Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax 731 87 06

iban CH69 0900 0000 8541 2318 9

publié dans M-magazine du 16-05-2008

comedia soutient ce journaliste

vendredi 16 mai 2008 par _information fournie par la composante

Le 8 avril dernier, le Conseil suisse de la presse publiait sa décision favorable à la plainte déposée par la société Swissmetal contre Le Journal du Jura et Le Quotidien jurassien, accusés de violations de la déontologie des journalistes. Cette prise de position fait l’objet de vives critiques.
Nous en publions un résumé puis nous donnons la parole à Philippe Oudot, le journaliste incriminé dans la décision que nous commentons.

Le Conseil de la presse dans la tourmente

Le 30 octobre 2007, la société Swissmetal déposait plainte au Conseil
suisse de la presse (CSP) contre Le
Journal du Jura et Le Quotidien jurassien.

Au premier, elle reprochait d’avoir
violé la directive 3.8 de la déclaration des devoirs et des droits du journaliste (audition en cas de reproches
graves) qui fait obligation aux journalistes d’entendre avant publication « une personne faisant l’objet de
reproches graves et de reproduire
brièvement et loyalement sa position dans le même article ». Un article du 3 octobre 2007 (« Hellweg
aurait la corde au cou ») et un éditorial du 6 octobre (« Swissmetal : plus
dure sera la chute »), tous deux
signés du journaliste Philippe
Oudot, étaient visés en particulier.

Au second, le même reproche était
fait en y ajoutant la violation de la
directive 3.1 (traitement des sources)
qui oblige le journaliste à « s’assurer
de l’origine d’une information et de
son authenticité, la mention de la
source (étant) en principe souhaitable dans l’intérêt du public ». Là,
c’est un article du 20 octobre, signé
des initiales DO, qui était attaqué.

Après divers échanges d’écritures et deux séances, la 2e Chambre
du CSP a arrêté sa position le
27 février 2008, rendue publique le
8 avril. En substance, la plainte
contre Le Quotidien jurassien est rejetée, les sources étant citées et le
point de vue de Swissmetal ayant été
rappelé quant aux reproches faits à
son encontre. Par contre, la plainte
contre Le Journal du Jura est acceptée,
car la parole n’a pas été donnée à
Swissmetal dans un autre article ou
un encadré aux dates concernées.
(BC)

Lire la prise de position intégrale :
http://www.presserat.ch/23930.htm


Rarement, une décision du Conseil suisse de la
presse (CSP), l’organe d’autocontrôle des journalistes, n’aura fait l’objet d’une telle attention et d’une telle contestation. Il faut dire que
l’empressement de Swissmetal à faire de ladite
décision un exercice triomphaliste et d’autocongratulation a largement contribué à attiser
le feu !

Cela étant, la décision du CSP appelle trois
remarques de la part du soussigné, membre
pendant cinq ans du Conseil de fondation du
CSP au nom de comedia.

Traitement différencié

La première est le traitement différencié du
Quotidien jurassien et du Journal du Jura. Les
deux quotidiens ont publié des centaines
d’articles, plus de 400 pour le delémontain,
plus de 600 pour le biennois. Les positions des
uns et des autres y ont été largement présentées. De plus, le jour même où Swissmetal
déposait sa plainte, le 30 octobre, Le Journal
du Jura faisait paraître un article très documenté qui démontrait la véracité des affirmations faites dans celui du 3 octobre, à savoir
que Swissmetal connaissait une situation
financière fragilisée et que l’entreprise avait dû
mettre ses stocks en gage pour que sa banque
belge continue à lui prêter de l’argent. Le
reproche grave fait à Swissmetal était donc bel
et bien étayé par des faits. Dans ces conditions,
la violation du code déontologique apparaît
comme infondée et, partant, injuste.

Liberté du commentaire

La deuxième remarque concerne le fait que le
CSP s’appuie sur l’éditorial du 6 octobre. On ne
peut le suivre. En effet, la déclaration des
devoirs et des droits, en son article 2, proclame
« défendre la liberté d’information et les droits
qu’elle implique, la liberté du commentaire et
de la critique… ».

S’il y a garantie de la liberté du commentaire,
et celui-ci engage clairement son auteur par sa
signature, on ne peut en même temps exiger
que ledit commentaire soit « objectif » en donnant la parole aux uns et aux autres. Ou alors,
il n’y aurait plus un seul commentaire publiable sauf à appeler ainsi des textes tièdes où on
dit tout et son contraire.

Pas de recours possible

Enfin, troisième remarque, les décisions du CSP
sont définitives. C’est là une lacune béante. La
garantie de double juridiction, soit le droit de
saisir une instance supérieure pour revoir la
décision d’une instance inférieure, est un
principe intangible pour contrer l’arbitraire et
respecter le droit d’être entendu.

Il convient donc de changer cette donne… ce
qui prendra du temps. En attendant, le CSP
serait bien inspiré d’utiliser pleinement les
facultés de l’alinéa 2 de l’art. 19 de son règlement intérieur et de réexaminer sa décision en
se fondant sur un complément de l’état de fait…

Bruno Clément

Décision à réexaminer !


voir également



Derniers articles