9 novembre 1932 - plus jamais ça

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En Suisse romande, la contestation de l’ordre nouveau fut stoppée net dans un bain de sang

samedi 10 novembre 2012 par Claude REYMOND

Jean-Claude COCHARD, syndicaliste SEV, considère que la fusillade du 9 novembre 1932 à Genève positionna négativement le monde ouvrier romand à l’égard de la Paix du travail...

75 ans de « PAIX DU TRAVAIL » en Suisse !

L’évocation de cet anniversaire par le Centre patronal vaudois nous oblige à nous replonger dans l’ambiance peu glorieuse et douloureuse des années 30, période où l’Europe se trouvait dans une crise sociale sans précédent depuis le début de l’industrialisation du continent et qui rappelle étrangement les événements que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui !

Humilié par les Alliés au lendemain de la Première Guerre mondiale, le peuple allemand avait retrouvé confiance dans les promesses du régime nazi qui voulait garantir un avenir radieux à la nation. Pour reconstruire la puissance industrielle de l’Allemagne, Hitler avait besoin de la collaboration active des directions syndicales qui contrôlaient les travailleurs des charbonnages, de la sidérurgie et des chemins de fer. Une opération parfaitement réussie avec l’introduction des premiers congés payés et l’octroi de crédits à la consommation pour la classe ouvrière. Les réalisations sociales du régime firent l’objet d’une importante propagande nationale et internationale. La construction du plus grand centre de vacances du monde, à Prora sur l’île de Rügen et la construction d’un magnifique paquebot pour les croisières de la classe ouvrière allemande eurent un immense impact sur l’opinion publique !

En Angleterre et en France, le luxe des paquebots de l’époque était réservé à l’élite de la classe patronale. Le régime nazi fit construire aussi les premières autoroutes européennes, en Allemagne, en promettant une automobile à chaque ménage allemand ! Les réalisations du régime eurent une influence considérable sur tous les peuples d’Europe, l’autre alternative étant les premières réussites de l’industrie planifiée de la première « République Socialiste » dirigée par Staline, une nation paysanne, soumise à l’embargo international, qui était en phase d’industrialisation forcée. Les réussites incontestables de l’Allemagne nazie avaient séduit certains peuples européens jusqu’à la soumission totale de leurs autorités politiques. Comme ce fut le cas en Autriche avec l’Anschluss de 1938 !

La Suisse, ou du moins sa partie germanophone, se trouvait dans ces années-la, en phase pour l’Anschluss helvétique, avec la complicité des grandes familles, propriétaires des principales entreprises et des banques du pays qui avaient déjà fait fortune avec l’Allemagne, lors de la Première Guerre mondiale ! Berlin dirigeait un important réseau d’agents de propagande chargés d’infiltrer les milieux économiques et politiques du pays.

Ce noyautage de la nation était orchestré par un proche d’Hitler domicilié à Davos, Wilhelm Gustloff. L’une de ses missions consistait à s’assurer le contrôle du Parti Socialiste suisse, dont une partie de ses dirigeants ne cachait pas leur admiration pour les réussites soviétiques. Wilhelm Gustloff encouragea aussi le grand patronat helvétique à signer des accords avec les principales centrales syndicales du pays, pour éviter la contagion, de la partie la plus défavorisée de la classe ouvrière suisse, par l’idéologie bolchévique !

Mais c’était sans compter l’illumination salvatrice d’un étudiant juif, qui avait fui l’Allemagne nazie, David Frankfurter, établi à Berne en 1934. Le 4 février 1936, il se rendit à Davos en train et abattit froidement Wilhelm Gustloff à son domicile ! Cet événement révéla au grand jour les manœuvres d’infiltration de l’Allemagne nazie en Suisse et rendit fou furieux Hitler.

Malgré cela et dans la perspective d’importantes commandes à l’exportation, notamment vers l’Allemagne, le 19 juillet 1937, Konrad Ilg, représentant des syndicats de la métallurgie de l’époque et Ernst Dübi, représentant des fédérations patronales, signèrent un accord historique qui a institutionnalisé la « Paix du travail » en Suisse.

Les syndicats s’étaient engagés au respect de la Paix absolue du travail en renonçant au droit de grève et le patronat au lock-out, autrement dit, la fermeture d’entreprises avec licenciement collectif. Toutefois, la base ouvrière de ces organisations syndicales resta méfiante envers les directions qui avaient signé un tel accord. En Suisse romande, la contestation de l’ordre nouveau fut stoppée net dans un bain de sang, le 9 novembre 1932, lorsque l’armée suisse tira sur des grévistes et leurs familles lors d’une manifestation géante à Genève. On dénombra, ce jour-là, 13 morts et 65 blessés parmi les manifestants antifascistes !

Comme on peut le constater dans la période considérée dans mes propos, la « Paix du travail » n’est pas le fruit de la raison entre partenaires sociaux mais plus tôt une mise au pas des organisations syndicales en échange d’avantages sectoriels.

Jean-Claude Cochard, Les Avants, octobre 2012

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