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jugement de pharisien

vendredi 16 mai 2008 par Claude REYMOND

expression du concerné sur le
sujet sollicitée par m-magazine, la publication en langue française de Comedia

PRESSE m-magazine, N° 5 - mai 2008 21

A quoi sert le Conseil suisse de la presse (CSP) ?

En lisant sa prise de position sur la plainte de Swissmetal contre Le Journal du Jura, la question est légitime. Dans son « jugement », celui-ci reprend l’argumentation du plaignant, accusant Le JdJ d’avoir violé la directive 3.8 pour avoir publié UN article et UN édito « sans donner la parole à Swissmetal ou au moins rappeler sa position ». Soit.

Mais en l’occurrence, le CSP fait preuve d’un juridisme pour le moins étroit. Il n’a tenu aucun compte du dossier de défense de 16 pages qui lui a été adressé pour l’informer sur l’affaire Boillat et sur la façon dont Le JdJ a couvert cette actualité depuis 2004 : le soussigné lui a consacré plus de 600 articles – sans que Swissmetal ne trouvematière à plainte. C’est bien parce que j’ai couvert ce dossier avec rigueur et professionnalisme. J’ai toujours veillé à donner aux lecteurs les clés pour comprendre la lente agonie de ce site industriel hautement performant, étranglé par les choix stratégiques de sesmanagers.

Durant toutes ces années, Swissmetal a toujours eu l’occasion de faire part de son point de vue… sauf une fois ! Que ce soit au travers d’interviews de ses dirigeants ou via les innombrables réactions sollicitées auprès de son porte-parole Sam Furrer – qui se contentait d’ailleurs souvent de propos laconiques ou d’un sec « no comment ».

Par ailleurs, dans mon dossier de défense, j’ai pris la peine de synthétiser sur huit pages les principaux articles écrits depuis la première grève de 2004 – avec les dates de publication. Le CSP avait donc tout loisir de consulter les archives électroniques du JdJ pour se faire une idée objective du travail effectué.

Cela n’a servi à rien. Cet auguste aréopage de pharisiens s’en est tenu à une lecture très rigide de la Déclaration. Sans tenir compte du contexte, il s’est contenté d’épingler UN article et UN édito. De surcroît, l’argumentation utilisée à l’encontre de l’édito laisse pantois. En poussant le raisonnement à l’absurde, un éditorialiste n’osera bientôt plus critiquer George W. Bush sans avoir appelé au préalable la Maison-Blanche…

Ce qui est sûr en revanche, c’est que le CSP s’est fait totalement instrumentaliser par Swissmetal : sitôt après le verdict, celui-ci a publié un communiqué triomphant qui travestit sans vergogne la décision du CSP : le groupe affirme avoir dû « se défendre contre des violations massives et répétées des règles éthiques du journalisme ». Rien que ça.

En matière d’éthique et de transparence, Swissmetal – coté en Bourse – est pourtant fort mal placé. Un seul exemple : en 2005, après la première grève, Swissmetal a refusé d’ouvrir son assemblée générale aux médias. Le soussigné, qui avait eu la bonne idée d’acheter une action, fut le seul à pouvoir entrer pour faire son travail de journaliste… En fait, il n’y a guère que la presse économique zurichoise que Martin Hellweg & Cie semblent apprécier. Pas étonnant quand on voit la complaisance dont elle fait preuve à l’égard du groupe qui ne garde la tête hors de l’eau qu’en vendant ses stocks – ou plutôt en les « optimisant », comme disent ses managers.

Mais ça, c’est une autre histoire.

Philippe Oudot



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