Communauté genevoise d’action syndicale

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Le Courrier du 1 juin 2006

Une faillite pour trouver un nouveau patron

mardi 6 juin 2006 par Claude REYMOND

Depuis ce matin, environ nonante anciens salariés de Swissmetal se retrouvent « ex-
Boillat » puisque leur délai de licenciement est échu cette nuit. C’est dire si les soucis
restent fortement présents à Reconvillier. Un week-end de mobilisation aura
d’ailleurs lieu dans la ville du Jura bernois les 10 et 11 juin. Mais, lundi dernier, c’est
le département de sociologie de l’Université de Genève qui invitait étudiants et
ouvriers à réfléchir sur les logiques industrielles à l’oeuvre en Suisse. En
complément à cette journée « politico-sociologique », il était également utile de se pencher sur la
structure économique de Swissmetal.
Et là, force est de constater que peu de choses filtrent officiellement. Guide dans la lecture des
documents boursiers sur Swissmetal, Pierre-André Dumont, professeur Hautes études commerciales-
Genève, se dit « très étonné » de la structure « atypique » du capital de l’entreprise. Il s’agit en effet
d’un tout petit capital-actions de 59 millions de francs, « très éclaté » en 6,5 millions d’actions au
porteur, alors qu’habituellement ce genre d’entreprise émet des actions nominatives.
Selon les données du « Guide des actions suisses », il n’y a pas de position dominante dans le capital.
Le plus gros actionnaire n’atteint pas 11% du capital. Ensemble, les quatre plus importants
investisseurs dans Swissmetal détiennent un quart des actions. De leur côté, les membres du conseil
d’administration et de la direction possèdent, in globo, seulement 1,6% du capital. Le reste du
répertoire n’est pas publié.
Swissmetal n’est ainsi plus une entreprise familiale, mais pas encore une grande société, quand bien
même des boursicoteurs échangent régulièrement quelques dixièmes de pour cent de capital, de
l’« épicerie boursière » selon M.Dumont. Il en résulte que le management du groupe peut avoir les
mains très libres.
Quant à la santé économique de Swissmetal, elle interroge le professeur. Des résultats volatils sont
typiques de la branche métallurgique, explique-t-il. Les industries « très proches de la matière
première sont très cycliques », notamment si leurs clients sont eux-mêmes des entreprises travaillant
« à flux tendu ». En outre, Swissmetal est « petit » par rapport à ceux-ci. Toutefois, bien des indicateurs
sont au rouge. Les résultats financiers de chaque exercice sont négatifs, le cash-flow (la marge
d’autofinancement) est en chute libre, les effectifs fondent. « Il ne fait pas un pli que la situation n’est
pas bonne », conclut Pierre-André Dumont.
Une situation qui n’échappe d’ailleurs pas à la délégation des salariés de Reconvillier invités à
l’Université. Pour eux, la faillite de Swissmetal est « probable », ont-il déclaré lors de la table ronde
clôturant la journée. Dans un certain sens, elle serait même « souhaitée » afin que la succursale
puisse reprendre son indépendance à l’occasion de la liquidation du groupe, « car la Boillat est
capable d’être bénéficiaire ». Les salariés de Reconvillier persistent donc à vouloir être vendus « à un
vrai patron ».
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