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L’ouverture du soir rebute moult commerces

jeudi 3 décembre 2009 par Claude REYMOND

Le Grand Conseil devra arbitrer les multiples intérêts divergents révélés par le projet de l’Entente d’allonger les horaires des commerces à 20h chaque soir et sur quatre dimanches par an. Tour d’horizon dans quelques petits magasins.

Paru dans Le Courrier du jeudi 03 Décembre 2009

MICHEL SCHWERI

Les études sur les besoins commerciaux de Genève se suivent et ne se ressemblent pas. Il faut dire que les intérêts des diverses catégories sociales et professionnelles face aux horaires d’ouverture des magasins sont fort divergents et rendent le consensus quasi impossible. Du coup, la situation sur ce front n’est pas sans rappeler l’imbroglio récurrent connu dans le secteur des taxis. Au-delà des discours formatés des associations professionnelles du commerce, il est ainsi utile d’approcher la réalité vécue par des patrons de petits magasins. Coup de sonde auprès de quatre d’entre eux choisis (presque) aléatoirement aux alentours de grandes surfaces.

Serge Belime, directeur de la Grande Boucherie du Molard, affirme ainsi que ses horaires actuels conviennent et qu’il « ne changera pas d’un millimètre », même si la future loi autorise l’ouverture jusqu’à 20h chaque soir. Aujourd’hui, son commerce ferme à 18h45 en semaine et à 17h45 le samedi. « Nous avons testé l’ouverture nocturne du jeudi, mais cela n’a vraiment rien donné. » Même chose durant l’Eurofoot : le résultat était nul sur les ventes. Il admet toutefois pratiquer les nocturnes spéciales de décembre, mais surtout pour préparer les commandes passées à l’avance.

Ouvrir moins, mais mieux

M.Belime pense que le commerce de viande ne se prête pas au « shopping de loisirs ». « Quand il entre dans une boucherie, le client sait ce qu’il vient y chercher. » Ce genre d’achat utile est plutôt effectué en sortant du travail, estime le patron, sur le chemin de la maison, mais pas à l’occasion d’une promenade.

Il n’élargira donc pas ses horaires, « essentiellement pour conserver la qualité du service à la clientèle », argumente-t-il. Son enseigne est ouverte septante heures par semaine et son personnel fait quarante-trois heures. Allonger encore la plage d’ouverture l’obligerait à étaler le temps de travail de ses employés, qui seraient alors moins nombreux aux moments des coups de feu. « Le service serait moins bon, car le chiffre d’affaires ne va pas augmenter, ou insuffisamment, pour permettre des engagements supplémentaires. » « Ça ne vaut pas le coup », conclut M.Belime
Cette réflexion se retrouve chez Lavinia, un commerce de vin où Franck Fantoni explique également avoir testé la nocturne du jeudi durant six mois. « Mais ça n’en vaut pas la chandelle, il y a très peu de demande. » Selon ses constatations, la majorité des employés au centre-ville ont des horaires de bureau et quittent le travail vers 17h30, font leurs achats courants puis rentrent à la maison. « A 19h, c’est fini, le centre se vide très vite.
M.Fantoni pense ainsi conserver les horaires actuels, de 9h30 à 19h. « Avec une heure de pause à midi, chaque employé couvre toute la plage d’ouverture du magasin, il n’y a pas besoin d’organiser de tournus. » En cas d’allongement des ouvertures, « il faudra au contraire décaler des horaires individuels pour assurer d’une part l’ouverture et d’autre part la fermeture. « C’est possible, ajoute-t-il, et si la nouvelle loi passe, je pense que nous ferons un essai de deux mois pour voir si le chiffre d’affaires augmente suffisamment pour justifier ce changement. »

Pourquoi acheter ?

Position plus carrée chez un autre commerce alimentaire de la même région, dont la patronne ne souhaite pas se mettre en avant. Les horaires actuels de 8h30 à 18h30 en semaine et 17h le samedi lui suffisent amplement. « Nous n’avons jamais fait la nocturne et je ne sais pas si nous adopterons la limite à 20h si la loi passe », dit-elle. A ses yeux, les supermarchés peuvent se permettre des horaires allongés car les gens « s’y baladent », au contraire des petits commerces où « les gens savent ce qu’ils veulent ». Elle soutient que les clients des grandes surfaces et des petits magasins n’ont pas les mêmes raisons de se rendre respectivement dans ces deux genres de magasin. « Je connais mes clients, ils ne vont pas courir les magasins à 20heures.

Excentré et non alimentaire, Digistore, le commerce d’électronique de divertissement de Henri Feige, a aussi testé la nocturne du jeudi, mais a bien vite arrêté. Il n’adoptera pas la limite des 20h, « car 19h, c’est déjà tard pour la vie de famille des collaborateurs ». Et s’il voulait élargir son ouverture, il privilégierait d’abord un horaire non-stop à midi. Il y a déjà pensé, « mais allonger l’horaire signifie engager trois personnes de plus pour organiser des tournus ». Il évalue que c’est économiquement impossible car les gains ne seront pas à la hauteur des dépenses. I



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