Communauté genevoise d’action syndicale

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CONFERENCE DE PRESSE USS DU 14 SEPTEMBRE 2009

Manifester pour un tournant politique et social

Paul Rechsteiner, président de l’USS

mardi 15 septembre 2009 par Claude REYMOND

Manifestation nationale des syndicats le 19 septembre 2009

Cela fait pratiquement un an jour pour jour que, suite de la faillite de Lehman Brothers, le système financier mondial menaçait de s’effondrer, provoquant la plus grande crise économique jamais vue depuis les années ’30. Seules des interventions publiques gigantesques, d’une ampleur inimaginable à ce jour, ont réussi à le sauver. Cela vaut aussi pour la Suisse, avec le sauvetage de l’UBS pour qui des fonds publics à hauteur du budget total de la Confédération furent engagés. L’industrie d’exportation est la principale victime de cette crise. Et le chômage, surtout celui des jeunes, va bientôt battre des records.

La politique économique néolibérale est la cause du quasi-effondrement du système financier et de l’éclatement de la crise économique. Celle-ci a été provoquée par une augmentation massive des rendements des capitaux dans le secteur financier – au détriment de l’économie réelle, comme on l’appelle – et par la déréglementation de produits financiers impliquant des risques imprévisibles et incontrôlables ainsi que, conséquence logique, par la hausse démesurée des salaires des managers qui imposèrent cette politique. Le corollaire de cette dernière était, et est encore, la pression constamment exercée sur les salaires, l’État social et les services publics. Les conséquences, économiques et sociales du néolibéralisme sont catastrophiques.

Mais à peine les gigantesques mesures de sauvetage engagées par les pouvoirs publics déploient-elles leurs effets et que les cours de la bourse se remettent à monter, que ladite élite économique – et sa « suite » : ladite élite politique – se comporte à nouveau comme si rien ne s’était passé, comme si elle régnait toujours sur le monde. Ainsi, les banquiers d’investissement réaugmentent leurs traitements et leurs bonus, et un ancien conseiller fédéral va jusqu’à justifier à nouveau de tels abus. Le Conseil fédéral, c’est-à-dire le gouvernement de ce pas, n’a, dans son actuelle composition, même pas commencé à comprendre ce qui s’est passé et quelles conclusions tirer de cette grave crise. En lieu et place, emmené par un président dont les errements incarnent précisément l’échec du néolibéralisme, il continue à appliquer exactement cette même politique économique qui a conduit l’économie mondiale et suisse pratiquement au bord du gouffre.

Au lieu de veiller à ce que l’explosion des primes des caisses-maladie – qui coûtera pour une famille 1500 francs de plus l’an prochain – soit compensée par une hausse des fonds destinés à leur réduction, il baisse de plus de 3000 francs les impôts des gros revenus -150 000 francs et plus -, alors que les familles qui gagnent moins de 80 000 francs – c’est-à-dire la majorité – ne recevront quasiment rien. Ces hausses des primes-maladie diminueront le pouvoir d’achat des gens, favorisant du coup le chômage également dans l’économie tournée vers le marché intérieur, et cela, précisément à un moment critique où le pouvoir d’achat de la majorité devient décisif.

Au lieu de veiller à ce que le filet social reste intact pendant la crise, on va réduire tout spécialement les prestations de l’assurance-chômage destinées aux jeunes et aux chômeurs et chômeuses de longue durée. C’est non seulement du pur cynisme, mais aussi une stupidité d’un point de vue tant économique que social. Pour l’AVS, en relevant l’âge donnant droit à une rente, de nouvelles classes d’âge devront rester sur le marché du travail à un moment où, aujourd’hui, elles seraient à la retraite. Tout cela, avec, en plus, la baisse des rentes due à la remise en cause de leur adaptation via l’indice mixte.

Et pour la Poste, le rythme de sa libéralisation s’accélère, avec, pour conséquences, ce que nous ont déjà appris toutes les autres libéralisations de services publics, à savoir : des prestations moins bonnes pour la population et plus chères, ainsi qu’une pression massive sur les conditions de travail dans la branche. C’est là une politique économique qui va droit dans le mur, au détriment de la population et des salarié(e)s.

Ce que le Conseil fédéral montre dans ce contexte, les gens le subiront dans les entreprises à savoir, souvent, l’arrogance incroyable de jeunes managers bardés de masters en gestion d’entreprise qui profiteront avec la plus grande froideur du fait que les autorités politiques s’opposent bec et ongles à une protection même minimale contre les licenciements, au lieu de se ranger du côté des salarié(e)s lors d’abus et de discriminations. Il y a quelques années encore, on n’aurait pas pu s’imaginer des travailleurs et des travailleuses âgées jetés sans autre à la rue comme aujourd’hui, après 30 ou 40 ans d’entreprise. Notre médiatique ministre de l’économie n’est peut-être pas consciente des signaux qu’elle lance lorsque, à ses yeux, l’économie ne semble composée que de patrons.

Bénéficiant d’un large soutien, la manifestation de l’Union syndicale suisse réclame un tournant politique, un tournant économique et social qui n’a que trop attendu. Les travailleurs et travailleuses ont droit à des salaires décents, à des conditions de travail décentes, car ce sont elles et eux – et non pas les créateurs des produits financiers spéculatifs – qui créent les richesses et portent l’économie. Ils ont droit à des assurances sociales qui fonctionnent et couvrent les risques de l’âge, qui concernent tout un chacun, et du chômage, qui peut frapper tout le monde. Ils ont droit au respect. Au respect des employeurs, et au respect du Conseil fédéral qui, finalement, est élu pour défendre les intérêts publics.



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