Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

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favorable à l’abolition de toute discrimination entre travailleuses et travailleurs, quelle que soient leurs origines

mardi 23 décembre 2008 par Georges TISSOT

Le 8 février 2009, le peuple suisse est appelé à sa prononcer sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne avec deux sous-questions : voulons-nous pérenniser les accords signés en 2000, et acceptons-nous qu’ils soient élargis à la Bulgarie et à la Roumanie (tout en précisant que des mesures de contingentement existeront quelques temps pour ces deux pays).

Le SIT s’est toujours prononcé favorablement et sans aucun état d’âme pour la libre circulation parce qu’il est favorable à l’abolition de toute discrimination entre travailleuses et travailleurs, quelle que soient leurs origines.

C’est des droits en plus

Le SIT défend les salarié-e-s de Suisse, quelle que soit leur nationalité. Pour une grande partie de ceux et celles-ci, la libre circulation a tout simplement amené de meilleurs droits et une suppression d’inégalités indéfendables. C’est ainsi qu’a été tout d’abord supprimé le honteux statut de saisonnier, qui mettait au chômage forcé trois mois par an et qui interdisait aux salarié-e-s d’avoir la vie familiale qu’ils avaient choisie. Même si à Genève ce statut avait de fait été tacitement abandonné dans la plupart des secteurs, cette infamie contre laquelle le SIT a combattu de longues années a été éradiquée.

Mais d’autres catégories de travailleurs étrangers ont également bénéficié de la nouvelle situation, puisque les permis C et les frontaliers peuvent dorénavant changer d’employeur et de secteur professionnel sans limitation. Ce n’est pas seulement bénéfique pour eux, mais pour l’ensemble des actifs dans le monde du travail : cette meilleure sécurité leur permet d’être moins à la merci d’une dépendance vis-à-vis de leur employeur, et donc de se battre le cas échéant … et de pratiquer la sur-enchère salariale ! S’il est vrai qu’à l’entrée en Suisse il est possible que des salarié-e-s acceptent des salaires un peu plus bas pour décrocher une place de travail, ce ne sont pas des imbéciles : ils vont se dépêcher d’en changer pour en obtenir une meilleure, mieux rémunérée. Cela leur était autrefois interdit.

La concurrence, c’est les patrons

On entend dire que la libre circulation a pour conséquence la concurrence entre travailleurs-euses. Comme si la concurrence n’avait pas été créée par le patronat et utilisé par lui de toute éternité ! Croit-on vraiment que dans les pays sans libre circulation comme les Etats-Unis, la concurrence n’existe pas ? Il faut vraiment n’avoir vu aucun journal télévisé depuis cinq ans et n’avoir rien compris aux sub-primes pour le croire !
L’égalité de droits (pas tous encore, malheureusement) peut et doit déboucher sur une unité d’intérêts. Parce qu’entrer dans le jeu de la concurrence initiée par les patrons, se laisser diviser par couleur de peau ou de passeport, c’est juste bousiller ses propres intérêts. Depuis quand avoir un meilleur salaire dépendrait-il d’une action solitaire ? Depuis quand se laisser diviser servirait-il le mieux de ses intérêts ? Tous ceux (volontairement au masculin, parce que cela a souvent été un réflexe contre les femmes) qui ont cru qu’il fallait défendre de soi-disant privilèges ont été entièrement floués. Accepter qu’à côté de soi certaines et certains aient des droits inférieurs est la meilleure manière pour laisser se moisir ses droits ou ses "avantages" à soi.

De tous temps, les employeurs ont utilisé les travailleurs et les travailleuses les un-e-s contre les autres pour faire des pressions sur les salaires et les conditions de travail. Si la sous-enchère salariale est aussi vieille que le salariat, le patronat en porte la responsabilité. Le rôle des syndicats a toujours été de combattre cette division en montrant le sens de la solidarité et l’intérêt commun des salarié-e-s. La création de rapports de forces pour la mise sur pied de conventions collectives de travail et de protections légales (Loi sur le travail notamment) a été la tâche première dans ce sens, et une part essentielle de l’activité syndicale a toujours été de faire respecter ces conventions collectives et les textes législatifs.

Mais la lutte seule compte

Les moyens donnés par les mesures d’accompagnement, mais aussi et surtout leurs lacunes, nous font obligation de repenser notre action syndicale et de déboucher sur un renforcement de nouveaux axes de lutte. Le contrôle de l’application des CCT a certes été une composante importante de l’action syndicale, mais la relative bonne situation dans certains secteurs était fondée sur des mesures administratives coercitives ("chantage" aux permis de travail ou au marché publics envers les entreprises). S’il a été assez efficace (mais surtout dans les secteurs dépendant des marchés publics), ce système a parfois dispensé les syndicats d’avoir une réelle présence sur les lieux de travail. C’est donc en mobilisant à partir des lieux de travail l’ensemble des salarié-e-s que l’action syndicale trouvera sa force. La condition en est le renforcement des droits syndicaux sur les lieux de travail et une réelle protection des travailleurs-euses contre les licenciements. Le SIT sait que toutes les avancées sociales ont été dues à la lutte des mouvements sociaux – et particulièrement syndicaux – et qu’elles ont été imposées sans attendre la bonne volonté du patronat ou de l’État.

La lutte des syndicats doit donc se développer sur le terrain pour combattre les abus qu’ils peuvent détecter, en faisant encore davantage de contrôles. Ils doivent également – c’est leur terrain de prédilection – défendre, améliorer et renforcer les conventions collectives de travail qui sont les garantes des conditions de travail et de salaire.

Cette lutte passe aussi par le terrain politique pour obtenir des socles minimaux sans attendre la perfection des CCT, notamment en ce qui concerne la protection contre les licenciements de chacun-e mais en particulier des militant-e-s syndicaux-ales, et également pour établir un salaire minimum au niveau légal qui soit le dernier filet au-dessous duquel on ne peut pas avoir la décence d’aller.

Cette mobilisation ne peut se fonder que sur une solidarité à toute épreuve et sur la fin de non-recevoir donnée à toute tentative de diviser entre eux les travailleuses et les travailleurs en utilisant des arguments xénophobes. Le SIT est et restera internationaliste, et cela pas seulement parce que la grande majorité de ses effectifs est constituée d’immigrés de première, deuxième ou troisième génération. En particulier, le SIT ne tolérera pas que le débat sur l’élargissement de l’Europe et ses incidences en Suisse prenne un quelconque accent de type xénophobe. Toute division fait la force de nos adversaires, la solidarité sans faille est la condition de notre lutte.



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