Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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Libération des militants syndicaux chinois en prison

vendredi 29 mars 2019

Communiqué de presse
A l’attention des organes d’informations

Genève, 29 mars 2019

Concerne : Libération des militants syndicaux chinois en prison

La Communauté Genevoise d’Action Syndicale (CGAS), organisation rassemblant les syndicats du Canton de Genève, se solidarise avec la campagne internationale demandant la libération des militants syndicaux détenus illégalement dans la République Populaire de Chine.

Actuellement au moins 44 activistes sont toujours détenus, placés en résidence surveillée ou RSDL (Surveillance résidentielle dans un lieu désigné) pour leur participation ou leur soutien à la lutte Jasic. Outre les quatre travailleurs arrêtés fin juillet 2018, à savoir Mi Jiuping, Yu Juncong, Liu Penghua et Li Zhan, sont officiellement inculpés et confirmés détenus au centre de détention, la majorité des familles des militants disparus n’ont pas été informées où ils sont détenus et quels sont les chefs d’accusation.

Selon les informations de nos collègues chinois, il est à noter que plus du quart des prisonniers sont détenus dans des chambres d’hôtel dont les portes et fenêtres ont été rénovées, ou dans une forme spéciale de détention appelée RSDL, selon ce que la police a déclaré aux familles des détenus. La RSDL est une mesure controversée adoptée en 2013 qui permet à la police d’interroger des suspects pendant six mois sans représentation légale. Elle est réservée aux crimes graves tels que "la mise en danger de la sécurité nationale" ou à d’autres crimes graves. Le manque de surveillance donne carte blanche à la police lors de ses interrogatoires, autorisant la torture et des aveux forcés y compris ceux qui peuvent ensuite être rendus publics. les 6 étudiants de premier cycle. En outre, parmi les 44 détenus il y a aussi 8 étudiants de premier cycle, qui sont en résidence surveillée ou sont portés disparus et ne sont pas autorisés à retourner aux études.

Dans le même temps, la police a menacé les familles des militants détenus de ne pas nommer d’avocat, de s’entretenir avec le groupe de soutien Jasic ou avec les médias à propos de la situation des détenus. Afin de les empêcher de contacter des personnes extérieures et de demander de l’aide, la police a même supprimé l’application de communication sur leur téléphone et installé une application de surveillance. Certaines familles ont même été forcées de collaborer avec la police et ont pris des vidéos pour demander à leurs conjoints détenus de « collaborer » avec les autorités. Depuis 2015, le mouvement ouvrier chinois est entré dans une période très difficile. Après plusieurs vagues de répression, il est évident que le gouvernement chinois n’est pas disposé à ralentir l’application de sa politique répressive.

Les militants ouvriers placés en détention et poursuivis pénalement en 2015

Le 3 décembre 2015, sur ordre du gouvernement de la province de Guangdong, plus de 25 militants pour les droits ouvriers étaient placés en détention et poursuivis pénalement. Plusieurs membres d’ONG [NdT : il s’agit en fait de centres ouvriers d’assistance juridique] furent la cible de ces mesures. Meng Han, Zhu Xiaomei, Tang Huanxing et Zeng Feiyang furent accusés d’avoir « rassemblé une foule pour perturber l’ordre social », ces faits sont liés à leur implication en 2014 dans l’organisation des travailleurs lors des grèves dans les usines de sacs Cuiheng et de chaussures Lide. He Xiaobo a été condamné pour « prévarication ». Deux membres d’ONG, Deng Xiaoming et Peng Jiayong, furent ensuite libérés et raccompagnés à leur domicile par des officiers de police. He Xiaobo a été libéré sous caution le 7 avril 2016 et a lui aussi a été pris en charge et surveillé par la police. Le 26 septembre 2016, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing ont été condamnés à 18 mois de prison avec 2 ans de mise à l‘épreuve ; Zeng Feiyang a été condamné à 3 ans de prison et 4 ans de mise à l‘épreuve. Meng Han s’est vu signifier une condamnation de 21 mois de prison le 3 novembre 2016 qu’il a dû accomplir dans sa totalité. Ces condamnations les ont empêchés d’accomplir leur travail de défense des droits ouvriers, ce qui a eu pour conséquence d’interrompre le travail d’organisation des ouvriers dans les conflits sociaux collectifs en cours.

Li Tingyu et Lu Yuyu

Lu Yuyu et Li Tingyu, qui sous les pseudonymes « pas-de-nouvelles » ou « méchante-femme » ont documenté et publié sur internet des faits concernant des grèves et conflits sociaux, ont été arrêtés et accusés en juin 2016 d’« incitation et organisation de perturbations de l’ordre social ». En avril 2017, Li Tingyu a été assignée à résidence dans un procès secret dont le jugement n’a pas été rendu public. Lu Yuyu a été condamné à 4 ans de prison à Dali, dans la province du Yunnan le 3 août 2017. Lu a fait appel mais le tribunal a confirmé le verdict et la condamnation le 25 septembre. Les avocats de Lu ont fait remarquer que les faits incriminés émanaient principalement de sources officielles et que donc les accusations étaient totalement sans fondement.

Hua Haifeng

Trois militants ouvriers, Hua Haifeng, Li Zhao et Su Heng, qui avaient mené une enquête clandestine sur les conditions de travail des ouvriers fabriquant des chaussures pour la marque Ivanka Trump, ont été arrêtés par la police de la province du Jiangxi le 30 mai 2017. On a appris que les trois militants avaient rassemblé les preuves de violations des droits du travail et d’infractions au code du travail. Ils ont été détenus pendant presque un mois et libérés le 28 juin. On leur a interdit de révéler les conditions de travail des ouvriers de l’usine Huajian. Ainsi, la direction de cette usine n’a pas pu être poursuivie pour violation du code du travail.

Les protestations des travailleurs de Jasic

En mai 2018, les ouvriers de Jasic Technology à Shenzhen en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de travail ont cherché l’appui du syndicat. La Fédération des syndicats du district de Pingshan leur a recommandé de former une section syndicale. Les délégués du personnel Mi Jiuping et Liu Penghua déposèrent une demande officielle de constitution d’une section auprès du représentant syndical local comme le prévoit la loi. Ils réussirent, dans le respect des consignes syndicales, à mobiliser et organiser un groupe de travailleurs en vue de leur adhésion au syndicat. Cependant, le 12 juillet 2018, Huang Jianxun, le vice-président du syndicat officiel du district de Pingshan, avec quatre permanents syndicaux ainsi que le directeur général adjoint de l’entreprise Xia Ruyi et le directeur des ressources humaines ont rencontré le représentant du personnel Mi Jiuping pour lui signifier que la formation de la section syndicale était illégale. Ce qui eut pour conséquence le licenciement de Mi et de Song Yao, un autre ouvrier. Le 20 juillet, les représentants du personnel dont Mi, Song et Liu sont allés travailler comme à leur habitude, mais ils en furent violemment empêchés par des vigiles. Ensuite, ils furent tabassés et arrêtés par la police et placés en détention en vue de poursuites pénales, ce qui mit un point final à la lutte des ouvriers de l’usine de Jasic. La police a arrêté de nombreux travailleurs et militants du groupe de solidarité avec les travailleurs de Jasic, formé essentiellement par des étudiants de sociétés marxistes de différentes universités. Parmi eux, Shen Mengyu a été enlevée par des inconnus le soir du 11 août. Le soir du 24 août, la police a perquisitionné le local du groupe de soutien et arrêté Yue Xin, Gu Jiayue et bien d’autres. Bien que le conflit social soit terminé, la répression contre les membres du comité de soutien a continué. Ainsi, à la date du 5 mars 2019, plus de 40 travailleurs, étudiants, personnels du syndicat ont été arrêtés alors que les étudiants des sociétés marxistes continuent à subir les persécutions de la police et des autorités universitaires.

He Yuancheng

Le 20 janvier 2019, Zhang Zhiru, jian Hui, Song Jiahui, Wu Guijun et He Yuancheng ont été arrêtés par la police de Shenzhen à Guangzhou, Shenzhen et Changsha. Pour le moment, seul He Yuancheng a pu voir son avocat. Pour les autres, qui sont privés de l’assistance d’un avocat, leurs familles sont continuellement persécutées par les autorités. Ainsi, le 5 mars 2019, leur arrestation a été confirmée officiellement sous l’accusation de « rassemblement d’une foule en vue de perturber l’ordre social ». Depuis, il n’y a pas eu de confirmation des raisons de leur détention. Une chose est certaine, c’est qu’ils risquent de longues peines d’emprisonnement. Ces cinq cas de répression contre le mouvement ouvrier par le gouvernement chinois sont ceux qui ont reçu le plus de couverture médiatique depuis décembre 2015 et qui prouvent la nature répressive du gouvernement chinois. L’impressionnant taux de croissance de l’économie chinoise est fondé sur la collusion entre le gouvernement et les milieux d’affaires ainsi que sur l’exploitation des travailleurs dans les usines. Quand l’économie ralentit et que les salaires décrochent par rapport à l’inflation, les travailleurs sont les premières victimes et les conflits sociaux augmentent inévitablement. Cependant, le Parti communiste chinois, fondé sur les principes du socialisme, fait semblant de ne pas voir les revendications des travailleurs et se rend complice avec les milieux des affaires pour réprimer le mouvement ouvrier. Il s’oppose violemment et frontalement et même arrête le étudiants ou tous ceux qui soutiennent les ouvriers.

Ces faits prouvent l’apathie du gouvernement pour les droits ouvriers et le maintien de l’exploitation des travailleurs au nom du « rêve chinois » pour que la richesse produite soit dans les mains d’une minorité. Le gouvernement chinois a fait le choix d’ignorer les souffrances et les revendications ouvrières ainsi que les violations des droits et libertés démocratiques de s’associer, de s’organiser et de faire grève. Confrontés à une telle injustice, les travailleurs vont continuer à résister à la répression gouvernementale.

Contact :

Umberto Bandiera, Commission Internationale CGAS

Liste des militants syndicaux détenus au 16.02.2019 :



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