Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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Face aux risques : décider et intervenir

Organiser le retour d’expériences

jeudi 24 mai 2012 par Claude REYMOND

Université de Genève, Faculté des sciences économiques et sociales - 24 mai 2012

pour « appréhender » l’orateur Claude REYMOND

Encore apprenti je suis devenu membre de la Fédération suisse des typographes à 17 ans. Après l’obtention de mon brevet de compositeur à la machine, j’organisai un débrayage de l’atelier en été 1976. 3 mois plus tard le comité de base de l’imprimerie - que j’avais rejoint - imposait l’élection d’une nouvelle composition du comité de la section genevoise, laquelle organisa pendant la période contractuelle une grève coordonnée avec Lausanne et Zurich = c’est en 1977 que les travailleurs de ce secteur économique obtenaient la réduction de 43h à 40h en trois ans, l’introduction d’un 13e salaire en 4 ans + l’intégration immédiate des auxiliaires dans la convention collective des professionnels.

Je suis actuellement le secrétaire de la Communauté genevoise d’action syndicale, organisation faîtière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève. Elle a été fondée en 1962 et elle reste à ce jour, sur le continent européen, la seule organisation syndicale regroupant TOUTES les organisations actives sur un territoire donné (à l’exception de celles de la police). L’esprit de Genève sans doute.

pour cerner le domaine

Le but premier des syndicats est de faciliter l’identification par les travailleurs eux-mêmes de leur besoin en matière de formation professionnelle et d’obtenir des conditions de travail qui - tout en leur permettant d’oeuvrer efficacement - leur procurent également des moyens d’existence satisfaisants.

  • Plus le grutier sera instruit des règles physiques et mécaniques de son métier, plus la sécurité de ses collègues au sol sera grande et leur coopération prolifique.

C’est en outre la capacité à réguler les effets de la division du travail qui fait des syndicats forts et des travailleurs bien rétribués.

  • L’efficience réduit les gaspillages de tout nature, elle augmente la productivité sociale du travail et donc légitime les revendications.

Le syndicat est l’organisation économique qui - dans les rapports de production où le travail vivant reste inféodé au travail accumulé et mort - tente d’élaborer des contraintes pour imposer une plus équitable redistribution de la plus- value dégagée à chaque cycle.

Il doit en principe admettre en son sein tous les travailleurs exerçant une activité dans les secteurs de son intervention, et cela quelque soient les préférences politiques ou l’appartenance partisane de ces derniers.

  • Le pouvoir de l’employeur découle de la multitude qu’il commande ; sans coalition, le travailleur reste un individu parmi les autres.

Le syndicalisme entreprend des actions de natures politiques et les syndicats participent à la transformation des rapports sociaux, mais ils ne sont pas des appareils révolutionnaires. Si leurs moyens peuvent parfois sembler abrupts, la finalité de leur entreprise reste toutefois la création de droits nouveaux dans le cadre juridique existant ; et aux avocats de dire la loi, et aux juges de l’interpréter.

concernant les méthodes

Il y a autant de stratégies syndicales que de syndicats, et les types d’engagement tactique sont aussi nombreux qu’il y a d’employeurs à convaincre de la nécessité de satisfaire les revendications énoncées.

Par ailleurs, plus le nombre de travailleurs et d’entrepreneurs liés par une convention collective devient considérable, plus il devient difficile de discerner parmi les moyens déployés, lesquels sont vraiment déterminants sur le terrain circonvenu par le seul affrontement des parties directement concernées.

Bien que l’évaluation des risques fasse partie des tâches quotidiennes des syndicalistes, en revanche l’analyse des succès reste trop rare et celle des échecs avec retour sur expérience n’est ni systématique ni formalisée dans le plus large cercle des personnes impliquées dans un conflit.

Cependant la critique d’exercice est toujours opérée puisqu’un accord ne sera - en principe - signé par le syndicat qu’avec l’approbation de la majorité des syndiqués, ce qui n’est jamais donné à l’avance.

Ainsi cette critique et « nos » retours sur expérience ont montré - depuis près de 200 ans - que la capacité de mobiliser massivement exige de définir clairement les objectifs, et que la garantie d’en atteindre quelques-uns passe inconditionnellement par l’assurance d’un autre possible engagement de la lutte sur des fronts subséquents.

C’est pourquoi on trouve dans les statuts syndicaux, et même parfois dans des conventions collectives, des textes qui indiquent que « les parties ont la possibilité d’exercer leur devoir de solidarité ».

  • Cela signifie que si les imprimeurs d’un journal sont en grève à Lyon, cette publication ne pourra / devrait pas être imprimée en Suisse ou dans un autre pays.
pour bien agir, décider et intervenir

Il faut le CcODdE, soit de la confiance + de la compétence, de l’organisation, de la démocratie + de la discipline, et de l’énergie.

L’obtention de ces conditions sera d’autant plus aisée que l’on saura déterminer non seulement celles de l’affrontement, mais aussi celles de l’apaisement.

  • A tout moment, il faut faire de sorte que le patronat concerné puisse discerner l’échappée qui sanctionnera le progrès matériel accordé tout en renforçant sa position économique parmi ces concurrents directs ou tous les autres.

Le monde ne sera jamais fondamentalement changé après un conflit syndical, et c’est pourquoi le savoir-faire du syndicaliste l’amène souvent à anticiper le « retour sur expérience » pour réduire celui-ci à sa plus petite expression négative possible, soit un PAT.

Si l’affaire n’a pas pu être conclue dans les délais impartis, parce qu’il a déjà aménagé le moment et le lieu, il doit convoquer la démocratie pour redéfinir l’organisation et ses objectifs, afin de rasséréner la confiance de chacun dans les capacités collectives, ce qui procure à chaque fois une nouvelle énergie qui engendrera une discipline plus complète encore pour entreprendre une nouvelle « bataille ». Mais la responsabilité du syndicaliste doit toujours l’amener à ne pas exposer inutilement « ses » troupes, il est de sa compétence de reconnaître les signes qui commandent une retraite en bon ordre. Ce sont ces aptitudes qui participent à la réduction des risques dans ce domaine.

peuvent survenir toutefois quelques obstacles au meilleur retour sur expérience

Les instances syndicales ayant arrêté des objectifs, par exemple une manifestation de rue, elles en délèguent la mise sur pied à un collectif. Les membres duquel se répartissent les responsabilités dans l’espace et le temps après s’être convenu d’un dispositif de sécurité qui devrait comprendre a) gestions des indésirables, b) réduire les dangers pouvant survenir avec d’autres usagers de la route et les perturbations des transports de première nécessité, c) évacuation sanitaire, d) communication interne et externe, e) accessoirement subsistance, transport, etc.

  • Dans la mesure où il s’agit d’une manifestation pacifique et non pas de l’assaut d’une forteresse « ennemie », les organisateurs ont tout intérêt à bien communiquer avec les forces de l’ordre sur son déroulement : le prévisible permet toujours de mieux intégrer ce qui n’a pas pu l’être.

Or il va se produire des faits imprévus et seul le « chef » du service de sécurité - vers lequel convergent toutes les informations utiles - peut décider d’adapter le dispositif, une rapide consultation des proches reste souhaitable. Mais pour ce faire sans provoquer le chaos, il doit être certain de la disciple des membres de « son » collectif. S’il n’est pas atteignable, ou s’il n’est pas écouté, il se peut que l’initiative d’un autre chef - qui n’a pas la vue d’ensemble, qui ne fait pas partie du service de sécurité ou qui n’aurait pas pris connaissance dans le détail des ordres de marche - ne permette pas de réduire l’incident, ou en démultiplie les effets négatifs.

Et c’est là que, parfois, la primauté hiérarchique (contractuelle ou professionnelle, politique, etc.) obère une juste et complète mise à plat lors de l’étape bilan ou du retour sur expérience : certaines responsabilités ne pourront pas être attribuées, les vecteurs d’erreurs ne seront pas identifiés et donc rien ne pourra être corrigé.

PS La Commune de Paris a procédé pendant 17 jours, et même deux fois par jour, à l’élection et à la révocation de chefs jusqu’à trouver les plus honnêtes et les plus compétents.



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