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Retraites : l’égalité détournée

jeudi 4 juin 2009 par Claude REYMOND

Paru le jeudi 04 Juin 2009 dans Le Courrier

MICHEL SCHWERI

Suisse Le « tocsin social » sonné mardi par la gauche et les syndicats dans une douzaine de villes du pays n’a pas vrillé les oreilles des sénateurs.

Sans grande surprise, le Conseil des Etat a décidé hier de reporter l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et de ralentir le rythme d’indexation des rentes AVS/AI au coût de la vie, réduisant à terme le pouvoir d’achat des pensionnés. Sur ces deux points, il est en accord avec le Conseil national, la décision est donc définitive.

Pour contrer le référendum populaire provoqué par ces reculs sociaux, les élus ont inventé un système de retraite anticipée minimalement social envers les petits revenus. En l’état des débats parlementaires, la réforme de l’Assurance vieillesse et survivants (AVS) allonge la période de cotisation des travailleuses d’une année, amenant 33 millions de francs de recettes supplémentaires.

Dans le même mouvement, elle réduit d’autant la durée de paiement des rentes et permet une économie de 560 millions environ. La droite a invoqué plus souvent qu’à son tour l’égalité entre femmes et hommes pour justifier cet allongement de la durée de travail des salariées.

Avec des arguments parfois spécieux. Les travailleuses gagnant globalement moins que les hommes, elles contribuent moins à l’AVS et doivent donc cotiser plus longtemps pour compenser, a-t-on pu entendre au Conseil national en mars.

En face, la gauche a rappelé hier l’existence de salaires féminins inférieurs de 19% en moyenne aux revenus masculins, ce qui réduit d’autant le 2epilier des travailleuses. La charge du travail domestique et éducatif non comptabilisé retombant prioritairement sur les femmes a aussi été évoquée.

Ces derniers arguments ayant déjà emporté l’adhésion du peuple lors du vote référendaire de mai 2004 sur le même objet, la droite politique et économique du Conseil des Etats a sorti une « fleur » de son chapeau en faveur des salariés à bas revenus afin de faciliter leur départ en préretraite dès 60ans. Et accessoirement d’amadouer une majorité d’électeurs. Au lieu d’une réduction purement mathématique des rentes de 6,8% par année d’anticipation de la retraite, le camp bourgeois propose une diminution modulée selon le revenu, les salariés gagnant moins de 82000 francs par an étant quelque peu avantagés au détriment des autres.

Environ 400 millions de francs seraient annuellement consacrés à ce marchandage durant dix ans seulement. Mais le ministre de l’Intérieur Pascal Couchepin a déjà averti les parlementaires : cette somme devant être dépensée avant la réalisation des économies permises par le report de l’âge de la retraite des femmes, elle devrait être ponctionnée sur un autre poste du budget social, soit les subsides d’assurance-maladie...

Ce système de préretraite crée une divergence avec le Conseil national et reporte la décision finale d’au moins une session parlementaire. De quoi laisser la gauche réoccuper la rue –notamment lors de la manifestation contre la crise de l’Union syndicale suisse le 19 septembre– pour faire de nouveau retentir l’« alarme rentes ». Plus fort, pour percer les murs du Palais fédéral et les tympans de la droite patronale.


page 7 du Courrier du 4 juin


page 5 20minutes du 3 juin



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