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Le livre, une marchandise pas comme les autres

Prix unique du livre – bref argumentaire

samedi 28 octobre 2006 par Claude REYMOND

En Suisse Romande, il y a peu, seuls les supermarchés pratiquaient le discount. Les autres acteurs du marché du livre respectaient par accord tacite le prix conseillé des diffuseurs.

La FNAC (grande chaîne française appartenant au groupe Pinault-La Redoute, un des plus gros groupe français de non-alimentaire) en arrivant en Suisse se trouve de fait libérée de la loi Lang (loi sur le prix unique du livre en France). Cette entreprise va pouvoir enfin pratiquer la politique super agressive qu’elle ne peut pas pratiquer en France en bouleversant de fait l’accord tacite entre les différents acteurs du marché du livre, pratiquant une politique de prix cassés.

Payot, concurrence directe de la FNAC, fait partie du groupe français Hachette-Lagardère qui regroupe environ le 75% des éditions françaises. Malgré la politique très agressive de la FNAC, Payot n’a pas réagi immédiatement à la pratique des prix cassés. Toutefois, un peu avant la sortie de l’avant-dernier livre de la série des « Harry Potter », le cassage des prix a commencé. Le battage publicitaire autour de cet événement a vite amené les gens à aller acheter leur exemplaire à la FNAC, chez Payot ou encore à la Migros . Les petits libraires ne pouvant pas concurrencer les prix pratiqués n’ont pas fait les ventes escomptées sur ce titre.

Aujourd’hui, la Suisse Romande connaît une dérégulation totale du marché du livre : chacun fait de l’espionnage chez le concurrent et baisse les prix sur des produits d’appel pour attirer la clientèle. Les petits libraires indépendants ne peuvent suivre ce mouvement, car leurs marges chez les distributeurs sont nettement inférieures à celles offertes aux grandes surfaces. De ce fait, elles ne bénéficient plus des ventes faciles qui leur permettaient de stocker des livres à rotation plus lente, elles se retrouvent en manque de liquidité. Trente-neuf librairies suisses romandes ont fermé leurs portes depuis 2001. Par contre de nouvelles succursales FNAC et Payot ouvrent leurs portes.
Les grandes surfaces ne voulant pas perdre trop d’argent malgré les prix baissés demandent des marges de plus en plus grandes aux diffuseurs. Ces marges arrivent jusqu’à 50% alors qu’elles arrivent à peine à 40% pour les petites librairies. Les diffuseurs ne voulant pas perdre d’argent majorent le taux de change francs-euros et de ce fait augmentent le prix des autres livres, ceux qui n’intéressent pas la grande distribution, ceux à rotation plus lente, ceux qui font la diversité culturelle. En fin de compte, avec le marché libre sans prix réglementé le prix du livre en général est sensiblement plus cher.

Pour la branche de la librairie Suisse Romande, si rien n’est entrepris, il n’y aura bientôt plus qu’une ou deux grandes chaîne. Dès lors, lorsque le marché sera entièrement dans leurs mains, les prix augmenteront puisqu’il n’y aura plus de concurrence. De plus, et c’est certainement l’aspect le plus grave, les petites maisons d’édition pourront-elles survivre, elles ne peuvent pas faire de remises extravagantes aux libraires contrairement aux grandes éditions qui travaillent sur la quantité ? Cela signifie à moyenne ou longue échéance la disparition d’éditeurs qui prennent des risques, publient des ouvrages confidentiels, des livres scientifiques ou des ouvrages minoritaires. Jean Richard, dans son analyse sur le prix imposé du livre en Suisse dit : « La mort d’une librairie n’est pas la simple disparition d’un point de vente : il s’agit bel et bien d’un accès à la culture en moins et pour les éditeurs un lieu en moins pour la diffusion de leur production. »

Quelle culture et quelle diversité nous promet ce marché « libre » ?

En voyant cette situation catastrophique pour le réseau des librairies et pour la diversité culturelle des représentants des libraires et des éditeurs ont décidé de se pencher sur ce problème. Il s’avère que le seul moyen de faire face à cette situation est le prix réglementé du livre, ou prix unique. Avec un tel système, les petites librairies pourront se maintenir et continuer à proposer un grand choix d’œuvres, soutenir la littérature d’un pays, faire connaître de jeunes auteurs, assurer le renouvellement de notre culture et garantir une diversité de l’emploi spécialisé.
Grâce au travail de ce petit groupe, le conseiller national Jean-Philippe Maître a déposé une initiative parlementaire visant à instaurer les bases légales à la réglementation du prix du livre dans notre pays. La question est maintenant au niveau de la Commission fédérale de l’économie et des redevances.
Comedia s’engage en faveur du prix unique seul moyen de garantir un marché du livre sain et diversifié. Cet engagement se manifeste par une vigilance constante sur la question, une sensibilisation des libraires et des client·e·s à la nécessité d’une telle réglementation et des risques encourus dans un marché « libre » et un travail de « lobbying » sur les instances qui seront amenées à légiférer. C’est aussi ça le travail d’un syndicat de branche qui connaît bien les réalités d’un marché pas tout à fait comme les autres.

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Manifeste des gens du livre


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