Communauté genevoise d’action syndicale

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Le FSM à Dakar

En marche vers un autre monde !

mercredi 16 février 2011 par infomation fournie par nos alliés

De nombreux membres du mouvement syndical genevois s’impliquent depuis plusieurs années dans les échanges du Forum social mondial. Ci-dessus le rapport de l’un d’entre-eux ayant participé à la plus récente session du FSM.


Ouvert le 5 février par le discours de Evo Morales appelant à s’organiser « car les peuples et les forces sociales organisées sont capables de libérer le monde », le 11ème Forum Social Mondial s’est clos à Dakar le vendredi 11 février vers 15 heures. Au même moment exactement - il était 17 heures au Caire- la révolution égyptienne renversait l’honni Moubarak. Parvenue en pleine assemblée finale du Forum, la nouvelle de la chute du dictateur ne fait pas que confirmer les paroles d’Evo. Elle est démonstration concrète du fait que, pour peu que les masses s’y mettent, un autre monde est possible, vraiment possible…

Venant de 123 pays ainsi que de certain territoires qui restent des colonies, la Palestine, le Kurdistan ou le Sahara occidental, nous étions des dizaines de milliers à arpenter les allées chargées de poussière de l’université de Dakar.

Ouvert par une marche impressionnante -la police, présente en force, parle de 70’000 manifestants- guidée par l’Association des femmes de la Médina de Dakar, ce 11ème FSM était le deuxième à se tenir sur sol africain, après celui de Nairobi de 2007.

Les locaux au premier plan

La différence avec Nairobi était saisissante. D’abord parce que, contrairement à ce qui s’était passé au Kenya, les mouvements sociaux locaux, sénégalais et d’Afrique occidentale, ont été fortement impliqués dans l’organisation du FSM. Les sénégalais d’abord : des associations paysannes aux groupes de hip hop, des syndicats -c’est Castro Diop, secrétaire général du syndicat des enseignants, qui a présidé l’assemblée finale des mouvements sociaux- au Comité contre les violences faites aux femmes, tous les mouvements sociaux étaient là.

Sont venus se joindre à eux, les représentantes et les représentants des forums sociaux d’Afrique occidentale, venus en caravane du Togo, du Mali, du Niger ou encore de Gambie. Ce sont les africains, et les femmes africaines, qui ont formé la majorité des participants au Forum. C’est ce qui, à la différence de ce qui s’était passé à Nairobi, a permis d’aborder les problématiques traitées du point de vue de l’Afrique et des africains. Un vrai plus pour les autres délégations, celles venues du Maghreb, d’Europe, des Amériques ou encore d’Asie.

La crise en toile de fond

C’est la situation économique mondiale qui a fait office de toile de fond aux centaines d’ateliers qui se sont tenus durant les cinq jours du Forum.

Ainsi, c’est d’abord la question de l’accaparement des terres qui a occupé les esprits. La Banque mondiale estime que, durant les quatre dernières années, plus de 400 investissements fonciers sur de grandes superficies ont été réalisés dans 80 pays. Instrument de la spéculation sur les produits alimentaires, de la production d’agro combustibles, l’accaparement de grandes surfaces cultivables par les multinationales se traduit par la déportation des populations locales et la réduction drastique de la production vivrière. Des pays agricoles sont ainsi obligés d’importer des aliments en aggravant ainsi leur dette envers les institutions financières internationales.

Immanquablement, la question de l’annulation de la dette s’est reposée avec force. Asphyxiant les peuples, la dette est aussi l’instrument du Fonds Monétaire International pour imposer restrictions et privatisations. Par exemple, celle de l’électricité dictée par le FMI à la République démocratique du Congo, garantit du courant continu à celles et ceux qui peuvent verser les 1000 US$ nécessaires pour le raccordement. Et elle condamne à l’obscurité l’immense majorité de ceux qui n’ont que 50 US$ par mois.

La crise ne fait qu’accentuer la misère. Ainsi, toujours en matière d’électricité, ses tarifs explosent du fait de l’augmentation du prix des carburants. Trop occupés à sauver leurs banques, c’est sur l’aide au développement que les Etats se sont rattrapés tandis que confrontés à la crise, les émigrés envoient moins d’argent au pays. Pour le Sénégal, cela signifie, depuis 2008, déscolarisation d’un grand nombre d’enfants obligés de gagner leur vie et chute brutale des budgets de l’éducation.

Charte mondiale

L’émigration, dernier recours de ces populations, a aussi été au centre du FSM. D’un côté ont été mises en valeur, nonobstant leurs limites, les grèves de sans papiers en France depuis 2008. De l’autre, l’Assemblée mondiale des migrants qui s’est tenue sur l’île de Gorée -lieu de concentration des victimes de la traite négrière- a adopté une charte mondiale des migrant.e.s qui revendique le droit à la libre circulation et à l’établissement pour tous, la suppression des visas et des droits sociaux égaux.

Omniprésente, la question de la place des femmes a traversé tous ces débats en plus de poser des problématiques plus spécifiques liées à la question de l’alphabétisation, de la gestion de la terre ou encore des violences faites aux femmes.

Bref, un Forum particulièrement galvanisant, à l’heure où un mot quasi oublié s’impose à nouveau, puissant, chargé d’avenir : révolution !

Paolo Gilardi



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