Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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pour le droit à un salaire minimum

par Pierre VANEK (solidaritéS), devant la Tour Baudet

lundi 18 mai 2009 par Claude REYMOND

L’art. 23 de la Déclaration universelle des droits humains dit que : « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine… » Or en Suisse – et à Genève – ce droit élémentaire et vital n’est ni inscrit dans la loi, ni garanti dans les faits. Au contraire...
Selon des statistiques officielles publiées l’an dernier notre pays comptait 320 000 travailleurs-euses, soit 11,2 % des salarié-e-s, qui touchaient une rémunération officiellement reconnue comme un « bas salaire » (moins de 3783 francs bruts mensuels, soit à peu près 3215 francs nets pour un plein temps.) Près de 70% de ces salarié-e-s étaient des femmes, les jeunes aussi étaient évidemment en première ligne !

Le nombre de working poor, qui travaillent à plein temps et qui se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté officiel, défini selon des critères revus à la baisse pour de nombreux cantons, augmente de manière importante depuis 2002. Il frisait déjà les 5% des salarié-e-s du pays en 2006. Cette année-là, selon l’Office fédéral de la statistique, le taux de pauvreté était passé de 8,5 à 9 pourcent en un an. 380 000 personnes en âge de travailler, entre 20 et 59 ans, étaient ainsi officiellement touchées par la pauvreté.
Mais selon Caritas, à fin 2005 déjà, c’est plutôt un-e Suisse sur sept qui vivait en fait déjà en-dessous du seuil de pauvreté, soit un million de personnes ! Sans compter toutes celles et se trouvant juste au-dessus de ce seuil, à deux doigts du naufrage, et dont la situation se dégrade de plus en plus.

A Genève, en tenant compte des paramètres locaux, l’Office cantonal de la statistique (OCSTAT) affirmait l’an dernier que la proportion de bas salaires était supérieure à celle de la Suisse : 15,9% plutôt que 10,2%. Ainsi, 25 000 personnes étaient en dessous du seuil genevois des « bas salaires », que l’OCSTAT estime à 4233 Fr. pour un plein temps, ceci sur un total de près de 160 000 emplois salariés recensés dans le secteur privé en 2006. Par ailleurs, les écarts se creusent...

Ces chiffres présentent la photo d’une réalité qui s’est encore dégradée massivement avec la crise. Le scénario de la précarisation des emplois et des conditions de travail est bien connu. Nous en faisons trop souvent l’expérience : aujourd’hui un emploi à plein temps, demain un emploi à temps partiel contraint ou le chômage, avec des baisses de salaires à la clé. Aujourd’hui deux revenus nécessaires pour joindre les deux bouts, demain une diminution drastique des ressources familiales et l’apprentissage de la pauvreté.

C’est cette précarisation et cette flexibilisation de la main d’œuvre qui explique le retour de situations dignes du 19e siècle. Dans un canton comme Genève, près de 5 % de la population active doit avoir recours à l’aide sociale. Nos impôts servent ainsi de complément de revenu à ceux et celles qui sont sous-payés par leur patron !

Nous vivons dans un contexte où le dumping salarial et la pression à la baisse des salaires est chaque jour plus forte. Les patrons cherchent à profiter de la crise pour faire jouer au maximum la concurrence entre travailleurs-euses au détriment de tous les salarié-.e-s. Ils ont beau jeu : en effet, moins de 40% des salarié-e-s sont au bénéfice d’une convention collective dans ce pays et un bon nombre d’entre elles ne prévoient même pas de minimas salariaux.

C’est cette pression à la baisse des salaires qu’a voulu contribuer à combattre notre initiative « pour le droit à un salaire minimum » dont le Grand Conseil genevois débattra courant juin et que la majorité de droite du Grand Conseil veut tenter d’invalider. En la signant massivement à hauteur de 12500 signatures en 3 mois, des milliers de gens ont donné un premier signal... de leur volonté de combattre pour ce droit. Comme il faut aussi combattre évidemment pour la fixation d’un revenu social minimum qui garantisse aux retraité-e-s, aux handicapé-e-s, aux chômeurs-euses en fin de droit des conditions décentes et autonomes d’existence.

Pour en revenir au Salaire minimum, aujourd’hui, la CGAS a intégré cette question dans son important programme de réponse syndicale à la crise. Contre la baisse du pouvoir d’achat des salariés intervenue depuis les années 1980 elle demande notamment :
« l’adoption d’un salaire minimum légal basé sur les deux tiers du salaire médian régional (soit environ 4200 CHF pour Genève). Cette mesure profiterait à environ 15% des salariés, essentiellement féminins, à basse qualification et actifs dans des branches sans protection conventionnelle. Afin d’étoffer le tissu des conventions collectives de travail, cette revendication est assortie de l’exigence de faciliter l’extension des CCT existantes et de renforcer les mesures de contrôle du marché du travail ».

Par ailleurs, il s’engage à l’échelle nationale un processus de discussion et d’organisation, au sein du mouvement syndical et au-delà qui conduira à une bataille nationale sur cette question !

Elle concerne chacun-e d’entre-nous, elle doit être exemplaire des batailles et du front commun nécessaire pour nous défendre et conquérir de nouveaux droits indispensables. Soyons-en ensemble !