Communauté genevoise d’action syndicale

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Carrefour Vernier : Prix cassés, Personnel écrasé

mercredi 13 juin 2007 par Claude REYMOND

Le syndicat Interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) dénonce le système d’exploitation de dizaines de salarié-e-s employé-e-s chez Carrefour Vernier à Genève.

Près de la moitié des personnes travaillant chez Carrefour Vernier à Genève vit dans la précarité la plus absolue : salaires en deçà des minimums conventionnels ; temps de travail hebdomadaire totalement flexible ; absence de vacances, d’assurance perte de gain maladie, d’assurance accident, et de prévoyance professionnelle.

Ces conditions de travail déplorables sont le résultat direct du "Merchandising" : système d’externalisation du travail qui permet à Carrefour de bénéficier de personnel gratuit. Au lieu d’employer tout le personnel de ses magasins, le numéro deux mondial de la distribution économise en effet sur la main d’oeuvre en exigeant de ses fournisseurs qu’ils "mettent à disposition" du personnel de vente. Dénommée merchandiser dans le jargon de l’entreprise, cette main d’œuvre est donc formellement engagée par les fournisseurs ou par des sociétés qu’ils mandatent.

Légalement délié de quasi toutes les obligations d’un employeur, Carrefour est à l’origine directe de l’exploitation de ces employé-e-s. Le géant mondial se décharge en effet de ses responsabilités sur des fournisseurs qui n’ont pas de pratique dans la vente et ne respectent pas les conventions collectives de la branche. Les merchandisers n’ont donc aucun des avantages sociaux auxquels accèdent les employé-e-s de Carrefour. Pire, le système mis en place impose de fait à chaque employé d’avoir plusieurs contrats avec plusieurs employeurs. Comme chaque fournisseur ne procure que peu d’heures de travail par semaine, il n’est lié ni par la loi sur la prévoyance professionnelle, ni par la loi sur l’assurance accident ! Comme si cela ne suffisait pas, les merchandisers se plaignent également d’une ambiance délétère. Ils/Elles sont régulièrement victimes d’insultes et de pressions psychologiques dégradantes.

Interpellé à plusieurs reprises par le Syndicat SIT, Carrefour Vernier nie en bloc toute responsabilité quant à la situation de ces personnes. Se cachant derrière la toile légale qu’il a tissée, Carrefour refuse catégoriquement de garantir aux merchandisers le respect des conventions collectives qu’il s’est pourtant engagé à respecter.

En France, Carrefour a été condamné à plusieurs reprises pour cette pratique. En juin 2006 le tribunal correctionnel de Perpignan avait ainsi condamné Carrefour et plusieurs de ses dirigeants à des amendes pour "délits de marchandage et de prêt de main d’œuvre" liés à la pratique du merchandising. Lors de ce procès un des responsables de la société avait affirmé avoir régularisé la situation dès qu’il en avait pris connaissance et ajouté que "ce système n’existe plus dans le groupe". La législation suisse étant manifestement plus permissive, Carrefour persiste en Suisse.

Le Syndicat SIT de son côté n’entend pas en rester là. Parallèlement à un travail de renforcement des conventions collectives existantes, le SIT lance aujourd’hui une première action de protestation dans le magasin de Vernier et appelle les travailleurs/-euses, citoyen-ne-s, consommateurs/trices, à acheter dans les magasins qui appliquent les conventions collectives à tou-te-s les salarié-e-s travaillant sur leur surface de vente.

Pour plus d’informations :

Séverin Guelpa 022 818 03 00

Lara Cataldi 022 818 03 00


Horaires variables, flexibles et sans garantie d’occupation minimale :

Affecté-e-s principalement à la mise en rayon des produits, les merchandisers commencent leur travail entre 5 et 6h le matin ; leurs contrats stipulent : "il n’existe contractuellement aucune garantie d’occupation minimale" (société SFM Cosmos) ou encore "la durée de travail dépend des directives du Manager Metier de Carrefour" (Shop Promo)

Salaires en deçà des minimums conventionnels :

Alors que la convention collective en vigueur chez Carrefour (CDNA) stipule un salaire minimum de CHF 23.40 en première année de service, de nombreux employés ont un salaire inférieur.

Vacances :

Les merchandisers doivent assurer eux-mêmes leur remplacement durant leurs vacances. Comme leur revenu est très bas, certain-e-s renoncent à leurs vacances et restent au travail pour gagner un peu plus.

Assurances sociales au rabais :

La majorité des merchandisers ne bénéficie pas d’assurance perte de gain maladie. Bien que la majorité travaille plus de 8h par semaine chez Carrefour, peu de merchandisers sont assurés selon la LPP et la LAA car chacun des contrat garantit un horaire et un salaire inférieur au minima requis pour rendre ces assurances obligatoires. Résultat, mêmes malades, les personnes viennent travailler.

(LPP obligatoire pour un salaire annuel de 19’890.- et LAA couvre les accidents non-professionnels uniquement si l’employé travaille plus de 8h par semaine chez le même employeur).

Santé et sécurité au travail :

Les merchandisers n’ont aucun outil de travail. Ils/elles apportent leur propre matériel (caddies, ciseaux, papiers, pansements etc.) ; les chariots et porte palette qu’on leur fournit sont insuffisants et inutilisables si bien que de nombreux merchandisers souffrent de troubles musculo-squelettiques.

Les insultes et brimades sont légion.



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