Communauté genevoise d’action syndicale

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DITA à Tuzla : une lutte exemplaire

dimanche 4 septembre 2016

Les travailleurs les plus combattifs de DITA (usine de produits de vaisselle et de lessive et détergents) ont réussi à reprendre pied dans leur usine en mars 2015, après deux ans de fermeture frauduleuse dans la vague des « privatisations » qui ont détruit presque toute l’infrastructure industrielle yougoslave. Les produits Dita étaient connus dans toute la-Yougoslavie et sont conformes aux normes européennes Iso (sans phosphate).

La Bosnie-Herzégovine a ainsi été frappée par deux génocides : le génocide humain : plus de 100’000 victimes, et un « génocide économique » (selon les travailleurs de Dita), qui a jeté à la rue des centaines de milliers de travailleurs, sous l’impulsion des experts ultra-libéraux envoyés par les gouvernements occidentaux, ceci avec la complicité de dirigeants locaux de tout bord, en général qualifiés de « nationalistes » par nos médias, alors qu’ils touchent des commissions sur les importations de produits des multinationales mondialisées, au détriment des entreprises locales.

Parmi les 700 travailleurs restants après la guerre de 1992-1995 (ils étaient plus de 1200 avant 1992), beaucoup ont abandonné à cause de trop de misère. Mais 80 travailleurs, avec à leur tête une femme remarquable : Emina Buzuladzic, ont décidé de poursuivre la lutte.

Au cours de la fermeture de l’usine en 2012, ils ont cachés des machines, afin qu’elles ne soient pas vendues, et ont durant deux ans, tenu nuit et jour une permanence à l’entrée de l’usine afin d’empêcher son démantèlement et l’évacuation des machines et du matériel.

En mars 2015, grâce à un soutien populaire dans le pays et au financement d’avocats par des acteurs anglais solidaires, ils ont obtenu l’autorisation du Tribunal du Canton de Tuzla le droit de relancer la production. Les 80 travailleurs ont ainsi réintroduits les machines cachées et travaillés durant 6 mois 12 heures par jour, avec une très minime rétribution.

Cette reprise a été possible grâce à l’émergence du mouvement social de février 2014, qu’ils ont initié et qui a gagné plusieurs régions de Bosnie-Herzégovine avec des manifestations de rue et la tenue de « Plénums » (Assemblées de citoyens et de travailleurs). En 2014, les travailleurs de Dita ont obtenu la restitution de leurs droits sociaux, notamment pour les soins de santé.

En mars 2015, ils ont relancé la production de flacons de vaisselle 3D, qui ont été rapidement vendus dans toute la Bosnie-Herzégovine, grâce à la promotion spontanée d’animateurs d’émissions de TV et à la chaîne de magasins Bingo. En 2016, ils ont aussi relancé le produit de vaisselle Artrix.

Mais le Tribunal de Tuzla exige que la majeure partie du bénéfice soit versée aux banques (celles qui sont responsables de la fermeture frauduleuse de l’usine et de détournements de fonds). Beaucoup de politiciens et de juges sont corrompus et complices de la politique prédatrice du capitalisme financier, ce qui leur permet ensuite de racheter des entreprises à prix cassé. Ils ont ainsi réduit la valeur de l’entreprise Dita à un demi-million d’euros, alors qu’elle en vaut plus de 15 millions.

Les travailleurs de Dita (qui se contentent actuellement d’un salaire mensuel de 180 euros), veulent devenir propriétaire de leur usine sous la forme d’une coopérative. Ils ont obtenu divers soutiens et ont commencé à exporter leurs produits en Albanie, Monténégro, Macédoine, Kosovo.

Leur exemple encourage d’autres travailleurs, comme ceux de l’entreprise Konice à Zivinice (au sud de Tuzla). Ils développent un réseau solidaire avec d’autres initiatives similaires en Grèce, Serbie, Croatie, Angleterre, Argentine et ils participeront à la Rencontre de Thessalonique pour l’économie des travailleur-euses, qui aura lieu du 28 au 30 octobre. Voir www.autogestion.asso.fr

Selon Emina Busuladzic, l’espoir est dans l’auto-organisation des travailleurs afin de renforcer les capacités de travail et lutter contre le chômage. La lutte de Dita montre que c’est possible. Un film a été réalisé sur Dita par Carlo Nero : « La Bosnie se lève ».

Ils cherchent des relais pour élargir la vente de leurs produits. Dans l’immédiat, ils ont besoin d’un soutien financier pour l’achat d’un transpalette, d’un monte-charge et d’un véhicule de service.

La réhabilitation de la cantine (fourneaux, frigos et matériel de cuisine) leur permettrait de faciliter la vie des travailleurs.

Ils doivent aussi trouver des pièces de rechange (une partie des machines ne sont plus fabriquées). Leurs ingénieurs ont néanmoins réussi à répare celle qui sert à remplir et à fermer les sacs. Mais l’étiquetage se fait encore à la main, faute d’une machine…

Quel courage et détermination !

Email : busuladzic.emina@gmail.com ou komercijala-marketing@dita.ba
Site : www.dita.ba

Ivar Petterson info@solidarite-bosnie.ch

PS:

Pour un soutien financier (Prenez contact au préalable par email, en anglais) :
DEUTDEFF - Deutsche Bank AG Frankfurt –
IKBZBA2X/BA391340070100541543 (Beneficiary Custommer-Name & Adress)
DITA DD U STECAJU HUSINKIH RUDARA BB TUZLA

ou le CCP de Solidarité BOSNIE, qui fera suivre
10-711427-1 // Iban CH09 0900 0000 1071 1427 1




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