Communauté genevoise d’action syndicale

Organisation faitière regroupant l’ensemble des syndicats de la République et canton de Genève

Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax 731 87 06

iban CH69 0900 0000 8541 2318 9

Pourquoi un libéral votera contre la nouvelle loi genevoise sur l’Université

mardi 25 novembre 2008 par Claude REYMOND

Genève, le 20 Novembre 2008

C’est être libéral que de vouloir que la connaissance – qui rend libre – soit accessible à tous,
sans restriction ni confiscation par des groupes d’intérêt privés. La mission de l’Université de
Genève est de diffuser la science et l’esprit critique dans la population. Et dans ce domaine, le
Conseil d’État a fait preuve d’une légèreté comparable à celle qu’il a montrée dans l’affaire du
Cycle d’Orientation.

Car dire que la nouvelle loi va introduire de l’« éthique » à l’Université après les scandales
des dernières années, c’est induire une nouvelle fois les citoyens en erreur. Le but réel de cette
opération est de donner les moyens à un rectorat fort d’imposer l’entrée d’un « actionnariat »
de grandes multinationales (notamment de l’agro-alimentaire, de la pharmacie et des
machines) dans le fonctionnement de l’institution. Le scénario est connu, il a déjà été appliqué
à l’EPFL depuis quelques d’années.

Aux professeurs qui, ignares de ce qui les attend, espèrent en une « compétitivité » accrue de
l’Université de Genève, il faut dire en substance ceci : vous êtes aveuglés par l’espoir de
gratifications sous forme d’équipements de laboratoire, de voyages payés, de publications
dans des revues, de colloques dans des hôtels quatre étoiles et de récompenses académiques.

Attention, car comme disent les Américains, un déjeuner gratuit, ça n’existe pas. Comme le
docteur Faust, vous êtres prêts à donner votre âme pour l’argent et les honneurs. Votre prix à
payer, ce sera votre intégrité et votre liberté scientifique. Car, comme à l’EPFL, le rectorat
vous mettra au pas. Ces grandes entreprises qui vous « veulent du bien », désirent surtout que
vous fassiez de la recherche et du développement pour elles, et que vous vantiez leurs
produits.

Des professeurs d’université obligés de se transformer en camelots ? Car la publicité
commerciale non seulement embellit la réalité, mais elle passe sous silence ce qui est
contraire à ses intérêts. Et cacher ce qui ne plaît pas, comme le grand physicien et prix Nobel
Richard Feynmann l’avait fait remarquer, c’est l’opposé de la science.

Avec cette loi, plus l’Université genevoise recevra d’argent de l’industrie privée, plus sa
qualité scientifique et son renom seront menacées. Ce n’est pas de la théorie : la presse
internationale de 2008 a connu plusieurs scandales de laboratoires de recherche qui avaient
passé sous silence des résultats importants, qui auraient compromis les intérêts commerciaux
de leurs sponsors. N’avons pas eu déjà suffisamment d’affaires à Genève pour ouvrir la porte
à d’autres ?

2
Ce refus de se compromettre, c’est donc la raison de l’opposition légitime des étudiants et des
syndicats, qui ont eu raison de lancer ce référendum. Alors, il faut les soutenir et rejeter cette
loi dans les urnes.

Pour finir, les deux systèmes de financement public et privé peuvent coexister, à condition
que chacun reste bien à sa place. Il faut une loi largement débattue, qui établisse d’emblée les
droits et devoirs de chacun. Car l’Université travaille pour la liberté de l’homme, non pas pour
sa marchandisation. N’en déplaise aux apôtres du « new public management », on ne gère pas
une université comme une société pharmaceutique.

Laurent Franceschetti
Ingénieur EPFL
laurent.franceschetti@a3.epfl.ch


Citations de Richard Feynmann (1918-1988) :

“For a successful technology, reality must take precedence over public relations, for nature cannot be fooled.”

“The idea is to try to give all the information to help others to judge the value of your contribution ; not just the
information that leads to judgment in one particular direction or another”