Communauté genevoise d’action syndicale

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4 février 2010 = grève générale en Turquie

en soutien avec les travailleurs de Tekel en grève

mercredi 3 février 2010 par Claude REYMOND

Six grandes confédérations syndicales turques appellent les travailleurs et leurs à observer demain une grève générale, qui débutera dès 08h jusqu’à 17h - en soutien avec les grévistes du tabac et en signe de protestation contre la politique économique du gouvernement.


http://www.firatnews.com


La grève des travailleurs de Tekel dure depuis 51 jours

12 000 travailleurs du secteur du tabac appartenant au monopole d’État Tekel
poursuivent une lutte déterminée, notamment depuis le 16 décembre où une
partie d’entre eux ont commencé à occuper un parc central de la capitale,
Ankara, faisant ainsi directement pression sur le gouvernement.

Celui-ci a déjà privatisé la fabrication des cigarettes en 2008, et
maintenant les entrepôts se trouvant dans différentes villes. Ces 12 000
travailleurs dont le salaire moyen est de 2 200 TL (livres turques), soit
environ 1 000 euros, se voient proposer un statut dit 4C, c’est-à-dire un
salaire de 772 TL, soit 360 euros... et la perte de leur statut de
fonctionnaire !

Le gouvernement actuel et ses prédécesseurs ont réussi jusqu’à maintenant à
privatiser sans trop de difficultés, profitant du chômage massif et de la
politique de compromis des directions syndicales. Ces 12 000 travailleurs
eux-mêmes avaient sans doute en grande majorité voté pour ce gouvernement.
Mais depuis les années 2000, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs
du secteur public, notamment des banques et du textile, ont perdu leur
statut de fonctionnaires à la suite des privatisations, et par la même
occasion une bonne partie de leur pouvoir d’achat. Non seulement ils n’ont
plus de garantie d’emploi, mais leurs conditions de travail se sont
sérieusement aggravées. Tout cela commence à se savoir et cela explique la
riposte des travailleurs de Tekel.

Le gouvernement a d’abord envoyé la police matraquer les manifestants de
Tekel, mais ceux-ci ont tenu bon. La brutalité de la police a soulevé
l’indignation. Les travailleurs ont eu un grand soutien des commerçants des
alentours, des étudiants et même de la presse, de la population en général
et des habitants leur offrant l’hospitalité. La direction du syndicat
Türk-Is s’est trouvée obligée de les soutenir. Quant aux déclarations du
gouvernement, notamment du Premier ministre Erdogan traitant les
travailleurs de « profiteurs », elles n’ont fait qu’augmenter encore leur
détermination.

Le gouvernement a dû maintenant changer de langage et faire quelques
concessions, le ministre du Travail promettant un relèvement du salaire de
100 TL (40 euros). Les travailleurs n’en ont pas voulu, mettant au premier
plan le maintien de la garantie de leur emploi dans cette période où le
gouvernement tend à confier une grande partie des services publics à des
sous-traitants. La lutte continue donc.

Au même moment d’ailleurs, une lutte semblable se déroule à Istanbul, une
ville où mille pompiers ont été confiés à une société de sous-traitance. La
municipalité veut modifier leur contrat avec à la clé, comme dans le cas de
Tekel, une baisse importante de leur salaire. Les travailleurs le refusent,
menant des manifestations spectaculaires et occupant un parc de la ville.

Visiblement, la grève générale qu’ont observée les fonctionnaires le 25
novembre - dans un pays qui ne leur reconnaît pas le droit de grève - a
renforcé la détermination de nombre de travailleurs du secteur public, et la
paix sociale, dont le gouvernement Erdogan a bénéficié jusqu’à présent, est
peut-être en train de prendre fin.



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