Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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Appel de la GFIU

vendredi 11 septembre 2015 par Claude REYMOND

Introduction

L’Autorité palestinienne (AP) a récemment entrepris un effort majeur afin de restructurer le secteur du travail dans un contexte de récession économique dans les Territoires palestiniens, de pressions sur l’AP allant grandissant afin qu’elle réduise son déficit fiscal, et de sa dérive prononcée vers l’autoritarisme. En l’absence d’un Conseil législatif palestinien (CLP) en état de marche – il ne s’est pas réuni officiellement depuis 2006 – un grand nombre de lois-clés du secteur du travail sont actuellement esquissées ou modifiées par décret présidentiel : ce sont en particulier les lois sur les syndicats, le droit du travail et les lois sur l’assurance sociale. Dans ce contexte s’ajoutent les négociations en cours entre l’AP, les syndicats et les représentants du secteur privé sur des amendements au salaire minimum. Et pendant ce temps, les syndicats sont exclus de « négociations » séparées entre AP et secteur privé sur des sujets comme les niveaux d’impôt sur les sociétés et de ceux des particuliers, des lois sur les investissements et une kyrielle d’exigences de soutien aux intérêts des grands groupes du secteur privé. Les militants palestiniens impliqués dans les luttes du travail depuis le plus longtemps pensent qu’il s’agit potentiellement d’un « moment historique », étant donné l’ampleur et le rythme des restructurations dans lesquelles l’AP s’est lancée en collaboration étroite avec les poids lourds du secteur privé.

Depuis janvier 2015, les syndicats de travailleurs et ceux du patronat ont été appelés de façon pressante à prendre part à un processus de négociations et de « dialogue social » dans le but de finaliser et de publier des décrets au plus vite. Alors que cet impératif d’urgence a clairement été signifié aux syndicats impliqués dans ces négociations, l’AP est restée très vague sur leur agenda.

La Fédération générale des syndicats indépendants (en anglais General Federation of Independent Unions, ou GFIU) de Cisjordanie et Gaza est activement engagée dans ces négociations, mais ne se fait aucune illusion sur les objectifs de l’AP et du secteur privé dans le « dialogue social » actuel. Les changements proposés se résument à une attaque frontale contre le monde du travail : suppression des possibilités de s’organiser, réduction des pénalités en cas d’infraction aux droits des travailleurs, augmentation de l’insécurité dans les contrats et les conditions de travail et exclusion de la plupart de la force de travail de toute protection juridique. Pendant ce temps, la direction de l’AP qui se débat pour sauver sa légitimité politique en promettant de livrer les « dividendes économiques » d’Oslo – à la place d’une vraie libération – soutient avec force la vision néolibérale établie par le Quartette, le plan Kerry, le secteur privé palestinien et les institutions financières internationales (comme par exemple les nouveaux fonds de capital-risque du secteur informatique, l’immobilier et les projets de construction rendus possibles à travers de nouvelles possibilités de crédit et les projets de zones industrielles).

Pour la grande majorité de la population et des travailleurs palestiniens cette vision se concrétise par augmentation de l’endettement des foyers, inégalités, chômage et insécurité alimentaire tout en étant confrontée simultanément à la chute du salaire réel et à l’augmentation des prix, au gel des embauches et des salaires dans le secteur public, aux manquements importants de budgets dans les services publics et aux pressions pour éliminer les aides de l’AP sur l’essence, l’électricité et l’eau.

Avec la mainmise des colons Israélien sur l’espace (les colonies), la violence militaire et la chute de l’aide provenant de divers donneurs et dont l’économie est dépendante, lesTerritoires palestiniens font l’expérience d’une récession entraînant la détérioration des conditions socio-économiques de vastes segments de la population. Les habitants de la bande de Gaza ont été, une fois de plus, victimes de la « doctrine Dahiya » avec l’agression de l’été 2014 qui s’est ajoutée au long blocus économique. Pendant cette période, les droits politiques et la mobilisation populaire ont systématiquement été érodés par l’AP : « coopération sécuritaire » très étroite avec l’armée israélienne et pratique autoritaristes grandissantes, en particulier depuis la séparation Gaza/Hamas et Cisjordanie/Fatah de 2007. Les intérêts du secteur privé en profitent bien entendu pour capitaliser sur cette période opportune et consolider leurs exigences en toute légalité.

Les syndicats indépendants comme la GFIU tentent de contrer cette attaque contre le monde du travail. Malheureusement, ils doivent livrer une lutte disproportionnée, faisant face à une coalition d’éléments adverses. Ceux-ci comprennent les pressions exercées par un secteur privé puissant et qui s’accumulent sur le travail, l’autoritarisme croissant de l’AP et sa répression contre toute tentative d’organisation du travail, la fragmentation syndicale et l’acceptation des principales organisations du cadre politique d’Oslo et de son « processus de paix » associant Fatah-AP, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et donateurs internationaux, la fragmentation des grands mouvements populaires et des acteurs engagés dans l’activisme et la quasi-absence de tout débat public ou de reconnaissance de l’état des négociations en cours, en Palestine comme à l’extérieur. La GFIU, en tant que fédération, s’est volontairement tenue à l’écart de tout donateur institutionnel ou parti politique afin de conserver son indépendance. Cette position lui coûte cher dans la mesure où elle n’a ni ressources ni soutien institutionnel ou technique pour les négociations, ou encore pour mener la campagne politique plus large qu’elle compte lancer.

Étant donné les enjeux impliquant les travailleurs en Palestine et la quasi-impossibilité de créer n’importe quel rapport de force sérieux sans une coalition de soutien plus large dans et en dehors de la Palestine, nous cherchons à mobiliser un noyau de réseaux d’étudiants, chercheurs, syndicalistes et militants qui peuvent apporter un soutien stratégique et technique aux syndicats palestiniens indépendants dans cette conjoncture. L’interlocuteur principal devrait être la Fédération générale des syndicats indépendants qui est la plus grande fédération représentant 19 syndicats indépendants dans différents secteurs de Cisjordanie et Gaza et comptant environ 20 000 adhérents. C’est l’un des 3 syndicats qui sont directement impliqués dans les négociations sur le travail, et l’un des signataires de tous les accords. Bien entendu, une large campagne politique devrait aussi, nécessairement, impliquer d’autres acteurs pertinents en Palestine et au dehors.

Deux sortes de soutien seraient utiles :

1) Un soutien technique direct dans le processus de négociations (c’est-à-dire des spécialistes pour relire les projets de décrets et proposer une analyse comparative ; offrir un soutien stratégique et analytique pour les négociations sur le salaire minimum). Les quatre questions principales en discussion avec les syndicats dans le futur immédiat sont les suivantes : renégociation d’un salaire minimum suivant l’augmentation du coût de la vie ; amendements à la loi sur le travail ; loi syndicale et loi sur l’assurance sociale. Toutefois, comme indiqué plus haut, des amendements sont aussi apportés au taux d’imposition des personnes et des entreprises et à la loi sur l’investissement, ainsi qu’une codification juridique sur une série d’autres demandes en soutien aux intérêts des grandes entreprises.

2) Un engagement/action stratégique plus général en soutien au droits du travail en Palestine. Des initiatives concrètes sur ce sujet incluent, par exemple :

a) Un engagement d’universitaires, de chercheurs, de syndicalistes et de militants pouvant proposer des perspectives sur : 1) les mouvements et les stratégies ouvrières dans le contexte d’autres pays ; et ce que la lutte ouvrière palestinienne peut tirer de ces expériences ; 2) les dynamiques politico-économiques locales, régionales et mondiales et leurs implications pour le travail et les luttes ouvrières dans le monde et en Palestine. Le niveau d’engagement pourrait varier, allant d’une série de discussions/présentations thématiques avec des représentants sélectionnés des syndicats indépendants actifs, des mouvements populaires, etc., à un engagement plus direct et de plus longue durée sur les questions de stratégie avec la GFIU et d’autres acteurs appropriés.

b) La GFIU souhaite vivement susciter une vaste campagne publique et une mobilisation dans et hors de la Palestine à propos des négociations actuelles et de la détérioration de la situation du travail en Palestine. En Palestine, un tel mouvement impliquerait nécessairement de tenter d’organiser des mouvements populaires, et l’implication d’acteurs politiques et de la société civile appropriés. Un soutien et une collaboration dans la campagne sont nécessaires et pourraient prendre de nombreuses formes : par exemple s’engager avec le GFIU et d’autres sur la stratégie générale de la campagne ; causer une prise de conscience et de la publicité sur les négociations actuelles, via des discussions, les publications dans les médias et les journaux ; mettre en relation la GFIU avec des syndicats et des mouvements situés ailleurs porteurs de solidarités similaires et qui pourraient souhaiter soutenir et s’engager dans la campagne.

L’attention immédiate de la collaboration au sein du groupe/réseau central serait de mobiliser le soutien aux travailleurs dans le processus actuel de négociations en Palestine. Toutefois, la proposition est aussi motivée par l’idée qu’une action politique efficace exige de connecter les lieux de la production de connaissances/recherche théorique avec le militantisme. Alors que des participants individuels peuvent jouer des rôles séparés, dans l’idéal le réseau central devrait développer une stratégie d’engagement soutenue travaillant étroitement avec les syndicats et militants palestiniens pertinents.

L’esprit de cette collaboration est basé sur la solidarité autour d’engagements politiques partagés. La GFIU fonctionne elle-même sur la base du volontariat et nous voyons la poursuite de cette collaboration dans la même optique. À ce stade, aucun financement n’est impliqué dans cette initiative. Toutefois, évidemment, certains fonds seront nécessaires pour des parties de la proposition. Nous devrons par conséquent penser aussi en termes stratégiques sur les éléments du projet nécessitant des fonds et sur l’origine des fonds que nous souhaitons recevoir.

État actuel des négociations sur le travail

Nous travaillons actuellement à préparer une documentation détaillée sur le processus actuel de négociations et sur la trame des changements juridiques et politiques proposés dans la conjoncture actuelle. Toutefois, certaines des questions les plus urgentes sur la table de « négociations » dans le futur immédiat et proche, sont ébauchées ci-dessous :



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