Communauté genevoise d’action syndicale

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lettre de lectrice à La Tribune de Genève postée le 26 août 2006

Que nous dit Balthazar ?

vendredi 1er septembre 2006 par Claude REYMOND

Tout le monde a vu ou verra, placardée derrière les bus, l’affiche de ce jeune homme de 15 ans apprenti, prénommé Balthazar. Ce dernier nous dit avec un sourire bien sympathique que les notes à l’école sont « motivantes ». La motivation : le mot est lâché ! En effet, c’est bien de cela dont dépend en grande partie la réussite scolaire. Mais est-ce que ce sont les notes qui motivent à apprendre ?

Balthazar a 15 ans. Il a probablement fait toute sa scolarité obligatoire dans un système avec des notes, puisque la suppression de ces dernières sur les travaux est trop récente pour l’avoir concerné. Il est néanmoins apprenti, ce qui signifie qu’il ne poursuit pas sa scolarité dans des études dites « supérieures » (cela ne veut pas forcément dire qu’il est en échec). Est-ce que les notes qu’ils a eues l’ont motivé ? Demandons plutôt à cette génération d’enfants qui sont sortis des écoles en rénovation sans notes, et qui ont maintenant 16 ans, ce qu’ils en pensent. Je sais par des biais divers que certains poursuivent leur parcours scolaire, d’autres font un apprentissage. Certains ont réussi leurs études au cycle d’orientation et d’autres se sont retrouvés en échec scolaire. Comme les autres…ceux qui ont toujours eu des notes !

Je suis moi-même enseignante et j’ai travaillé dans différents systèmes : avec ou sans notes. Je peux vous dire que le problème ne se situe pas à ce niveau-là, j’ai toujours enseigné les mêmes contenus. Avec ou sans notes, l’enfant apprend comme il peut et l’enseignant enseigne comme il peut. La suppression des notes ne signifie pas la suppression de l’évaluation ou un enseignement de moins bonne qualité, il faut maintenant s’en convaincre. Lorsque l’on remplace la note chiffrée par une évaluation qualitative des acquis de l’élève sous forme de commentaires, on se penche réellement sur ses apprentissages. Le message donné à l’enfant ou à ses parents est au minimum aussi complet que la note et sûrement plus motivant.

Mais le message véhiculé par Balthazar est le principe de motivation comme facteur de réussite scolaire. J’ai vu que même sans note, l’enfant qui est évalué reste motivé par la réussite de son travail. « Ai-je atteint les objectifs demandés ? », « Ai-je compris ? » vaut alors mieux que « Est-ce que je vaux 3, 4 ou 5 ? ».

Pourtant, certains élèves ne sont pas motivés à l’école. Pensez-vous réellement que c’est parce qu’il n’y a pas de notes ? Regardez dans les écoles où ces dernières n’ont pas été supprimées : même constat…

Qui sont les jeunes motivés actuellement ? Que leur offre l’avenir comme plan de carrière (études ou apprentissage) ? Pourquoi travailler ? Quel soutien reçoivent-ils de leur famille ? Et surtout, pourquoi fournir un effort ? Et le problème est alors tout autre…

Il n’y a pas qu’à l’école que l’on observe le manque d’assiduité et de volonté à aller jusqu’au bout d’un projet. Surmonter une difficulté, accomplir une tâche que l’on n’a pas choisie ou que l’on ne trouve pas motivante, éviter le « zapping » continuel, c’est parfois mission impossible aussi à la maison.
Demandez aux parents…

Alors, mettre des notes suffit-il par miracle à donner l’envie d’apprendre ? Je souhaite à Balthazar qu’il ait de la motivation dans son apprentissage non pas pour la note qu’il obtiendra, mais pour ce qu’il retiendra de l’enseignement reçu et pour les pas qu’il effectuera en avant.

Je souhaite à tous de comprendre enfin que l’enjeu, ce ne sont pas les notes, mais l’état d’esprit dans lequel on est lorsqu’on apprend. Et pour beaucoup d’enseignants « motivés », la reconnaissance de l’élève et ce qu’il est en tant qu’apprenant est bien plus motivante qu’un chiffre inscrit en haut d’une feuille sans autre commentaire qu’un éventuel « Peut mieux faire ! ».

Puisque l’on parle de motivation, laissons enfin les enseignants juger ce qui est bon pour l’élève étant donné qu’ils sont au cœur du débat et savent exactement ce que signifient les enjeux des prochaines votations, et écoutons leurs arguments au-lieu de laisser les politiciens s’emparer d’idées qui ont perdu tout sens pédagogique. Car sinon, la motivation des enseignants pour bien faire leur travail risque de faire défaut ! Imaginons que les partis politiques disent aux pharmaciens comment faire leur travail…

Véronique Pamm Wakley, enseignante



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