Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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Légitime droit de grève

mardi 5 janvier 2010 par Claude REYMOND

paru dans Le Courrier du 05-01-2010

MICHEL SCHWERI

L’Aéroport international de Genève a essuyé
ce week-end une grève dans deux entreprises
d’assistance au sol, laquelle se poursuit dans
l’une d’elles. N’en déplaise à ses détracteurs,
ce mouvement n’est pas tombé du ciel, bien
au contraire. Les salariés des deux entreprises
réclament l’uniformisation de leurs
conditions de travail et une convention collective
unique puisqu’ils effectuent exactement
le même travail. Les deux sociétés sont en effet
sous contrat avec l’Aéroport pour les services
au sol et sont ainsi placées en situation
de concurrence face aux compagnies aériennes.
Pour accroître leur chiffre d’affaires
respectif ou fidéliser leurs clients, elles sont
enclines à limer les prix et la masse salariale,
dénoncent les syndicats.

Bien plus, les salariés en question risquaient
de perdre leurs maigres avantages.
L’accord salarial en vigueur en 2009 chez
Dnata n’avait tout simplement pas été reconduit
pour 2010 avant la journée de grève de samedi.
Et chez Swissport, une convention collective
signée par le seul syndicat maison a
remplacé au 1er janvier les réglementations négociées
auparavant avec des syndicats indépendants
de l’entreprise.

Et elles n’étaient déjà pas mirobolantes.
Selon l’ancienne convention collective de Swissport,
le salaire d’engagement de base d’un bagagiste
à plein temps dépasse à peine 3500
francs pour un horaire irrégulier pouvant osciller
entre quatre et neuf heures par jour, y compris
des dimanches, des jours fériés et des
nuits. On comprend mieux l’exigence des grévistes
de revaloriser les salaires, tout particulièrement
des auxiliaires et temporaires payés à
l’heure, d’augmenter les primes complémentaires
pour horaires irréguliers et de payer intégralement
les absences pour maladie.

Cette grève est donc compréhensible.

Les syndicats annonçaient d’ailleurs cette issue
depuis le mois d’octobre si des solutions favorables
au personnel n’intervenaient pas dans
l’intervalle. Dans ce but, ils ont saisi la Chambre
des relations collectives de travail pour arbitrer
le conflit, ont déposé des pétitions devant la direction
de l’Aéroport et le Conseil d’Etat, puis
ont écrit au gouvernement. Sans succès.

Dans un tel contexte, l’usage de la grève
– un droit constitutionnel – gagnait encore en
légitimité. Il est dès lors cavalier de la part des
autorités du canton et de l’Aéroport de vilipender
les grévistes. Ce dernier les a même empêchés
d’occuper leur lieu de travail. Un filtrage
effectué aux portes de l’entreprise par des
agents de sécurité de l’Aéroport permettait
seulement aux salariés dûment inscrits au
planning de travail de pénétrer dans les locaux,
en laissant les grévistes « hors horaire » à l’extérieur
et en empêchant ainsi la solidarité.

Autre comportement coupable, la direction a mis les
pompiers de l’aéroport à disposition de Swissport
comme briseurs de grève pour conduire
les chariots de bagages sur le tarmac.
Première réplique à ce mépris, les grévistes
de Dnata ont obtenu gain de cause
après une journée de grève et la direction
générale de Swissport a négocié pendant des
heures. Ce qui n’était pas possible durant de
longs mois devenait réalisable après un weekend
de grève...



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