Communauté genevoise d’action syndicale

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La lutte festive des vendeuses du collectif Haddock

samedi 13 novembre 2010

jeudi 11 novembre 2010 par Claude REYMOND

GENÈVE • Samedi, militantes et employées se mobilisent contre l’ouverture prolongée des magasins, soumise au peuple le 28 novembre, autour d’une soirée de concerts. Une manière de trancher avec le militantisme traditionnel.

publié par Le Courrier du 11-11-2010

PAULINE CANCELA

Collectif Haddock, puisqu’il s’est formé ad hoc pour lutter contre l’extension des horaires d’ouverture des magasins à Genève. Et puis le nom est fun, il rassure face à l’action syndicale qui fait souvent peur aux employé-e-s de la vente.

Rassemblant déjà une trentaine de personnes – employées, clientes, jeunes et militantes –, le collectif informel entend montrer son opposition à la nouvelle loi par voie de fête. Ce samedi donc, au Café Industriel, le personnel de vente se mobilisera autour de concerts (K, The Krackhand, Ostap Bender) sur fond de campagne accrochée aux murs.

Le groupuscule n’est pas strictement rattaché aux syndicats, mais « ces derniers se sont en gagés à couvrir les pertes de la soirée autofinancée », note Laïla Batou, créatrice de Haddock et secrétaire syndicale chez UNIA. « Nécessaire, la pression syndicale est trop forte pour certaines vendeuses qui hésitent à se mobiliser par peur des représailles de la part des gérants. Le projet de fête indépendant leur permet de contribuer à la campagne d’une manière qui leur correspond mieux. »

Au-delà de cet avantage, Laïla Batou indique également que ce type d’action est susceptible de toucher les jeunes, un public pas toujours au courant des enjeux de la votation. De plus, la soirée de samedi a sa propre force propositionnelle : « Nous voulons montrer qu’il y a autre chose à faire que passer sa vie au supermarché, explique la secrétaire syndicale. Nous disons non à l’extension des horaires, mais c’est un non positif, dans le sens du vivre ensemble, de la création de liens et d’amitiés. »

Laura*, 25 ans, se retrouve dans la démarche. Vendeuse en grande surface, elle-même rechigne à se rendre dans une réunion syndicale. « Le collectif Haddock offre des niveaux d’engagements différents. Il tranche avec le militantisme traditionnel. » Or il faut bien militer, renchérit Ashley*, une collègue. Ensemble, elles craignent les effets pervers de la législation proposée : « La nouvel le loi rallongera nos journées, sans en augmenter les heures payées, simplement en rajoutant un quart d’heure de pause ça et là. »

D’ailleurs, quand bien même des heures supplémentaires seraient faites, cela reste très difficile pour elles d’obtenir des journées entières de compensation. « On nous les payera à coup de demi-heures par jour », dénonce Ashley.

De quoi briser le mythe selon lequel l’augmentation des heures de travail est synonyme de création d’emplois. Selon Laïla Batou, le seul paramètre permettant en effet d’ouvrir de nouveaux postes est une meilleure protection des travailleuses et travailleurs. En passant par le refus de la loi et un renforcement des protections contre la flexibilité s’abattant sur les vendeuses. « Je ne sais jamais plus d’une semaine à l’avance quel sera mon jour de congé, ni quels seront mes horaires, se désespère Laura. Dans tous les cas, je fais automatiquement la fermeture, à la quelle il faut ajouter une heure avant d’arriver chez soi –vers 20h dans le meilleur des cas. »

L’impact sur la vie sociale est donc de taille. Majoritaires dans le milieu de la vente de détails, les femmes sont déjà en proie à un jonglage délicat entre vie professionnelle et vie familiale. Magdalena Rosende, chargée de cours aux universités de Genève et de Lausanne, s’inquiète des effets de la loi : « Déjà précarisées par un travail genré et mal payé, les femmes devront renégocier le partage des tâches, occasionnant une nouvelle charge mentale non négligeable. »

Et celles qui n’ont pas d’enfants ? « On attendra de démissionner, ou on renoncera au concept de famille », ironisent les vendeuses.

Fête en solidarité avec le personnel de vente, samedi 13 novembre, dès 20h, Café Industriel, 25 rue du Vuache. Entrée 5 francs. www.geneve.unia.ch

PS:

I * Prénoms fictifs




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