9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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refaire de l’armée un instrument de maintien de l’ordre intérieur ?

jeudi 11 octobre 2012 par Claude REYMOND

Des soldats contre les travailleurs – plus jamais ça !

communiqué du 09.10.2012

Il y a 80 ans, des soldats de l’armée suisse ont tué à Genève treize travailleurs. Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) cherche à refaire de l’armée un instrument de maintien de l’ordre intérieur : pour réprimer d’éventuelles manifestations de travailleurs/euses et de chômeurs/euses contre la crise de l’euro.

Le DDPS cherche à exploiter le climat d’incertitude lié à la crise de l’euro pour faire de l’armée suisse désœuvrée un instrument de maintien de l’ordre intérieur : Ueli Maurer a esquissé, dans un exposé présenté à l’Association suisse des officiers de renseignements, un scénario de catastrophe où il n’exclut pas « que nous ayons besoin de l’armée au cours des prochaines années ». Une porte-parole du DDPS précise que Maurer craint que le « potentiel de violence » augmente sous l’effet de la crise. En Suisse aussi, la crise européenne pourrait aboutir à des protestations publiques contre les licenciements et l’explosion du chômage, ou en signe de solidarité avec les travailleurs/euses étrangers. Et le chef de l’armée André Blattmann présentera en décembre un concept prévoyant quatre nouveaux bataillons de 1600 policiers militaires, spécialement entraînés pour de tels scénarios (selon l’hebdomadaire Sonntag).

Doit-on déplacer au DDPS le mémorial genevois du massacre par l’armée ?
En sa qualité de principale organisation des travailleurs/euses de Suisse, le syndicat Unia ne voit pas d’un bon œil ces plans d’engagement. Andreas Rieger, coprésident d’Unia, juge scandaleux les scénarios présentés par le DDPS : « Ce n’est en aucun cas à l’armée à maîtriser les conséquences des licenciements et du chômage — lancer une telle idée est déjà dangereux. » Le DDPS devrait expressément renoncer à développer la police militaire et à engager l’armée lors de manifestations : « l’armée doit accepter inconditionnellement la séparation des pouvoirs en vigueur dans tout Etat de droit démocratique. Par conséquent, le conseiller fédéral Ueli Maurer ferait bien d’interrompre au plus vite de tels exercices ».

Andreas Rieger a rappelé la triste journée du 9 novembre 1932, où des soldats de l’armée suisse avaient ouvert le feu sans sommation sur un rassemblement antifasciste organisé par les syndicats genevois. Ils ont tué treize manifestants et en ont blessé gravement une soixantaine. D’où sa conclusion : « Cet incident montre que l’armée n’est pas un organe apte au maintien de la sécurité intérieure. Monsieur Maurer doit enfin se le mettre dans le crâne. Ou peut-être devrait-on transporter jusqu’à son bureau bernois la pierre commémorative érigée il y a 30 ans à Genève, sur les lieux du drame, en hommage aux victimes avec l’inscription « Plus jamais ça ». »