Communauté genevoise d’action syndicale

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Rapport annuel des violations des droits syndicaux de la CSI

76 syndicalistes assassinés en 2008

Des milliers de licenciements et d’arrestations

jeudi 11 juin 2009 par Claude REYMOND

Aggravation de la situation des droits syndicaux dans le monde


Répression contre des travailleurs/euses en grève dans 40 pays


Bruxelles, le 10 juin 2009 : Selon l’édition de cette année du
Rapport annuel des violations des droits syndicaux de la CSI, qui expose en
détail les violations des droits fondamentaux des travailleurs dans 143
pays, 2008 a constitué une nouvelle année difficile et, dans la plupart des
cas, dangereuse pour les syndicalistes aux quatre coins du monde. 76
syndicalistes ont été assassinés en raison de leurs actions de défense des
droits des travailleurs/euses, et un grand nombre ont été agressés
physiquement ou soumis à des actes de harcèlement, d’intimidation ou à des
arrestations par les autorités. Le nombre total d’assassinats dans le monde
a diminué par rapport à l’année antérieure, au cours de laquelle avaient été
recensés 91 assassinats. Toutefois, le nombre d’assassinats en Colombie,
connue pour être le pays le plus dangereux sur terre pour les syndicalistes,
a augmenté, s’élevant à 49 – dix de plus par rapport à l’année antérieure –
malgré les assurances d’amélioration de la situation données par le
gouvernement du président colombien Álvaro Uribe

Outre le nombre consternant de victimes en Colombie, neuf syndicalistes ont
été assassinés au Guatemala, où le nombre d’attaques violentes à l’encontre
de représentants et de membres syndicaux a augmenté au cours des dernières
années. Quatre syndicalistes ont été assassinés aux Philippines ainsi qu’au
Venezuela, trois au Honduras, deux au Népal et un en Irak, au Nigeria, au
Panama, en Tunisie et au Zimbabwe, où le régime de Mugabe a poursuivi son
règne de la terreur à l’encontre du mouvement syndical du pays. Dans bien
des cas, les gouvernements ont été directement ou indirectement impliqués
dans les assassinats. 50 menaces de mort graves ont au total été
enregistrées dans sept pays également, conjointement avec 100 cas
d’agressions physiques dans 25 pays.

Les gouvernements dans au moins neuf pays (Birmanie, Burundi, Chine, Cuba,
Iran, Corée du Sud, Tunisie, Turquie et Zimbabwe) ont été responsables de
l’emprisonnement de syndicalistes en raison de leurs activités légitimes en
faveur des travailleurs/euses.

« Les gouvernements dans chaque région ne protègent clairement pas les
droits fondamentaux des travailleurs/euses et, dans plusieurs cas, ont été
responsables de la forte répression de ces droits. Le fait que certains
pays, notamment la Colombie, le Guatemala et les Philippines, apparaissent
d’année en année sur la liste des assassinats démontre que les autorités
sont au mieux incapables de garantir une protection et sont, dans certains
cas, complices des assassinats avec des employeurs sans scrupules », a
affirmé Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.

Quelque 7.500 cas de licenciement de travailleurs/euses impliqués dans des
activités syndicales ont été enregistrés dans 68 pays au total, dont 20 pays
rien qu’en Afrique. Ces cas ne sont toutefois que la partie visible de
l’iceberg dans la mesure où de nombreux autres licenciements ne sont pas
rapportés. Le pays qui détient le record du plus grand nombre de
licenciements a été la Turquie, où plus de 2.000 licenciements ont été
rapportés et où le gouvernement est resté intolérant à l’égard des activités
syndicales en général. Le deuxième pays sur la liste a été l’Indonésie, où
600 licenciements ont été recensés. Des centaines de travailleurs/euses ont
également été licenciés au Malawi, au Pakistan, en Tanzanie et en Argentine.

En Birmanie, en Chine, au Laos, en Corée du Nord, au Vietnam ainsi que dans
plusieurs autres pays, seuls des syndicats officiels contrôlés par l’État
sont autorisés, alors qu’en Arabie saoudite de réelles activités syndicales
demeurent pratiquement impossibles. Une intense ingérence du gouvernement
dans les affaires syndicales s’est poursuivie au Belarus durant la majeure
partie de l’année.

L’impact de la situation économique mondiale sur les droits des
travailleurs/euses a constitué une caractéristique proéminente dans de
nombreux pays. Plus particulièrement, une grande partie de la répression en
Afrique a consisté en des réactions dures des gouvernements à l’encontre des
travailleurs/euses cherchant à obtenir des améliorations salariales dans la
mesure où ils ont été touchés par la crise alimentaire mondiale, à l’instar
des nombres de plus en plus élevés de familles qui ne sont pas en mesure de
se nourrir adéquatement. Il semble incroyable qu’un grand nombre des
personnes les plus touchées soient justement des travailleurs/euses du
secteur agricole. L’impact de la crise financière mondiale a commencé à se
faire sentir fin 2008, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur la
sécurité de l’emploi, les salaires et les conditions de travail.

La tendance croissante à exploiter et à bafouer gravement les droits des
travailleurs/euses dans les zones franches d’exportation (ZFE) dans le monde
- qui était déjà caractéristique des années antérieures - s’est aggravée en
2008. Le Rapport mentionne 34 pays où la protection des travailleurs/euses
dans les ZFE est inadéquate ou inexistante, notamment en Albanie, aux
Bahamas, au Belize, au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras, en Jamaïque,
en Jordanie, au Mexique, au Nicaragua, en Pologne, en République
dominicaine, au Salvador et au Sultanat d’Oman. 22 autres pays ont été
choisis en raison de l’exploitation des travailleurs migrants qui
généralement ne bénéficient même pas des droits les plus fondamentaux, et
dont la situation les rend fréquemment les plus vulnérables à l’exploitation
et aux abus.

« Des centaines de millions de travailleurs/euses, aussi bien dans les pays
en développement qu’industrialisés, ne bénéficient pas des droits
fondamentaux de liberté syndicale et de négociation collective. Pour bon
nombre d’entre eux/elles, en particulier ceux/celles qui ont un emploi
précaire, cette dénégation bouleverse leur vie, étant donné qu’ils
travaillent pendant des heures extrêmement longues dans des situations
dangereuses ou insalubres, en échange de salaires si bas qu’ils ne sont pas
en mesure de subvenir à leurs besoins ni à ceux de leur ménage. L’absence de
respect des droits des travailleurs/euses a entraîné une hausse des
inégalités dans le monde entier, contribuant ainsi à déclencher la récession
mondiale » a affirmé Guy Ryder.

Les tendances inquiétantes en ce qui concerne les droits des
travailleurs/euses dans les pays industrialisés sont également mises en
exergue dans le Rapport, où le recours au travail en sous-traitance et aux
agences de sous-traitance de main-d’œuvre est en hausse, sapant ainsi les
revenus, les conditions et les droits au travail. Du côté positif, il
convient de noter que les changements de gouvernement tant en Australie
qu’aux Etats-Unis font espérer de nouvelles protections des
travailleurs/euses dans ces deux pays, où les niveaux des dernières années
s’étaient avérés extrêmement bas.

Les travailleurs/euses au Burkina Faso, au Kenya et au Mozambique ont
également eu des raisons d’être optimistes, à la suite de l’adoption d’une
nouvelle législation qui reconnaît et autorise la syndicalisation, tandis
qu’aux Maldives, la nouvelle Constitution du pays garantit la liberté
syndicale et le droit de grève.



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