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Le Syndicat Suisse des Mass media (SSM) s’oppose au projet Campus RTS

lundi 4 novembre 2019

Le SSM, qui compte près de 3000 membres, dont la plupart travaillent à la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision), estime que le déplacement forcé d’environ 250 employé-e-s aura des conséquences très importantes sur la santé du personnel concerné.

Une casse sociale importante est à prévoir pour un projet éditorial et une organisation professionnelle d’ores et déjà dépassés.

Le SSM s’interroge sur l’opportunité d’alourdir de 20 millions de CHF (chiffres RTS) la facture du projet initial pour concentrer l’Actualité sur le seul site d’Écublens (projet Campus 2.0) dans un contexte financier déjà tendu. Considérant les moyens limités de la RTS et les contraintes actuelles de la production de l’information, la concentration sur un seul site des trois médias pourrait conduire, à terme, au traitement uniformisé de la même actualité.
Le syndicat s’inquiète donc de la baisse de la qualité globale de l’offre programmatique de la RTS qui pourrait découler d’une telle concentration.

Casse sociale
En l’état actuel, sur les 250 personnes et la quinzaine de métiers concernés à l’Actualité, 70% sont socialisés à Genève et dans ses environs.
Avec un changement arbitraire du lieu de travail, des dizaines de départs non-volontaires sont attendus. Il s’agit généralement de seniors compétents et/ou évoluant dans des métiers hyper-spécialisés, impossibles à recaser.
Les services sociaux, à la charge de la collectivité, devront absorber la casse.

Santé du personnel : les femmes et les familles en première ligne
Aujourd’hui à la RTS, chacun-e a développé son projet de vie professionnel et personnel sur la base d’un lieu de travail connu et en assume les éventuelles conséquences négatives. Demain, avec parfois 4 heures de déplacement quotidien, la mise en mouvement à marche forcée de 70% du personnel de l’Actualité - comme de tout autre groupe professionnel selon le scénario envisagé par la direction, aura un impact important sur la santé des employé-e-s et celle de leurs proches.

Les familles, et en particulier les femmes qui en assument la majorité des charges quotidiennes, seront les grandes perdantes de ce bouleversement.

Le personnel à temps partiel, au premier rang duquel on trouve à nouveau une majorité de femmes, paiera particulièrement le prix de cette mobilité forcée. Autant de dégâts pour quelle plus-value ?

Quelles priorités dans l’utilisation de l’argent public ?
Aujourd’hui, le projet Campus est devisé au minimum à 110 millions de francs avant la pose de la première pierre. Un bâtiment grandiose va voir le jour et son aménagement va occuper l’essentiel de l’énergie et des ressources de la RTS dans les cinq années à venir.
S’agit-il d’une priorité ? En effet, les plus jeunes notamment le savent bien, les progressions salariales sont bloquées à la RTS. La formation continue tourne au ralenti.

Les productions actuelles sont en sous-financement chronique et la surcharge de travail est endémique dans plusieurs secteurs.

Un « turnover » notable touche les effectifs. Les partant-e-s énoncent régulièrement l’absence de perspective professionnelle intéressante comme motif de démission.

Concentration et verticalisation
La direction de la RTS et le SSM s’accordent à considérer que les changements inéluctables du mode de consommation des médias font basculer la RTS dans le monde du transmédia et des déclinaisons thématiques.
Pour relever ces nouveaux défis, la direction mise sur l’hyper concentration de son personnel, sur la construction de locaux prestigieux et sur une verticalisation toujours plus lourde de son contrôle managérial.
Le SSM estime que la RTS applique ici une recette considérée comme archaïque par de nombreux acteurs économiques du XXIème siècle.
En 2019, la direction semble toujours ignorer l’évolution rapide de nos métiers ainsi que le développement de nouveaux modes de production souples et « horizontalisés », en réseau de compétences tous médias, sans importance de localisation géographique des uns et des autres.
Ces modes de production permettraient pourtant de préserver la stabilité, et donc la qualité, de la dizaine de métiers « non-éditoriaux » qui permettent à l’Actualité de fonctionner.

Le SSM craint également que, profitant du projet Campus 2.0, la RTS ne prenne l’option de l’utilisation systématique d’un personnel polyvalent, sous-formé aux trois médias et mal payé, dont la seule fonction serait d’alimenter la production jusqu’à épuisement.

Le syndicat considère donc que le personnel va payer, seul, le prix de l’incapacité de la RTS à se projeter dans la modernité. L’ensemble de ces facteurs devraient conduire à un affaiblissement considérable de la qualité de l’offre de la RTS.
Pour toutes ces raisons, le SSM invite la direction de la RTS à reconsidérer son projet.

Credits photo : Kersten Geers David Van Severen - EPFL



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