Communauté genevoise d’action syndicale

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Pourquoi la gauche refuse de transformer les bureaux en logements

mardi 2 juin 2015

Laure Lugon Zugravu dans Le Temps du 19 mai 2015

La gauche et les associations de défense des locataires craignent la suppression du contrôle étatique des loyers. Ils accusent aussi le MCG de mentir aux électeurs

L’affaire a tout l’air d’un énième affrontement idéologique. Les Genevois devront pourtant se faire une religion d’ici au 14 juin prochain, à l’heure du vote. A la question de savoir s’il faut permettre la conversion de bureaux vides en logements, le Grand Conseil ayant proposé d’assouplir la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR), la gauche accuse les milieux immobiliers de vouloir spéculer sur le dos des locataires ; et la droite invoque le pragmatisme, dans une ville qui ne parvient plus à loger ses habitants.

Hier, le comité référendaire présentait sa lecture de l’enjeu : « Il n’y a pas lieu de changer la LDTR, estime Christian Dandrès, de l’Asloca. Car elle prévoit déjà des changements d’affectation temporaire, sur une durée suffisamment longue pour amortir l’investissement. Le but des auteurs est donc de faire sauter le contrôle des loyers. » La LDTR prévoit en effet de contrôler les loyers issus de ces transformations durant trois à cinq ans. Ce qui mène l’appartement de quatre pièces à 1135 francs mensuels. Mais dans les faits, cette contrainte empêche toute transformation, faute de rentabilité.

Campagne sur les terres socialistes

Le conseiller d’Etat Antonio Hodgers n’a pas dit autre chose en septembre dernier, en affirmant qu’aucun promoteur ou propriétaire n’était venu demander de bénéficier de la disposition qui permet de transformer une surface commerciale en logement. Pourquoi ? « Parce que, quelle que soit la somme investie par le propriétaire, le loyer sera plafonné, estime Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière (CGI). L’affectation temporaire ne permet pas un amortissement des travaux. » Ce qui lui permet de conclure : « Le comité référendaire préfère qu’il n’y ait pas de logements plutôt que des logements à 1800 francs. Soit le montant auquel nous prétendons pouvoir parvenir en transformant les bureaux. » La classe moyenne appréciera, quand on sait que le tiers du parc de logements genevois correspond au plafond fixé par la LDTR, que Berne s’est opposé à la moitié des déclassements de zones prévus par le plan directeur cantonal et que beaucoup de bureaux sont vides.

Qu’importe, pour la gauche. Car elle s’est trouvé un ennemi jugé moins honorable que « notre adversaire presque naturel, les milieux de l’immobilier et ses agents aux couleurs PLR et PDC », à qui la présidente du PS, Carole-Anne Kast, reconnaît d’ailleurs « une cohérence idéologique ». Cette fois, c’est le Mouvement Citoyens genevois (MCG), à l’origine du projet, qui est dans sa ligne de mire. Pas étonnant, puisqu’il fait campagne sur les terres socialistes. « Le MCG ne défend pas les intérêts du marché libéral, mais il vise un électorat populaire, estime Carole-Anne Kast. Et chez ces gens-là, on triche, on ment, on embrouille. » Pour preuve, des tracts qui affichent « valeurs de gauche », et des « associations fantoches ». Et la socialiste d’ironiser sur les méthodes de Ronald Zacharias, député MCG. « A court d’arguments rationnels, la gauche s’en prend aux personnes, déplore celui-ci. Elle oublie que les locataires ne lui appartiennent pas. Son problème, c’est qu’elle règne sur le politique grâce à la crise du logement. Si le marché se détend, elle perdra du terrain. C’est cela qu’elle redoute. »



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