9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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9 novembre 2010 - 13 morts, plus jamais ça !

mardi 9 novembre 2010 par Claude REYMOND

Mes camarades,

Comme l’an passé, nous allons avoir une petite pensée pour 13 morts, mais pas ceux du 9 novembre 1932. Il y a 101 ans, à 500 mètres d’ici, l’Usine à gaz de la Jonction explosait, faisant, quelle coïncidence, également 13 morts et de nombreux blessés. Leurs noms sont tombés dans l’oubli, ce n’était peut-être pas tous des militants, mais nous rendons aujourd’hui aussi hommage à ces victimes du travail.

Nous sommes réunis ici pour commémorer ce qui s’est passé à cet endroit le 9 novembre 1932, sur un fond de crise économique, l’intervention de l’armée contre des ouvriers, contre des militants qui combattaient le fascisme, cette doctrine de xénophobie et d’exclusion, ce système qui voulait mettre à genoux le mouvement ouvrier.

Ce qu’on oublie souvent, c’est que la mise en accusation de Léon Nicole et Jacques Dicker n’était pas seulement un soi disant procès contre des dirigeants de gauche, mais aussi une attaque xénophobe et raciste.

Jacques Dicker était juif, et le fasciste et futur collaborationniste avec le nazisme, Géo Oltramare, disait de lui :

"C’est une honte qu’un juif russe, tout juste bon à servir de conseiller national à des chimpanzés et à des ouistitis, représente Genève à Berne"

Mais l’attaque portait ailleurs encore. Dans le Pilori, journal fasciste, on lisait :

"Notre ville connaît l’odieux régime de l’occupation étrangère. Un juif russe et un Vaudois bolchevisant commandent une armée de Confédérés que le marxisme a dénationalisés. Les vrais Genevois ne constituent qu’une minorité qu’on brime et qu’on bafoue."

"D’’où viennent les chefs du parti ? Léon Nicole, de Montcherand (Vaud), Albert Naine, de Lausanne (Vaud), Charles Rosselet, de Neuchâtel, Jean-Baptiste Pons, d’Annemasse (Savoie), Jacques Moïsovitch Dicker, de Chotim (Podolie). Ce sont donc deux Vaudois, un Neuchâtelois, un Savoyard et un Juif Russe qui veulent faire la loi à Genève !"

Il n’y a pas le mot "racaille", mais on l’entend. Et la racaille, c’est tout ce qui n’est pas genevois, c’est même les frontaliers vaudois ou neuchâtelois !

C’est aussi une coïncidence, le fait que presque chaque année, l’actualité donne un sens bien présent à cette commémoration. Encore une fois, dans deux semaines, nous aurons l’occasion de nous battre, par notre bulletin de vote, contre le racisme et la xénophobie. L’initiative et le contreprojet pour le renvoi des "criminels étrangers" sont aussi nauséabonds que les propos racistes de 1932. Et ceux qui pensent que le contreprojet sent moins mauvais que l’initiative sont totalement dépourvus du sens de l’odorat.

Devant le désarroi né des difficultés économiques, du chômage, de l’exclusion, le repli sur soi engendre des divisions dont profite le patronat ; il mène tout droit à l’intolérance, à la xénophobie et au racisme. L’extrémisme de droite naît sur les peurs, sur le désarroi et la détresse de la population.

Notre lutte ne peut pas se permettre des divisions, de voir les travailleuses et les travailleurs se dresser les uns contre les autres sous prétexte de différence d’origine ou de couleur d’yeux ou de peau. Toute division entre nous fait la force de ceux que nous combattons.

Nous n’acceptons pas les discours populistes, ces discours qui prétendent qu’il faut se protéger les uns contre les autres. Il n’y a qu’une seule condition à notre lutte, une seule solution pour gagner, c’est la solidarité et l’unité sans faille, sans hésitation, sans restriction de pensée.

C’est pourquoi aujourd’hui nous rendons aujourd’hui hommage à ceux qui ont payé ce combat de leur vie.

C’est pourquoi nous vous appelons à rejeter massivement l’initiative et le contreprojet pour le renvoi des "criminels étrangers".

Et aussi, même si le sujet est un peu éloigné, nous vous appelons également à rejeter fermement ce pas en arrière du progrès social, ce pas vers davantage de flexibilité et d’exclusion que constitue l’allongement des heures d’ouverture des magasins.

Car si la situation des travailleuses et des travailleurs n’est plus celle de 1932, ce n’est pas le résultat du bon vouloir du patronat, ni de l’État : c’est le résultat des luttes du mouvement ouvrier.

C’est cela, mes camarades, le sens de l’hommage que nous rendons aujourd’hui aux anciens, c’est en cela qu’ils nous ont préparé la voie que nous continuerons à suivre.

Georges Tissot

Président du comité d’organisation