9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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Prise de position de la FOBB

lundi 2 juillet 2007 par Xavier FERNANDEZ

19.11.82

Comme l’on sait, la participation de citoyens-soldats en uniforme à la manifestation commémorative du 9 novembre 1932 - sinistre soir où des citoyens-soldats tirèrent sur la foule sur ordre de leur officier- a provoqué une réaction offusquée de aa section genevoise de la Société suisse des Officiers ; elle a immédiatement écrit une lettre au Conseiller fédéral CHEVALLAZ, avec copie au Grand-Conseil genevois où il en fut donné lecture, afin de dire ceci : ’’ (...) Nous tenons à préciser que nous n’entendons pas discute cette manifestation, mais nous voulons relever que cette dernière était animée par un certain nombre de soldats revêtus de leur uniforme. Le règlement de service, que tout soldat connaît puisqu’il en possède un exemplaire, dit, entre autre à propos de la tenue, que le port de l’uniforme hors service doit faire l’objet d’une autorisation, qu’il est interdit de porter des effets d’habillement et d’équipement qui ne sont pas règlementaires, et que le soldat ne peut participer à des réunions ou manifestations de partis ou groupements politiques qu’en tenue civile. Ces soldats affublés de foulards, écharpes, banderolles, masques, chaussés de pantoufles de gym ont leur par comportement sali l’armée. on peu d’ailleurs se demander si les hommes qui ont revêtu l’uniforme en cette circonstance ne sont pas justement ceux qui refusent de le porter lorsqu’ils en reçoivent l’ordre.
Cette attitude a scandalisé un grand nombre de citoyens et provoqué la stupeur (sic) de nombreux étrangers qui ont assisté à cette mascarade. Le fait de pouvoir ainsi impunément, aux yeux de tous, braver la discipline que l’on attend de chaque soldat démontre que le laxisme a atteint un point insupportable.
Nous vous demandons, Monsieur le conseiller fédéral, de vous pencher sur ce problème de discipline afin de pouvoir prendre les mesures interdisant la répétition de tels évenements. Nous pensons qu’il y urgence en la matière avant que, forts de l’impunité, des manifestants ne récidivent. (...)
’’.

A cette prose galonée vinrent encore se joindre quelques interventions, au Grand-Conseil, laissant entendre que les organisateurs auraient été, en quelque sorte, surpris, voire ’’piégés’’ par une intrusion de ’’gris-verts’’.

La FOBB, qui a joué un rôle moteur dans l’organisation de cette commémoration, tient ici à mettre les choses au point, sur les faits et sur le fond.

Les faits d’abord : le Comité de Soldats de Genève a été partie prenante de cette manifestation, et son nom figurait dans les tracts et affiches unitaires de convocation, parmi ceux de toutes les organisations concernées. Que plusieurs soldats allaient défiler en uniforme, et pourquoi, n’était un secret pour personne : ainsi l’instance responsable qu’est notre Assemblée de délégués, réunie le 4 novembre, était parfaitement au courant ; et cela n’a pas soulevé la moindre réprobation, au contraire. Lors de la manifestation, ces citoyens-soldats ont pu prendre la parole à deux reprises , à la Place Neuve (aux pieds du Général Dufour qui est resté de bronze), et devant notre monument dans le micro ’’officiel’’ de la manifestation.

Donc personne ne s’est senti ’’piégé’’. et les applaudissements qu’ils ont récoltés, par leur présence et leurs propos, de la part des participants comme de badauds, ainsi que les réactions du public dont nous sommes des centaines é pouvoir témoigner, prouvent que le ’’grand nombre de citoyens scandalisés’’ est une farce (si quelques uns le furent, il est facile de deviner ce qu’ils pensaient de cette manifestation...).
Quant à la ’’stupeur de nombreux étrangers’’, c’est une affabulation pour les besoins de la cause.

Venons-en au fond. Parce que quelques citoyens ont porté l’uniforme sans autorisation et dans des tenues non-homologuées par le règlement de service, cette société militaire s’étrangle d’indignation et réclame des mesures contre ceux qu’elle juge avoir ’’sali l’armée’’ ; pn ne l’a jamais entendu prendre position, avec tel souci de battage publicitaire, contre les officiers qui s’exercent au tir sur des photos de femmes nues, contre les lourdes frasques du Colonel Bachmann ou autre Jeanmaire. contre les conditions de sécurité pour la troupe lors de manoeuvres (combien de morts - dont des enfants - cette armée ? en la matière, le laxisme n’a-t-il pas atteint un point intolérable ?). Ces faits autrement plus graves ne sauraient salir l’armée...

Ce n’est pas nouveau : le sang des 13 tués et 65 blessés, devant le Palais des Expositions, n’a pas empêché l’armée de s’en sortir blanche comme neige à l’époque. alors ? visiblement, la seule chose qui puisse porter atteinte imbécile du 9 novembre, un refus d’ordre eut été hautement souhaitable : un acte qui eut été courageux, responsable et propre (mais nous ne devons pas avoir tout-à-fait la même conception de la propriété de l’armée). On connait pourtant l’enchaînement qui a suivi cet ordre de tir monstrueux : pour le légitimer après coup, il fallait l’ ’’adapter’’ aux proportion anti-fasciste aux dimensions d’une insurrection et d’un coup d’état, thèse que la justice fédérale n’a pas manqué d’échafauder de toutes pièces.

Entre un refus d’ordre propre et son exécution sanglante, ces Messieurs feront toujours le même choix. La seule idée d’un refus d’ordre ne se discute pas : il est sacré : on l’exécute quoi qu’on en pense. La troupe, il la veulent le ceinturon ’’à l’heure’’ et la gachette docile.

Nous estimons que cette action de soldats, en uniforme et avec leur banderolle ’’nous ne tirerons pas sur nos camarades’’, soulignait un autre rôle que, tout comme nous, ils auraient souhaité possible aux soldats de 1932 ; et c’est tout à leur honneur.

Jean DORET
FOBB-GENEVE