9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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allocution de Salika Wenger, des indépendants de Gauche

s’exprimant pour les partis

mardi 6 novembre 2007 par Claude REYMOND

Bonsoir à toutes et tous merci d’avoir bravé le froid.

Nous savons tous ici que l’Histoire ne se répète jamais même s’il existe des éléments qui pourraient nous le laisser penser. Mais il nous appartient de dire ce soir que les mouvements fascistes n’auraient pas pu croître sans l’aide de gens ordinaires et qu’ils n’auraient pas pu arriver au pouvoir sans l’aval, voire le soutien actif, des élites traditionnelles.

Pour que des individus tels que les dictateurs du XXème siècle ou n’importe quel autre Blocher de la vie puissent rencontrer un écho parmi la population, il faut plusieurs éléments : une forte crise socio-économique, une profonde crise du mode de production, et une importante crise des structures du pouvoir. De plus pour que de tels individus puissent être candidats immédiats au pouvoir, voire prendre le pouvoir, il faut d’abord qu’il y ait aussi une corrélation de forces sociales qui le permette : un affaiblissement du mouvement ouvrier et, dans une moindre mesure du libéralisme bourgeois traditionnel conjugués au renforcement des couches les plus agressives des classes possédantes, au désespoir des classes moyennes et surtout à l’accroissement considérable du nombre de déclassés et de laissés pour compte. Comme on peut le constater aujourd’hui un certain nombres de ces éléments sont présents dans la société suisse mais nous sommes loin des conditions qui ont permis l’émergence de l’extrême droite fasciste au début du XXème siècle en Europe.

Quand elles en ont la force les élites traditionnelles économiques, financières et politiques, se débarrassent de l’hypothèque sociale par leurs propres moyens et ce n’est que lorsque la partie devient difficile qu’elles passent des compromis avec l’extrême droite. Or généralement cette dernière n’a pas de programme économique sérieux, pas de base de classe mais possède l’art et les moyens financiers de mobiliser et de manipuler. Paradoxalement l’UDC a un programme clairement ultra libéral, une large base sociale qui va des travailleurs aux dirigeants. Avec un taux de chômage de moins de 4%, une classe moyenne parmi les plus privilégiées du monde et malgré un écart croissant entre les revenus du travail très préoccupant, la Suisse n’est pas ce que l’on peut appeler un pays en crise pas au sens capitaliste du terme en tout cas.

L’archétype du fascisme est avant tout une forme extrême de réaction idéologique et culturelle contre le matérialisme et le rationalisme, contre la liberté politique mais surtout contre une conception redistributrice de la société et de l’État. La nation occupe évidemment un rôle pivot dans cette réaction. La vision fasciste de cette nation est une nation organique, close sur elle-même, disposant de son génie propre et dont les membres sont unis par les liens du sang. Cette vision est portée par des figures intellectuelles et politiques de premier plan de notre pays ainsi que par les mass média helvétiques qui ont oublié leur devoir d’information.

Nous constatons tous les jours les conséquences du discours de « moins d’Etat » prônée par la classe politique dans sa grande majorité. De plus souvenons nous que la doctrine du racisme qui spécifie l’extrême droite trouve sa base matérielle dans des pratiques socio-économiques et politiques, qui traitent des groupes de population déterminés de manière tellement inhumaine que le besoin d’une justification idéologique, d’une « neutralisation » de la mauvaise conscience et du sentiment de culpabilité individuelle naît de manière presque impérative. Un exemple suisse : les étrangers délinquants...

Dans notre Suisse contemporaine comme dans tous les pays européens cette doctrine du racisme, anti-progressiste, anti-égalitaire, anti-émancipatrice, qui exaltent ouvertement la violence la plus extrême et la plus systématique à l’égard d’importants groupes humains est l’une des conséquences de la globalisation capitaliste moderne soutenue par une concurrence exacerbée devenue incontrôlable et qui remet en cause tous les droits sociaux acquis.

S’il existe aujourd’hui des prémisses du fascisme dans tous les pays démocratiques l’avancée vers le pouvoir de ce genre de mouvement dépend très largement des choix des dirigeants, en particulier de ceux qui détiennent le pouvoir en matière économique, sociale, et politique. Dans notre pays ce pouvoir a choisit son camp et ce n’est pas celui que nous tentons de défendre.

Faisons donc un petit bilan de la Suisse de ce soir. Une droite qui ne sait plus comment justifier les inégalités, des salariés désespérés, des média qui chantent avec les loups, l’état fédéral préempter par un groupe d’extrémistes de droite, un racisme qui n’est même plus rampant, des élites intellectuelles muettes, le compte est bon et pourtant la gauche continue à se chercher...

Réveillons nous, c’est maintenant le temps des définitions politiques claires et lisibles par celles et ceux qui se sont laissés bernés par les partis populistes d’extrême droite. Pour que ne se reproduise plus ce qui c’est passé un soir de novembre 1932 nous devons impérativement et tous ensemble faire barrage à la vague populiste sous peine d’être d’être submergés et un jour jugés comme nous avons nous même jugé la gauche du début du XXème siècle impuissante au mieux et collabo au pire.

Salika Wenger