9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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discours de Tobias Schnebli

lundi 29 novembre 2004 par Xavier FERNANDEZ

Tobias Schnebli, membre du GSsA, 5 nov. 2004
Présentation de la commémoration 2004 du massacre du 9 novembre 1932.
1932-2004 : sécurité militarisée, démocratie menacée !

Militarisation de la sécurité intérieure : non à l’état d’exception permanent !
La commémoration du massacre du 9 novembre 1932, est pour le GSsA l’occasion de mettre en garde contre la militarisation de la sécurité intérieure à laquelle nous assistons en Suisse et d’appeler la population, les autorités et les militaires genevois à s’opposer aux multiples déploiements de soldats armés à Genève.
Le parlement fédéral vient de prolonger plusieurs engagements de l’armée à l’intérieur jusqu’à la fin 2007 : devant les ambassades et autres institutions sensibles à Genève, Lausanne, Berne et Zurich ; aux frontières, en appui aux douaniers pour arrêter les « entrées illégales » ; avec des militaires armés sur les vols de ligne.
En décembre, le parlement décidera d’un nouvel engagement de 6’500 militaires pour “protéger” le WEF 2005 à Davos. Cette fois le Conseil fédéral justifie le recours à la troupe non seulement avec le risque d’attentats terroristes, mais aussi en raison d’un “usage possible de la violence par des opposants extrémistes” et du “risque fondamental d’atteinte à la sécurité intérieure par des manifestations violentes accompagnées de pillages (...) ainsi que des actions de blocage.” (...) “de telles actions pourraient avoir pour but de discréditer l’armée et le service d’appui qu’elle effectue en faveur du WEF.” (Message du CF du 15 sept. 2004)

La militarisation de la sécurité intérieure est inacceptable parce qu’elle
• normalise l’état d’exception
De même que la “guerre globale contre le terrorisme” a pris un caractère permanent (puisqu’il n’y aura ni de vainqueurs ni de vaincus définitifs) et qu’elle sert de prétexte à la suspension de nombreux droits et libertés démocratiques dans le monde, les engagements de l’armée suisse à l’intérieur ont passé du statut d’exception –inscrit dans la Constitution fédérale- à celui de normalité permanente. Des soldats armés dans des quartiers résidentiels créent un climat de menace perpétuelle. En plus, la voie à la répression militaire contre des manifestations sociales est clairement tracée, comme le montre l’engagement au WEF.
• augmente l’insécurité au lieu de la réduire C’est la sécurité sociale, et non pas militaire, qui est gravement menacée en Suisse. Les craintes de la population sont suscitées par les mesures d’économies et le démantèlement social. Ce sentiment croissant d’insécurité est exploité par une armée dépourvue de mission pour légitimer son existence. Ceux et celles qui critiquent la globalisation néolibérale, les musulmans ou les réfugiés sont dépeints comme les nouveaux
ennemis. La multiplication des engagements militaires à l’intérieur instille un faux sentiment de sécurité qui rend plus difficile la réduction des causes réelles de l’insécurité.
Les menaces actuelles en matière de politique de sécurité, par exemple le terrorisme international, doivent être prévenues par des mesures civiles. Ce que l’on demande à la Suisse, c’est une politique active en faveur d’une réduction des inégalités et des injustices au niveau global, ainsi que l’extension de la coopération au développement et le renforcement de la société civile.
Les soldats qui accomplissent leurs cours de répétition devant des ambassades ou à l’occasion de manifestations comme le WEF ne sont pas aptes pour ces tâches. Ce que les policiers apprennent lors de leur formation professionnelle, les soldats ne peuvent pas le maîtriser en l’espace de quelques jours. Cet état de choses peut devenir très dangereux lors de situations critiques.
• est anti-constitutionnelle D’après l’Art. 58 de la Constitution l’armée ne peut être mobilisée en appui aux autorités civiles qu’en cas de « grave menace pesant sur la sécurité intérieure ou à d’autres situations d’exception ». Plusieurs constitutionnalistes reconnus tels les professeurs Thomas Fleiner (Fribourg) et Giorgio Malinverni (Genève)
affirment que la base constitutionnelle actuelle ne permet pas une pérennisation des engagements de l’armée pour la sécurité à l’intérieur.