Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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Une question de portée mondiale...

Journée internationale de la souveraineté alimentaire

A Genève, des dizaines d’organisations s’expriment

vendredi 10 février 2006 par Claude REYMOND

(allocution du 10-09-2004 à Genève près du Palais des Nations)

En ce qui concerne la mondialisation, dont les premiers effets fut la guerre de 1914-18 pour l’appropriation des colonies, il y a bien longtemps que les syndicats de travailleurs ont constaté que les exigences de profit des capitalistes avaient conduit ceux-là à l’impérialisme, à la constitution de trusts, fiducies et autres monopoles qui se subrogent aux compétences des gouvernements et se subordonnent les exigences de la démocratie.

S’il se trouve qu’effectivement au milieu des années 1990, avec la mutation du GATT en OMC, certains chefs syndicalistes internationaux ont cru légitimement que cette nouvelle institution leur permettrait d’y proposer des accords qui renforcent la position des producteurs de richesses et de toutes les marchandises ou services créées par eux, en ce début de troisième millénaire, avec les effets de la libéralisation des échanges et la destruction des politiques locales de régulation, les espoirs dans ce sens ont été annihilés. Sur 2/3 de la planète, il est plus difficile de subvenir à ses besoins aujourd’hui qu’il y a 40 ans...

À la base

Notre communauté considère que la fonction du travail est de créer les moyens permettant aux hommes de se mettre à l’abri de la rareté et de s’entretenir. Ainsi, l’activité humaine se compose de deux séquences : la première où les personnes entrent dans une relation sociale en fournissant une prestation qu’elles échangent avec celles des autres, la deuxième séquence est celle où la personne s’occupe de sa famille. Les deux séquences sont variables selon le degré de productivité atteint et le rapport social.

Une augmentation de la productivité devrait signifier une plus forte capacité d’échange. Pourtant on doit constater que dans le rapport social actuel, elle permet de produire plus avec moins de monde et n’a pas l’effet d’augmenter l’échange mais de réduire les besoins EN travailleurs : bref, ce qui est abondant perd de la valeur...

C’est pourquoi, nous sommes favorables à toutes mesures qui garantissent aux producteurs de la campagne ou de la ville de mettre en oeuvre leurs compétences dans un cadre respectueux des hommes et de la nature, de pouvoir transformer cette dernière et d’y ajouter leur plus value dans une perspective de développement durable et d’une maîtrise de la satisfaction des besoins sociaux d’ici et d’ailleurs.

En ce qui concerne les travailleurs agricoles, nous considérons qu’il faut absolument améliorer leurs conditions de travail en jugulant les velléités esclavagistes de certains employeurs, en les rétribuant avec des salaires décents, en veillant à ce qu’ils soient déclarés aux assurances sociales là où tout au moins elles existent.

L’indispensable

La CGAS soutient les principes qui sont de privilégier la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des sans-terres « à la terre, aux semences et au crédit ». D’où notre sympathie aux réformes agraires ainsi orientées, à la lutte contre la prolifération des OGM, contre le brevetage du vivant et la stérilisation des semences ou leur confiscation ; pour conserver à l’eau son statut de bien commun.

On peut essayer de réaliser ces principes par le droit des Etats à protéger leur économie d’importations agricoles ou alimentaires à des prix qui ne sont pas en rapport avec la productivité locale, à des conditions de concurrence qui assassinent l’industrie locale par la désagrégation de ses capacités à générer du revenu. Certains diront qu’il s’agit de protectionnisme, on rétorquera qu’il s’agit autodéfense dans une guerre de conquête des marchés qui n’est plus civile mais économique.

On pourrait aussi revendiquer que l’échange de produits soit calculé sur la base du temps de travail vivant incorporé : il y a certainement plus de sueur dans une tonne de poissons péchée au large de la Corne d’Afrique que dans une tonne d’ailles de poulets européens exportée là-bas.

Ce qui pose vraiment problème

Ce qui pose vraiment problème, c’est le fonctionnement même de l’économie mondiale, qui a atteint un stade de surproduction systématique ET qui maintient un mode de répartition où prévaut l’offre et la demande.

Ce rapport marchand était sans doute justifié lorsque l’on ne savait pas encore techniquement se mettre à l’abri de la disette et qu’il fallait écouler la production à des prix qui permettent à ses agents de refaire un second cycle sur une base élargie. Mais ce n’est plus techniquement le cas aujourd’hui : les seules limites sont celles de la solvabilité des consommateurs potentiels.

D’où la nécessité de reconvertir l’Office Mondial du Commerce en un Office mondial de l’échange...

La diversité des intervenants à cette conférence de presse pour la souveraineté alimentaire, montre que l’actuelle division du travail mondiale ne sera pas combattue que par les seuls syndicats. Ce qui nous renforce dans l’espérance de nouvelles règles prochaines dans les échanges universels.



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