Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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1871

ce dont Arthur Rimbaud nous a conservé

et qui toujours réchauffe le coeur des archarné-e-s

mercredi 29 mars 2006 par Claude REYMOND

Jeanne-Marie a des mains fortes,

Mains sombres que l’été tanna,

Mains pâles comme des mains de morte.

Sont ce des mains de Juana ?

- 

Ont-elles pris les crèmes brunes

Sur les mares de volupté ?

Ont-elles trempé dans les lunes

Aux étangs de sérénités ?

- 

Ont-elles bu les cieux barbares,

Calmes sur les genoux charmants ?

Ont-elles roulé des cigares

Ou trafiqué des diamants ?

- 

Sur les pieds ardents des Madones

Ont-elles fané des fleurs d’or ?

C’est le sang noir des belladones

Qui dans leur paume éclate et dort.

- 

Mains chasseresses des diptères

Dont bombinent les bleuissons

Aurorales, vers les nectaires ?

Mains décanteuses de poisons ?

- 

Oh ! quel rêve les a saisies

Dans les pandiculations ?

Un rêve inouï des Asies

Des Khenghavars ou des Sions ?

- 

Ces mains n’ont pas vendu d’oranges,

Ni bruni sur les pieds des dieux :

Ces mains n’ont pas lavé les langes

Des lourds petits enfants sans yeux.

- 

Ce ne sont pas mains de cousine

Ni d’ouvrières au gros fronts

Que brûle aux bois puant l’usine,

Un soleil ivre de goudrons.

- 

Ce sont des mains ployeuses d’échines,

Des mains qui ne font jamais mal,

Plus fatales que des machines,

Plus fortes que tout un cheval !

- 

Remuant comme des fournaises,

Et secouant tous ses frissons,

Leur chair chante des Marseillaises

Et jamais des Eleisons !

- 

Ca serrerait vos cous, Ô femmes

Mauvaises, ça broierait vos mains,

Femmes nobles, vos mains infâmes

Pleines de blanc et de carmins.

- 

L’éclat de ses mains amoureuses

Tourne le crâne des brebis !

Dans leurs phalanges savoureuses

Le grand soleil met un rubis !

- 

Une tache de populace

Les brunit comme un sein d’hier ;

Le dos de ses mains est la place

Qu’en baisa tout révolté fier !

- 

Elles ont pâli merveilleuses,

Au grand soleil d’amour chargé,

Sur le bronze des mitrailleuses

A travers Paris insurgé !

- 

Ah ! quelquefois, ô mains sacrées,

A vos poings, Mains où tremblent nos

Lèvres jamais désenivrées,

Crie une chaîne aux lourds anneaux !

- 

Et c’est un soubresaut étrange

Dans nos êtres, quand quelquefois,

Ont veut vous déhâler, mains d’ange,

En vous faisant saigner les doigts !

Arthur Rimbaud

PS:
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chantdupartisan.mp3



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