9 novembre 1932 - plus jamais ça

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AGORA - publié dans le Courrier du 17 novembre 2012

« Nous ne possédions ni cagoules, ni matériel interdit »

samedi 17 novembre 2012 par Claude REYMOND

TÉMOIGNAGE • Placée sous haute surveillance policière, la manifestation genevoise de vendredi dernier en commémoration du 9 novembre 1932 a donné lieu à des contrôles et à des fouilles. Deux personnes arrêtées racontent.

Vendredi 9 novembre, peu avant 18 h, nous nous sommes rendues à la zone piétonne du Mont-Blanc pour la manifestation dont l’appel officiel s’intitulait « contre le militarisme et la répression des mouvements populaires ». Arrivant sur les lieux, nous nous sommes trouvées nez à nez avec une dizaine de policiers en armure. Nous n’avions pas fait trois pas que nos cartes d’identité avaient disparu entre leurs mains et que nous étions forcées de leur faire l’inventaire détaillé du contenu de nos sacs et de nos poches. Autour de nous, de nombreuses personnes ont subi le même traitement. Peu après, un policier s’est approché en brandissant un appareil de photo afin de prendre nos portraits. Face à notre refus de nous soumettre à un fichage inadmissible, on nous a menacées de passer la soirée au poste.

A l’arrivée du fourgon, on nous a menottées à l’aide de câbles en plastique. Ironie du sort, la personne au micro de la manifestation insistait au même moment sur l’importance du respect des « droits fondamentaux élémentaires ». Sans avoir obtenu de réponse à la question de savoir quel était le numéro de matricule du policier qui détenait nos cartes d’identité, nous sommes parties dans la cage d’un
fourgon surchauffé avec deux compagnons d’infortune.

Après une bonne heure de route, nous avons été réceptionnées au sous-sol d’un commissariat par une dizaine de fonctionnaires en bleu, pour un « simple contrôle administratif ». Nous avons été séparées puis amenées devant une machine pour prendre nos empreintes digitales. Sûres de nos droits, nous avons refusé de poser nos doigts dessus. Les forces de l’ordre nous ont affirmé que nous n’avions pas le choix et qu’au besoin, ils feraient usage de la force. Tout en hurlant ces menaces, un policier a saisi les mains de l’une d’entre nous pour les appuyer sur l’écran.

Dans cette confusion, une policière a même prétendu qu’il ne s’agissait « pas d’une prise d’empreintes » mais d’un « simple contrôle de sécurité ». Après ce mensonge grossier, un policier a finalement ordonné de ne pas insister parce que, selon lui, le fait que nous étions suisses ne rendait pas nécessaire la prise d’empreintes. Savourant amèrement ce privilège, nous sommes passées par plusieurs étapes : fouille, éthylotest, confiscation des chaussures... avant d’être placées en cellule durant deux heures. A la question de savoir ce qui nous était reproché exactement, nous avons eu droit à un haussement d’épaules du geôlier.

Par la suite, nous avons été surprises d’apprendre par voie de presse que, en dépit du fait que des personnes qui étaient à l’origine de l’appel officiel « contre la répression des mouvements populaires » aient été mises au courant des arrestations, celles-ci n’aient pas jugé bon de réagir. Nous avons également été surprises d’apprendre que nous étions membres du Réseau antifasciste genevois. Notons au passage que ce dernier est à notre connaissance la seule organisation à avoir exprimé publiquement sa solidarité avec les personnes arrêtées. Enfin, contrairement à ce qu’affirme la police genevoise, nous nous sommes fait arrêter ce soir-là alors que nous ne possédions ni cagoules, ni matériel interdit par l’odieuse nouvelle loi sur les manifestations. Face à une telle répression, face au mépris par les agents de l’Etat des mêmes lois qui leur accordent toujours plus de pouvoir, nous ne pouvons que comprendre pourquoi certaines personnes décident de masquer leur visage.

DEUX MANIFESTANTES QUI N’ONT PAS PU MANIFESTER, (NOMS CONNUS DE LA RÉDACTION).