Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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mais qui est le maître aux TPG ?

jeudi 9 octobre 2014 par Claude REYMOND

la Direction d’entreprise décide sur l’opérationnel et le Conseil d’administration se détermine sur le stratégique ; mais à qui devons-nous cette idée de facturer un droit d’usage du bien commun aux organisateurs de manifestations ?


Le Courrier 04-10-2014 page 5

Les organisateurs doivent payer... les TPG !

Les Transports publics genevois (TPG)
ont exigé des organisateurs des émoluments pour
l’utilisation de leurs voies durant
la manifestation. Du jamais vu !
« Depuis le début de l’année,
nous facturons systématiqument
toutes les prestations que
nous fournissons, qu’il s’agisse
de détournements de lignes ou
de collaborateurs engagés sur le
terrain, comme ce sera le cas le
11 octobre », explique Isabelle
Pereira, chargée de communication
aux TPG. « Il s’agit d’une
décision d’entreprise car il nous
faut trouver des sources de
financement. » A combien se
monteront les émoluments ?
« Nous allons établir un devis
dont les organisateurs pourront
discuter avec nous. » Ceux-ci ont
d’ores et déjà prévenus qu ils ne
payeront rien.


Voilà une décision d’entreprise qui me surprend, il me faudra réévaluer la bonne considération que je prêtais aux TPG.

Effectivement, depuis des lustres les TPG nous ont fait savoir qu’en cas de perturbations de leurs lignes, nous pourrions être mis à l’amende : aussi nous avons toujours pris soin de convenir d’itinéraires qui soient le moins dommageable possible aux transports en commun : ils ont une mission pérenne - que nous respectons - mais il faut également préserver la faculté ponctuelle de manifester sur le domaine public.

La « bonne intelligence » fait par exemple que pour le Premier Mai, pendant plusieurs années, l’organisateur a payé la réservation d’une dizaine de places de parking près de l’université pour permettre aux bus de s’y arrêter et d’effectuer le transbordement des usagers pendant l’arrêt de circulation des trams dans les rues basses.

Pour la manifestation du 1er juin 2013, l’itinéraire initial passant par l’avenue Blanc et préconisé par la police ne fut pas utilisé puisque, réflexion faite, le cortège aurait coupé à deux reprises les lignes de tram dans les 2 sens = le service syndical de sécurité de la manifestation + celui des TPG ont parfaitement pu ordonner les participants pour qu’ils longent les voies de trams circulant à basse vitesse dans le dernier tronçon de la rue de Lausanne et dans le virage sur l’avenue de France.

J’ai le sentiment depuis quelques mois que les TPG cherchent à développer une série de mesures pour faire « entrer » des sous parce que la contribution du canton à leurs activités n’est plus en rapport avec leurs nouvelles charges. Sans doute que les TPG se préparent déjà pour une situation où la réforme de l’imposition des entreprises aura réduit les moyens financiers cantonaux et que celle des transports publics devra se contenter d’une subvention de fonctionnement encore plus réduite.

Cette décision d’entreprise temporaire TPG participe à mon avis de la mise en place d’un climat de « nécessaires restrictions » visant à réduire encore plus la rémunération du travail socialement utile pour augmenter les marges de profit « ailleurs ». Tendance perceptible également dans le projet de budget cantonal 2015 : moins de redistribution aux « pauvres » et aucune mesure pour mettre plus à contribution les plus aisés (sociétés ou individus confondus).

Cette histoire de prélever des émoluments pour des manifestations est ridicule du point de vue de l’apport pécuniaire : l’émolument qui sera adressé aux organisateurs de la manifestation de samedi 11 octobre 2014 sera-t-il plus élevé que le montant de celui adressé à l’Etat pour l’encombrement de la voie publique avec son défilé du 200e anniversaire de la police genevoise ?

Trève de plaisanteries : les rues comme les transports publics sont un bien commun, nul ne devrait pouvoir s’en arroger l’usage exclusif, ni le « marchandiser » abusivement.

Si les TPG bénéficient d’un monopole bien compris, on ne peut toutefois admettre qu’ils tirent une rente au prétexte qu’une partie des voies seraient utilisées pendant un temps très bref par le déplacement d’un collectif.

Les TPG restant sous contrôle d’un Conseil d’administration composé d’élu-e-s, nous restons dans l’attente de savoir si ce dernier avalisera la « décision d’entreprise » ; qui est donc le maître finalement ?


et à propos de maître, ci-après une petite histoire


Le maître envoie Jacquot
Pour moissonner l’avoine.
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie son chien
Pour qu’il morde le Jacques.
Le chien n’veut point l’mordre,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie l’bâton
Pour qu’il batte le chien.
Bâton ne veut pas battre le chien,
Le chien ne veut pas mordre Jacquot,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie le feu
Pour le bâton brûler.
Le feu n’veut pas brûler l’bâton,
Bâton ne veut pas battre le chien,
Le chien ne veut pas mordre Jacquot,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie l’seau d’eau
Pour éteindre le feu.
Mais l’eau refuse d’éteindre l’feu,
Le feu n’veut pas brûler l’bâton,
Bâton ne veut battre le chien,
Le chien ne veut mordre Jacquot,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie le bœuf
Pour que le bœuf l’eau boive,
Mais le bœuf ne veut pas boire l’eau,
Mais l’eau refuse d’éteindre l’feu,
Le feu n’veut pas brûler l’bâton,
Bâton ne veut battre le chien.
Le chien ne veut mordre Jacquot,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie l’boucher
Pour abattre le bœuf.
L’boucher n’veut pas tuer le bœuf,
Mais le bœuf ne veut pas boire l’eau,
Mais l’eau refuse d’éteindre l’feu,
Le feu n’veut pas brûler l’bâton,
Bâton ne veut battre le chien,
Le chien ne veut mordre Jacquot,
Jacquot point ne moissonne
Ni rentre à la maison.

Le maître alors envoie l’bourreau,
Pour pendre le boucher.
Et le bourreau pend le boucher,
Et le boucher abat le bœuf,
Et le bœuf a bu l’eau,
L’eau a éteint le feu,
Et le feu brûle le bâton,
Le bâton bat le chien,
Le chien veut bien mordre Jacquot,
Jacquot coupe l’avoine,
Et tous reviennent à la maison.

(extrait de L’idéologie allemande - Le Concile de Leipzig - 1873 Marx + Engels)