plus grande banque du pays – de l’argent public aussitôt redistribué pour payer les bonus aux dirigeants bancaires ! Et alors que l’Etat facilite le recours au chômage partiel, nous voilà confrontés à des entreprises comme l’EMS-Chemie de la famille Blocher qui l’utilisent pour restructurer leurs effectifs – tout en se versant des bénéfices faramineux !

Ces mêmes entreprises qui profitent, comme décidé récemment par le Grand Conseil genevois et imaginé par le ministre Merz, d’un « bouclier fiscal » qui vise à diminuer leur charge fiscale, alors que pour un « bouclier social » en faveur des emplois et du pouvoir d’achat des travailleurs on nous présente des baisses des prestations. C’est honteux qu’alors que les assurances privées ont gagné en 2007 700 millions de francs avec le deuxième pilier, ce sont les retraités qui devraient subir une diminution de 10% de leurs rentes LPP ! Et le prochain démantèle-ment social est déjà annoncé, avec la révision prévue de l’assurance-chômage !

En d’autres mots, les gouvernements et le patronat nous servent comme sortie de crise les mêmes mesures qui nous ont menées droit dans le mur : une redistribution des richesses du bas vers le haut. Car ce ne sont pas simplement des spéculateurs effrénés qui sont à l’origine de cette crise. C’est l’accroissement des inégalités depuis des décennies qui en est à la base : Le capitalisme néolibéral s’est développé sur l’appropriation des richesses par le biais d’une énorme redistribution des revenus, sur la destruction de l’Etat social et les contre-réformes fiscales, sur la privatisation de parts importants de l’économie socialisée et, finalement, sur les profits que les richissimes espéraient de l’endettement des travailleurs. Un système qui n’a été possible que suite aux attaques que le mouvement ouvrier a subi durant les années 80.

Cette crise est donc bel et bien le résultat d’une lutte des riches contre les pauvres, du capital contre le travail, et la sortie de cette crise le sera aussi ! C’est pourquoi nous disons aujourd’hui, en ce 1er mai placé sous le signe de la résistance à leur crise, que non, ce système n’a pas d’avenir : « Capitalisme, no future » ! Mais il ne suffit pas d’alimenter la critique du capitalisme, encore faut-il tracer les grandes lignes de ce que pourrait être un système alternatif. La CGAS a travaillé ces derniers mois sur un programme anti-crise qui ne se veut pas un simple catalogue de mesures, ni un « plan de relance » car nous ne voulons pas relancer ce système. Il s’agit d’un véritable programme de mobilisation sociale qui vise à renforcer le mouvement social et tout particulièrement les syndicats :

Tout d’abord, la CGAS exige le désarmement des pouvoirs financiers : pour répondre aux origines financières de cette crise, il s’agit de mettre en place un contrôle strict des activités bancaires par les collectivités publiques, l’interdiction des fonds spéculatifs et de la fraude fiscale et un système fiscal solidaire basé sur la taxation des gains en capitaux et sur la fortune.

Ensuite, pour répondre à la nature sociale de la crise, la CGAS exige la garantie du pouvoir d’achat des travailleurs par la redistribution des richesses, particulièrement en introduisant un salaire minimum légal et la limitation des hauts revenus, l’augmentation des allocations familiales et des subventions aux primes de l’assurance maladie ainsi que la baisse immédiate des loyers.

Troisièmement, la CGAS exige la création et la garantie de l’emploi et de la formation pour répondre aux besoins de tous : en renforçant la formation, en encourageant la réduction du temps de travail, en développant les emplois socialement utiles notamment dans les services publics ou dans la construction de logements et en interdisant tout licenciement dans les entreprises qui bénéficient de l’aide étatique.

Finalement, la CGAS demande le redéploiement d’un bouclier social pour les travailleurs et les chômeurs en augmentant les prestations de chômage et de l’aide sociale, mais aussi une extension de la protection contre les licenciements, seul vrai outil pour permettre l’auto-défense des travailleurs en temps de crise – l’exemple de la déléguée syndicale chez Manor est là pour nous le rappeler !

Nous sommes ici aujourd’hui pour dire haut et fort que nous ne paierons pas leur crise, et nous le serons aussi le 16 mai, journée de mobilisation syndicale européenne, où à Genève comme partout en Europe les travailleurs se mobiliseront pour construire un véritable contre-pouvoir social et pour rappeler à certains qu’il ne suffira pas de se dire de gauche pour récolter cet automne les voix des travailleurs.