Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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la laïcité défend à égalité le droit de croire et celui de ne pas croire

lundi 8 octobre 2012

Non à une constitution trompeuse et rétrograde !

Trompeuse :

L’art 3 al. 1 du projet de constitution affirme que "l’Etat est laïque". Tous les dictionnaires nous apprennent que "laïque" désigne un Etat dans lequel les Eglises sont séparées de l’Etat. Et donc de droit privé. Fort bien.

Alors pourquoi l’alinéa 3 du même article arrête-t-il que "les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses." ? Nous aurions donc à la fois un Etat séparé des "communautés religieuses", mais qui entretiendrait par ailleurs avec elles des relations constitutionnellement garanties. Une porte ouverte, à la fois fermée ?

Le fait d’être laïque n’a jamais empêché un Etat d’entretenir officieusement des relations avec des communautés religieuses. Voire officiellement, ne serait-ce qu’avec le Vatican, qui est un Etat (au passage : le dernier Etat non démocratique d’Europe) - rappelons que le nonce apostolique est en en effet le chef de file du corps diplomatique...

Alors pourquoi cette contradiction sournoisement dissimulée ?

Rétrograde :

En réalité, nos politiques, par marketing électoraliste, comptent sur les voix des croyants. Un lobby interreligieux résolu figurait parmi les constituants, qui ont laissé passer sans critique ni examen cette caricature de la laïcité. A gauche comme à droite. On le sait et on le voit : dans des sociétés de plus en plus sécularisées, les Eglises sont désertées, et leurs finances au plus mal : comme la première compagnie aérienne venue, elles sont prêtes à tendre leur sébile à l’Etat.

La finalité de l’opération est de faire de Genève un canton à Eglises reconnues, comme tous les autres cantons suisses (sauf Genève et Neuchâtel), dans lequel les athées, les indifférents, et les fidèles des Eglises non reconnues payeront un impôt pour celles qui le sont. Ce qui est antidémocratique.

Et aussi comment reconnaître telle Eglise plutôt que telle autre ? Selon quels critères ? On ouvre ainsi une boîte de Pandore qu’on ne pourra plus refermer.

Soyons clairs une fois de plus : la laïcité n’est pas l’irréligion : l’Etat laïque est également séparé des athées et des indifférents. On peut être laïque et croyant, puisque la laïcité défend à égalité le droit de croire et celui de ne pas croire. Mais l’Etat doit être neutre : tous les Genevois ne sont pas chrétiens, tous les Genevois ne sont pas croyants, l’Etat doit les représenter tous. Mais en tant que citoyens, indépendamment de leurs "appartenances" et sans considération de leurs prétendues "identités", ces pénitenciers moralitaires dernier cri.

Donc non, non et non :

Reconnaître les "communautés religieuses", à terme, c’est détruire la laïcité (sans adjectif, comme pour le mot république) dans son article fondamental, la séparation des Eglises et de l’Etat. Deux amendements, venus de l’Avivo et des Verts, proposant d’inscrire ce principe en quelques mots à la suite de l’alinéa 1 ont été rejetés par une majorité très nette de 50 voix. Pour les laïques genevois, la laïcité introduite en 1907 par les radicaux (qui semblent avoir oublié leurs origines) est annulée par ce texte. Les constituants l’ont voulu. Ils doivent le payer.

Yves Scheller
enseignant, membre du SSP et de l’Union du corps enseignant secondaire
président de l’Association suisse pour la laïcité de 1998 à 2011.
président de la Coordination laïque genevoise
président du cercle de la Gauche républicaine


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